Montebourg ou Lamy, Hollande doit choisir !

Je disais dans l’article précédent que le positionnement de Hollande dans la gestion de la crise grecque, permettrait de sentir très vite l’orientation qui sera donnée à ce quinquennat, entre un social-libéralisme à l’ancienne, ou un Hollande se transformant en Roosevelt devant la crise historique qu’il va devoir affronter. Avant cela, je pense aussi que la composition du gouvernement pourra donner une première indication non négligeable, et j’avoue que j’étais plutôt satisfait de voir que Montebourg, que j’ai soutenu pendant les primaires parce qu’il abordait les questions de fond de l’Europe et de la mondialisation, pourrait obtenir un grand Ministère de la Production. Ceci étant dit, sa discrétion pendant la campagne, y compris sur des sujets clés comme le MES, m’avait déçu, et je me méfie donc d’un éventuel renoncement à ses idées au profit d’un beau portefeuille ministériel, mais bon, j’ai envie d’y croire (au moins dans un premier temps).

Sauf qu’au même moment, j’ai vu passer une autre information (ici) allant pour le coup dans le sens opposé, et qui si elle se confirmait doucherait très vite mes (faibles) espoirs : la possible nomination de Pascal Lamy, directeur de l’OMC, comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes rattaché à Matignon.

Avant de dire ce que j’en pense, je rappelle ci-dessous quelques éléments du parcours de Pascal Lamy, parce qu’il faut bien avouer que malgré l’importance des décisions imposées par l’OMC pour notre économie, ce cher Monsieur Lamy ne passe pas tous les soirs au 20h. Lire la Suite

Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro

Pour ce premier article sous la présidence Hollande, je voulais rapidement évoquer la Grèce, très proche de la sortie de l’euro suite aux élections législatives du week-end dernier, sujet sur lequel je reviendrai plus longuement prochainement.

Les résultats de ces élections font aussi écho à la discussion sur le vote Front National en France, puisqu’on constate de visu que l’application de réformes libérales brutales pour le peuple grec et inefficaces au nivau économique, se traduisant par un approfondissement de la crise et du chômage, peut faire émerger aussi bien l’équivalent du Front de gauche, le parti Syriza, que la droite la plus extrême qui soit, en l’occurrence les néo nazis de l’Aube dorée.

Cette élection signe bien entendu l’échec annoncé des «plans de sauvetage», prévu depuis 2009 par Sapir, Todd, Lordon et bien d’autres, comme Krugman par exemple. La Grèce va très probablement sortir de l’euro et faire défaut sur sa dette (ce qu’elle a déjà fait une première fois en début d’année), alors qu’elle ne le souhaite pas, et ceci dans les pires conditions puisque l’option de sortie+défaut+dévaluation avait été complètement écartée en début de crise, à un moment où les dégâts auraient pu être limités. Lire la Suite

L’après-débat Hollande-Sarkozy, et derniers commentaires sur le premier tour

Je ne pensais pas écrire après le débat et certainement pas le commenter, mais finalement la lecture d’un éditorial du Monde m’a donné envie d’en dire un mot quand même. Sur la forme, je trouve que Hollande s’en est plutôt bien sorti, bien mieux que prévu par certains, face à un Sarkozy accablé par son bilan.

Sur le fond, je trouve que c’était un débat sympathique entre un centre modéré et une droite dure, mais personnellement, je me suis demandé tout le long si la gauche était vraiment qualifiée pour le deuxième tour. J’ai trouvé du coup complètement logique que, dans la foulée, Bayrou se prononce pour le PS au second tour, parce que franchement, il aurait pu remplacer Hollande sans qu’on n’y voit la moindre différence. Bon en même temps, je ne m’attendais pas à être bouleversé par les propos de Hollande, mais plus largement, j’ai surtout trouvé que les discussions étaient complètement en décalage avec le monde dans lequel on vit, les grandes crises qu’il traverse et les conséquences que cela a déjà ou aura dans les prochaines années pour notre société, pour les gens, des classes populaires aux classes moyennes :

- La crise écologique ? le réchauffement climatique ? la disparition programmée des énergies fossiles dans les 30 ans ? Rien ou presque, 10 mn sur Fessenheim, une proposition de Hollande de blocage des prix de l’essence qui montre une absence totale de réflexion sur l’augmentation inéluctable du prix du pétrole, des déclarations d’intention pour les énergies renouvelables alors que ce secteur est en train de péricliter dangereusement en France.

La crise financière de 2008, ses causes profondes, les moyens précis et radicaux à mettre en œuvre pour éviter qu’une autre crise du même type ne se reproduise dans 5-10 ans, si par miracle, on parvenait à se sortir de la crise économique actuelle qui en a résulté ? Rien ou alors je me suis endormi. Lire la Suite

Quelques réflexions d’entre-deux-tours sur le débat Hollande – Sarkozy, et le score du FN

Pas facile de rebondir après ce premier tour un peu décevant en ce qui me concerne, parce que j’espérais quand même mieux pour le Front de gauche, afin qu’en cas de victoire de Hollande il puisse peser plus sur les orientations qui seront prises. Décevant aussi, bien sûr, de voir qu’énormément de gens dans les classes populaires ont encore voté Front National ou Sarkozy plutôt qu’à gauche, mais j’y reviendrai plus loin. Pas facile enfin de se motiver pendant ces deux semaines d’entre-deux-tours, surtout quand, en plein redémarrage espagnol de la crise européenne, les débats de fonds nécessaires sur cette question centrale pour notre avenir sont quasi inexistants, ou se résument à des odes à la croissance, et qu’à la place Sarkozy se lance dans une course lamentable à la récupération des voix de Marine Le Pen.

Alors bien sûr, heureusement, il y a le débat de mercredi, où en deux heures, tous les sujets de fond vont enfin pouvoir être traités de façon très approfondie…Bref, comme j’avais du mal à me motiver pour ce débat de mercredi, je suis retourné voir celui de la campagne des européennes de 99, dont j’avais parlé dans l’article précédent après en avoir regardé seulement le début, et je n’ai pas été déçu.

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La vidéo de la semaine : Sarkozy au Front de Gauche ?

Pour se détendre un peu après ces deux articles un peu denses, une petite vidéo « faite maison », en forme de clin d’oeil aux soutiens de Mélenchon qui sont assez nombreux sur ce blog je pense…et à ceux de Sarkozy aussi d’ailleurs (moins nombreux sur ce blog peut-être ?). Voilà, n’oubliez pas d’aller voter en tout cas !

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 J’en profite pour signaler le dernier documentaire de Pierre Carles, « DSK, Hollande, etc.. », qui vient d’être mis en ligne sur Internet exclusivement, à l’adresse suivante : http://www.pierrecarles.org/

Il revient sur la campagne, la période (qui paraît déjà loin) où DSK était le favori absolu de tous les médias, puis l’entrée en jeu de Hollande et de façon plus générale la façon dont sont traités médiatiquement « grands » et « petits » candidats dans cette campagne. C’est très intéressant, et vous y retrouverez notamment assez souvent le fameux François Ruffin, journaliste de France Inter que j’évoque très souvent sur ce blog, et qui a notamment réalisé l’interview de Nicolas Doisy, objet des deux articles précédents.

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche (article 2/2)

Suite et fin de mes commentaires à propos de l’interview de Nicolas Doisy (Chief economist chez Chevreux) par François Ruffin, sur les élections, Hollande, la pression des marchés. Dans ce deuxième article, il sera surtout question du choix que devrait faire Hollande, d’après Doisy et dans le cas où il serait élu, entre l’Europe libérale et l’austérité ou la mise en œuvre d’un programme de gauche.
A la fin du précédent article, j’en étais resté au fait que pour Doisy c’était évident, comme Mitterrand en 83, Hollande choisirait l’Europe et devrait trouver une formule pour vendre ce renoncement à ses électeurs de gauche.

4) Mais pourtant, Hollande a répété qu’il voulait renégocier le traité budgétaire…

Doisy : On a bien entendu ce week-end, François Hollande qui dit « oui, croyez moi, ça va être du sérieux ma renégociation du traité ». Il est bien obligé, parce que avant de gagner le deuxième tour, faut gagner le premier. On voit la montée en puissance de Mélenchon. Il va bien falloir que Hollande commence à donner quelques gages à sa gauche, et c’est là que ça va devenir un peu plus compliqué pour lui, c’est pour ça qu’il est resté très prudent jusqu’à présent dans son expression publique.
Ruffin : François Hollande dit « je vais demander la renégociation du dernier traité européen », vous, vous écrivez ça : « François Hollande va avoir à naviguer à travers des forces dans la gauche, notamment à cause du référendum manqué de 2005, et dans cette perspective, vous écrivez, il serait politiquement intelligent que ses pairs de l’eurozone, ses partenaires allemands, belges italiens et ainsi de suite, permettent à François Hollande de prétendre qu’il leur a arraché quelques concessions, même si c’est faux en réalité. La demande de renégociation du traité serait alors utilisée pour tromper le public français, pour rouler – j’ai lu to ‘trick’ : rouler, tromper – pour tromper le public français, en lui faisant accepter des réformes convenables, dont celle du marché du travail. »
Doisy : Je voudrais préciser un point : les gens de marché s’expriment de façon très directe, ça paraîtra peut être excessif a beaucoup de vos auditeurs. Maintenant, c’est vrai que voilà, on ne va pas s’embarrasser de finasserie. De « rouler » les électeurs français, c’est peut être un mot quand même excessif, l’idée c’est de dire : ce sera une concession en quelque sorte de façade qui aura été faite à François Hollande et au peuple français entre guillemets, de façon à ce que tout le monde constate qu’à la fin des fins, il les faut bien les autres réformes. Lire la Suite

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche ? ( article 1/2)

Le premier tour approche, les bons scores de Mélenchon au premier tour et de Hollande au second se confirment, même si rien n’est fait je pense, il peut encore y avoir des surprises dans les deux cas. Je voulais quand même reparler d’Europe avant ce vote de dimanche, pas pour faire un comparatif serré de tous les programmes comme certains lecteurs le souhaitaient (désolé !), mais pour reparler de la difficulté qu’aurait un éventuel président de gauche à mener une politique de gauche, voir même à juste préserver le modèle social actuel, sous la pression conjointe de l’Europe et des marchés.

Ces derniers temps, et compte-tenu sans doute de la probabilité de plus en plus forte d’une défaite de Sarkozy, on voit fleurir beaucoup d’articles qui témoignent d’une pression mise d’avance sur le futur président, si d’aventure il était tenté de s’attaquer aux marchés financiers ou de remettre en question le Pacte budgétaire et le Mécanisme Européen de Stabilité une fois élu. Voir par exemple cet article de Philippe Cohen dans Marianne : ici. Très récemment, un outil de spéculation sur la dette française créé par la bourse allemande s’est invitée dans la campagne et a fait réagir la plupart des candidats, alors que Bercy avait apparemment donné son feu vert, ou en tout cas ne s’y était pas opposé…voir ici.

Plus largement, beaucoup d’investisseurs, banquiers, éditorialistes, économistes de plateaux se succèdent ces derniers temps pour dire que les marchés et nos voisins européens surveillent l’élection, que de toute façon le prochain président n’aura pas le choix, il sera obligé d’appliquer des mesures d’austérité, et que son programme réel se résumera aux fameuses réformes structurelles néolibérales (baisse des dépenses publiques et flexibilisation du marché du travail). S’il ne le faisait pas, ce serait l’apocalypse, la France s’enfoncerait dans la crise, les agences de notation nous dégraderaient, les taux d’intérêt de notre dette exploseraient, et nous nous enfoncerions dans la récession pour des décennies, pendant que nos courageux voisins européens ressortiraient en pleine forme de leur cure d’austérité.

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Circus Politicus, quelques entretiens avec les auteurs

Pour en savoir plus sur certains thèmes du bouquin que j’ai évoqués, je vous conseille ci-dessous quelques interviews ou interventions des 2 auteurs.

1) Deloire chez Mediapart, un bon tour d’horizon des sujets du bouquin (15 mn)

C’est l’interview la plus complète, durant laquelle Deloire a le temps de revenir sur la plupart des sujets du livre.

Il explique notamment que si l’on connaît peu le fonctionnement des institutions européennes, c’est entre autre parce que les journalistes français en poste à Bruxelles, étonnamment de moins en moins nombreux au fur et à mesure que l’Europe prend de l’importance, sont à 99% des pro-européens et vivent en osmose avec les responsables européens, les experts, les lobbys basés à Bruxelles, etc.. Certains d’entre eux sont d’ailleurs devenus chargés de communication ou des relations avec la presse au sein de l’UE. Difficile dans ces conditions de garder une distance critique.
Il revient aussi dans cette interview sur le fait que leur livre n’est pas anti-européen, loin de là. Ce qu’ils dénoncent c’est le fait que dans le fonctionnement actuel de l’Europe, il y a une volonté de remplacer le choix politique et démocratique par la règle, la discipline budgétaire, le droit, les normes et que toutes ces règles sont édictées par des institutions dont le citoyen ne sait quasiment rien, et sur lesquelles nos élus ont très peu de possibilités de contrôle.
Enfin, il conclue sur le fait qu’ils n’ont pas voulu faire un livre désespérant, donnant l’impression que voter en France ne sert à rien. Pour lui au contraire, il est important de connaître ces lieux de pouvoir et de décision et d’être lucide sur la façon dont le monde réel fonctionne aujourd’hui. C’est la première étape avant d’envisager un changement.

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Circus Politicus, un livre passionnant sur l’architecture du pouvoir

Pour changer un peu, je voudrais cette semaine recommander le livre Circus Politicus, sorti en ce début d’année, et que j’ai trouvé vraiment passionnant. Il est écrit par deux journalistes français connus pour leur goût pour l’enquête et l’investigation, Christophe Dubois et Christophe Deloire.

1) De quoi parle ce bouquin ?

Pendant plus de deux ans, ces deux journalistes ont mené une enquête approfondie en France, en Europe et dans le monde, dans un grand nombre de lieux de pouvoir que nous connaissons très mal (ou pas du tout), et sur lesquels les citoyens et leurs élus ont de moins en moins de moyens de contrôle démocratique.

Ce qu’ils appellent Circus Politicus, c’est ce spectacle permanent de la politique française, mis en scène par les médias, particulièrement pendant les campagnes électorales, qui donne l’impression que tout se joue chez nous, que nos hommes politiques ont le pouvoir à eux seuls de changer les choses, qu’il suffit de voter pour l’un ou pour l’autre pour que tout bascule. Mais dans le monde réel, ça ne fonctionne plus comme ça. Derrière cette mise en scène franco-française, les vrais lieux de pouvoir sont ailleurs, à Bruxelles par exemple, à Francfort avec la BCE, dans les grandes institutions internationales comme l’OMC, ou même à Bâle avec son Comité qui s’occupe des questions de régulation financière.

Et au sein de ces enceintes, ou dans des cercles beaucoup plus privés et inconnus du grand public comme la Commission Trilatérale ou le Groupe Bilderberg, des technocrates soi-disant apolitiques croisent des experts soit-disant neutres ainsi que de grands PDG ou banquiers, et tous partagent d’après les auteurs une vraie volonté de réduire autant que possible le champ de la démocratie, de soustraire les grands décisions au choix politique, jugé trop pulsionnel, versatile, incontrôlable, dangereux, etc…

Beaucoup de témoignages recueillis ou de comptes-rendus de réunions récupérés témoignent de cette volonté de privilégier une espèce de despotisme éclairé et rationnel, jugé plus apte que la démocratie à imposer les fameuses « mesures de rigueur douloureuses mais nécessaires », et à permettre ainsi de maintenir les privilèges des derniers 1% de la population qui bénéficient aujourd’hui du système.

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75% de Hollande, quelques éléments complémentaires

Suite et fin aujourd’hui de l’article sur la mesure annoncée par Hollande de créer une tranche marginale de l’IR à 75%. Après avoir passé le premier article à montrer que cette mesure ne concernerait qu’un cercle très étroit de grandes fortunes, et qu’elle aurait pour ces dernières des conséquences bien plus faibles qu’annoncé dans les médias, je dois maintenant avouer que tous ces calculs théoriques sont en fait très loin de la réalité…car si aujourd’hui la tranche marginale de l’impôt sur le revenu est de 41%, les très hauts revenus paient en fait beaucoup moins que ça…ils paient même beaucoup moins que vous et moi…

Aux Etats-Unis, cette problématique a été mise en avant par le milliardaire américain Warren Buffett, qui avait constaté qu’en 2010, son taux d’imposition représentait 17,4% de ses revenus imposables, alors que celui des 20 personnes travaillant dans son bureau était compris entre 33% et 41%. Considérant que cette situation était économiquement aberrante, il demandait une vraie réforme fiscale, avec la création de tranches d’imposition nouvelles pour les revenus supérieurs à un million de dollars. Etonnamment, Maurice Levy n’évoquait pas cette question lors de son appel héroïque à être exceptionnellement un peu plus taxé…pourtant le même phénomène a lieu en France avec une dégressivité de l’imposition au delà d’un certain niveau de revenus.

Tout cela a été très bien décrit par l’économiste Thomas Piketty, qui a réalisé des travaux mondialement reconnus sur les hauts revenus et la fiscalité, et a lancé un site très intéressant que je recommande : Pour une révolution fiscale. Il y rappelle que de façon générale, les prélèvements obligatoires peuvent être décomposés en quatre grandes catégories :

* les cotisations sociales, qui sont régressives : elles pèsent beaucoup plus lourdement sur les revenus bas et moyens que sur les hauts revenus. Cela s’explique par le fait que les cotisations sociales pèsent très peu sur les revenus du capital et sur les hauts salaires (plafonnement).

* les impôts sur la consommation (TVA et autres impôts indirects), qui sont également régressifs. Cela provient du fait que les plus pauvres consomment la quasi-totalité de leur revenu, alors que les plus aisés peuvent en épargner une large part.

* les impôts sur le capital (impôt sur les bénéfices des sociétés (IS), taxe foncière (TF), impôt sur la fortune (ISF) et droits de successions (DMTG)), qui sont progressifs. Cela s’explique par la très forte concentration des patrimoines : les plus pauvres ne possèdent presque rien, les plus aisés possèdent la quasi-totalité du capital immobilier et financier.

* les impôts sur le revenu (CSG et IR), qui sont faiblement progressifs pour les revenus modestes et moyens, et franchement régressifs pour les hauts revenus.

Tout ceci est résumé par le graphe ci-dessous qui montre de façon spectaculaire que les prélèvements totaux démarrent à 40% pour les classes populaires, puis tournent autour de 49% pour les classes moyennes et aisées, avant de baisser pour les 2% les plus aisés (ayant des revenus mensuels supérieurs à 10 000 euros).

D’après Piketty, cette injustice s’explique avant tout par l’échec de notre système d’impôts sur le revenu (IR + CSG) qui en principe devrait compenser la régressivité des impôts sur la consommation et des cotisations sociales, et en réalité ne fait que renforcer la régressivité d’ensemble. La dégressivité de l’IR pour les hauts revenus s’explique par deux raisons principales :

  • Une part très importante des hauts revenus sont des revenus du capital (intérêts de l’épargne, dividendes sur les actions, loyers) ou exceptionnels (plus-values) qui bénéficient d’exemptions particulières et de règles dérogatoires et sont au final moins taxés que les revenus du travail

D’après une étude de l’INSEE de 2011 (voir ici), les revenus du capital occupent une part croissante des revenus totaux au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des revenus déclarés. Alors qu’ils ne représentent que 2,6 % des revenus totaux de 90% de la population, ils constituent 48 % des revenus totaux des 10% les plus aisées. Ainsi, contrairement au reste de la population, qui ne perçoit que des revenus d’activité, c’est-à-dire des revenus du « travail », les plus aisés perçoivent pour moitié des revenus du capital et pour moitié des revenus du travail. C’est encore plus spectaculaire pour les 1% les plus riches, dont 2/3 des revenus sont des revenus du capital. 

Or, la fiscalité sur les revenus du capital, bien que très récemment alourdie, reste nettement plus avantageuse que celle sur le travail. Cela est dû à un grand nombre d’exemptions, exonérations et dérogations que je ne vais pas présenter en détail, mais dont l’une des principales est le prélèvement libératoire forfaitaire (PFL). Par exemple, les personnes qui touchent des dividendes sur leurs actions peuvent choisir de les intégrer à leurs revenus du travail, le tout étant imposé selon les tranches habituelles de l’IR, ou d’être imposé à un taux forfaitaire fixe de 21%. 

Evidemment, pour les petits revenus qui perçoivent quelques intérêts de leur épargne, le prélèvement libératoire n’est pas avantageux, et la fiscalité est donc dans ce cas identique à celle de leur activité. En revanche, pour les hauts et très hauts revenus, le PFL est avantageux, et l’optimisation fiscale consiste souvent à comparer le taux marginal de leur impôt sur le revenu avec le taux de PFL. Au final selon Piketty, avec tous ces mécanismes, les revenus du capital sont en moyenne taxés 8 à 10 points de moins que ceux du travail, ce qui contribue à stopper la progressivité de l’impôt au delà d’un certain seuil de revenus.

  • le jeu des niches fiscales permet aux plus fortunés de diminuer fortement voire parfois d’annuler leur impôt sur le revenu

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Le chiffre du mois : 75 %

Encore une tentative de nouvelle rubrique sur ce blog, sachant que pour l’instant je n’en respecte aucune…en tout cas, histoire de quitter un peu l’Europe et de revenir à la campagne électorale, je voulais rebondir sur une proposition de Hollande qui a fait beaucoup de bruit depuis 15 jours, la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 75%, pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros annuels.

Entre le gouvernement, le MEDEF, la Fédération française de foot, et quelques éditorialistes qui n’en ratent pas une, on a eu droit au florilège habituel de contre-vérités (le mot confiscation a fait le tour très vite) et de menaces sur le fait que nos chers riches allaient tous prendre le premier train pour la Suisse en cas de victoire de Hollande.

L’un des plus virulents a été Maurice Lévy, président du directoire du groupe publicitaire Publicis et de l’Association française des entreprises privées, qui dans une tribune au Monde nous a fait un best of d’arguments faux et de chantage à la croissance. J’en cite juste une partie :
« De ce point de vue, la proposition de taxer à 75% les revenus supérieurs à 1 million d’euros est parfaitement négative pour la compétitivité. Le taux maximal en Espagne? 52% à partir de 300.000 euros; au Royaume Uni? 50% à partir de 177.000euros; en Allemagne? Alors que nous sommes en compétition avec les pays d’Europe qui rivalisent pour attirer les investisseurs, l’image de la France serait celle d’un pays qui décourage le gain et l’investissement, et par conséquent la croissance. Cette proposition priverait les entreprises françaises des capitaux nécessaires à leur développement et découragerait les investisseurs déjà rares en France. Avec un taux de 75 %, plus la CSG/CRDS, plus l’impôt sur la fortune, on dépasserait les 100 % d’imposition en France. Vous avez dit confiscatoire ?

Si j’ai retenu cette tribune de Maurice Levy, qui est dans le même ton que toutes les autres, c’est surtout parce qu’en août dernier, toujours dans le Monde, il avait défrayé la chronique en lançant un vibrant plaidoyer pour que les riches contribuent financièrement à l’effort national (mais à titre exceptionnel et en contrepartie d’une réduction drastique des dépenses publiques…). « Il est normal que nous, qui avons eu la chance de pouvoir réussir, de gagner de l’argent, jouions pleinement notre rôle de citoyens en participant à l’effort national. Oui, une  contribution des plus riches s’impose à mes yeux. Et pas seulement les dirigeants. Tous ceux qui peuvent par leurs moyens participer à ce nécessaire effort national ». Tant de générosité m’avait évidemment bouleversé…

Cet article d’ACRIMED rappelle d’ailleurs comment cette proposition « révolutionnaire » avait été reprise par tous les médias, les journalistes paraissant découvrir à cette occasion, comme si Levy venait de l’inventer, le principe de la taxation des plus riches…Même Libé et Le Monde avaient consacré un éditorial à cette idée si originale ! Du  côté de TF1, le 20 heures évoquait ces « capitaines d’industrie », ces « super citoyens », « très riches », « très généreux », constatant que l’appel de Maurice Lévy « fait des émules« …

Je dirai à la fin de cette série d’articles ce que je pense sur le fond de cette proposition de Hollande, mais ce qui m’a poussé à écrire cet article, c’est surtout cette différence de traitement par les médias de l’idée d’une taxation des hauts revenus selon qu’elle provienne des riches eux-mêmes ou de la gauche, et les faux arguments utilisés à chaque fois pour critiquer  ce type de proposition. C’est également l’envie de mieux comprendre la façon dont fonctionnent les impôts aujourd’hui et ce que changerait réellement une telle mesure si elle était appliquée. Plus largement, je trouve la question de la fiscalité vraiment importante, pour sa contribution à la réduction des inégalités, mais aussi parce qu’en période de crise de la dette, c’est un outil à disposition pour la réduire et il serait dommage de s’en priver. D’autant plus que c’est l’un des derniers leviers d’action économique qui dépende encore du gouvernement, puisque la dévaluation est impossible avec l’Euro, et que les taux d’intérêt directeurs sont gérés par la BCE de façon indépendante.

Bref, je commence par un petit résumé ci-dessous d’infos glanées ici ou là sur Internet qui m’ont permis de mieux comprendre les conséquences de cette proposition si elle était appliquée.

Une confiscation de 75% des revenus, vraiment ?

Evidemment, décrite comme ça, la proposition de François Hollande paraît franchement révolutionnaire, car elle induit l’idée que les contribuables les plus fortunés se verraient prélever les trois quarts de leurs revenus. Il n’en est rien bien entendu car il s’agit d’un taux marginal. Le premier million d’euros net annuel serait taxé en fonction des différentes tranches d’imposition, et c’est  seulement ce qui dépasse ce million qui serait taxé à 75%.

A l’heure actuelle, il y a 5 tranches d’imposition en France pour l’Impôt sur le Revenu qui est progressif, le taux marginal étant de 41% pour les revenus annuels supérieurs à 70 830 euros. Le programme socialiste prévoyait déjà la création d’une tranche  supplémentaire à 45 % pour les revenus annuels supérieurs à 150 000 €, et avec cette nouvelle proposition, il y en aurait une autre pour les revenus supérieurs à 1 million.

Pour voir concrètement l’effet d’une telle réforme, prenons l’exemple concret d’une personne gagnant 100 000 euros net imposables par mois, soit 1,2 millions d’euros par an. Le tableau ci-dessus montre qu’avec les 5 tranches actuelles, elle paie théoriquement 478 642 euros d’impôt sur le revenu, soit un taux moyen de 39,9 %. Avec l’éventuelle réforme de Hollande et les deux nouvelles tranches en bleu, elle paierait 580 642 euros, soit 48 %.

On voit déjà que l’augmentation du taux moyen serait, pour une personne ayant ce niveau élevé de revenus, de 39,9 à 48 %, ce qui est tout de même nettement moins spectaculaire que la confiscation de 75 % de ses revenus reprise en boucle dans certains commentaires.

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MES : le mot de la fin (provisoire) par Mario Draghi

Je cherchais une façon de conclure cette série sur  le Mécanisme Européen de Stabilité et le Traité budgétaire associé, quand je suis tombé sur cette interview édifiante de Mario Draghi dans le Wall Street Journal (voir ici en anglais).

Je rappelle juste que Mario Draghi est devenu président de la Banque Centrale Européenne en novembre, succédant ainsi à notre cher et bien-aimé Jean Claude Trichet. Je ne reviens pas sur son parcours personnel, qui avait été très commenté lors de sa prise de poste, notamment parce qu’il sortait de Goldman Sachs chez qui, apparemment, il avait été associé au maquillage des comptes de la Grèce…voir cet article notamment.

Comme Jean Claude Trichet, Mario Draghi est considéré dans la plupart des médias comme un expert apolitique très compétent, partisan de mesures courageuses et nécessaires si l’on veut que l’Europe retrouve un jour la croissance et le plein emploi…

Lui-même n’admettra jamais qu’il défend une vision politique et non un point de vue neutre, qu’il a un modèle de société en tête qu’il promeut à la tête de la BCE. Il est dans le même déni que Trichet, dont j’avais parlé dans un article précédent (voir ici).

Et pourtant, dans cette interview à un journal américain, se sentant sans doute un peu plus libre que quand il parle en Europe, il dit les choses de façon beaucoup plus franche et brutale, et ce projet de société qui est porté par la BCE mais aussi par les dirigeants européens actuels et la Commission européenne de Baroso est exposé à nu, et franchement c’est flippant. J’en cite (et commente) quelques extraits marquants pour ceux qui n’ont pas le courage d’aller lire tout l’article (traduit sur le site de Berruyer) :

Draghi : « Le modèle social européen est mort. »

Nico : Ca a le mérite d’être clair.

Draghi : « Existe-t-il une alternative à l’assainissement budgétaire? Dans notre cadre institutionnel, les ratios dette/PIB étaient excessifs. Il n’y avait pas d’alternative à l’assainissement budgétaire, et nous ne devrions pas nier que c’est récessif à court terme. À l’avenir, il y aura ce que l’on appelle la voie de confiance, qui va réactiver la croissance, mais ce n’est pas quelque chose qui se produit immédiatement, et c’est pourquoi les réformes structurelles sont si importantes, parce que la contraction à court terme ne sera remplacée par une croissance durable à long terme que si ces réformes sont en place. »

Nico : On retrouve le fameux TINA (There Is No Alternative) de Margaret Thatcher :  il n’y a pas d’alternative à la rigueur budgétaire (donc à des baisses de dépenses publiques) et à des réformes structurelles ultralibérales pour retrouver la croissance et l’emploi. Il reconnaît quand même que ça va d’abord nous plonger dans la récession, mais on croise les doigts, ça devrait un jour ou l’autre permettre de retrouver la confiance puis la croissance… Lire la Suite

MES la suite : les réactions politiques

Comme promis, après avoir présenté le Mécanisme Européen de Stabilité et expliqué pourquoi un enjeu aussi important devrait faire l’objet de grands débats voire de référendum, je fais un petit récap dans ce deuxième article des positions des différents partis sur ce MES. A 2 mois de l’élection, cela me semble important de savoir à quoi s’en tenir sur ce sujet.

 Alors, en dehors de l’UMP qui a évidemment voté comme un seul homme derrière son candidat-président-promoteur du MES, l’autre parti qui a voté « Pour » est le MODEM de Bayrou. Je n’ai pas trouvé de commentaires de ce cher François, mais de sa directrice de campagne, Marielle de Sarnez.

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Voilà, donc en gros, elle ne voit pas le problème, trouve que c’est juste du bon sens d’imposer la règle d’or budgétaire, d’ailleurs Bayrou la propose depuis 2002 en France, donc rien de grave…pas un mot sur le fait qu’appliquer cette règle d’or en période de quasi-récession va accélérer la récession…Bon, en tout cas, leur position vis à vis du MES est claire, en accord avec leur aspiration à une Europe aux pouvoirs renforcés, donc on la partage ou pas mais on sait à quoi s’en tenir.

A l’opposé, les deux autres positions claires exprimées par un vote « Contre » ont été celle de Mélenchon d’une part, et de Dupont Aignan d’autre part.

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Mélenchon est constant depuis 3 ans dans la critique de la politique de rigueur mise en œuvre par l’Europe et des mesures d’austérité qui vont avec. Durant la semaine de vote à l’Assemblée, il a clairement exposé les dangers du MES et du Traité budgétaire qui va suivre (voir notamment cette autre vidéo d’un meeting), et a demandé un référendum sur la question. Pour dénouer la crise européenne, il pense Lire la Suite

MES : vous avez tout suivi ?

Est-ce que vous êtes au courant du fait que, mardi dernier à l’Assemblée et hier au Sénat, en toute discrétion, les parlementaires français ont voté pour l’instauration d’un Mécanisme Européen de Stabilité ? Et qu’il s’agit d’une décision très importante pour notre avenir, qui nous emmène tout droit vers plus de rigueur et moins de souveraineté, sans même qu’on ait le temps d’en discuter, d’y réfléchir, d’en débattre ?

Pour savoir en quoi consiste ce MES, et pourquoi certains n’hésitent pas à parler de coup d’état silencieux, je vous recommande la courte vidéo qui suit de Nicolas Doze sur BFM Business qui regroupe deux de ses interventions. Il a le mérite d’expliquer très clairement de quoi il s’agit, en quoi c’est fondamental pour l’avenir de la France, et il regrette que ça n’ait pas fait l’objet d’un vrai débat pendant la campagne. Je pense que, sur le fond, il n’est peut être pas contre ce Mécanisme, la rigueur et le fait d’aller vers plus d’Europe, mais il a le mérite d’exposer honnêtement la question, ce qui est déjà énorme par rapport à d’autres médias, y compris de service public, qui sont restés bien discrets. Je signale juste Marianne qui sur son site en a beaucoup parlé, et en a fait un dossier consultable ici.

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Intéressant non ? Bon, je vais moi-même tenter de résumer dans cet article ce que j’en ai compris cette semaine, et en quoi ça me semble important. Dans un autre article à venir dans la foulée, je parlerai des positions des différents partis ou candidats sur le sujet.

Présentation du MES

Le MES est le nouveau dispositif qui doit remplacer, en juillet 2012 , le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ce dernier a permis de prêter à la Grèce, au Portugal, ou à l’Irlande par exemple, en contrepartie de plans de rigueur douloureux déjà évoqués ici…Mais ça ne suffisait pas pour nos dirigeants européens, alors ils sont allés plus loin pour tenter d’institutionnaliser ce principe.

Le MES, sorte de FMI européen, sera une institution financière intergouvernementale (de statut Société Anonyme) basée au Luxembourg. Il sera doté d’un conseil des gouverneurs (le ministre en charge des finances de chaque Etat membre ou un représentant) présidé soit par le président de l’Eurogroupe soit par un président issu de ses membres.  

Ce fonds va disposer d’un capital de 700 Md€ – mais dont seulement 80 Md€ milliards sont appelables immédiatement auprès des différents Etats européens, les autres 620 Md€ n’étant appelables qu’en cas de besoin, des garanties donc. La part de la France dans le capital sera de 143 Md€ dont 16 Md€ à payer dans les 5 ans, et 6 Md€ dès cette année !

Fort de ses 80 Md€ de cash et de la garantie associée des Etats, le MES pourra aller emprunter sur les marchés jusqu’à 500 M€. Il reprêtera ensuite ces sommes aux États en difficulté – avec donc des taux supérieurs aux taux auquel il se sera financé.

Cet outil d’appui financier aux pays en grande difficulté nous est donc vendu comme un mécanisme de solidarité européenne par ses promoteurs, au premier rang desquels Merkel et Sarkozy. Il entérine surtout le refus des dirigeants européens (surtout l’Allemagne) de permettre à la Banque Centrale Européenne de prêter à des taux très bas aux Etats en difficulté, et plus généralement d’étudier les seules autres options possibles : défauts partiels et négociés sur les dettes et/ou sortie d’un pays de l’euro.

Pourquoi est-ce un sujet grave qui devrait faire l’objet de débats importants en France ?

1) La conditionnalité de ces aides : MES = Traité budgétaire = rigueur et austérité

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Revue de presse du vendredi : le plan « d’aide » à la Grèce et les mesures ultralibérales qui vont avec

Et oui, nouvelle rubrique avec cette revue de presse du vendredi, qui devrait avoir lieu aussi souvent que possible le vendredi…mais je préfère quand même pas trop m’engager là-dessus…

Pour cette première, j’évoque quelques articles et vidéos sur un sujet dont j’ai déjà pas mal parlé, la crise grecque et plus généralement européenne.    Je continue à en parler, d’une part parce qu’en France la campagne électorale est dans une sorte de vide absolu, et donc commenter le dernier sondage, les meetings de Hollande ou Sarko ou le clash Mélenchon-Le Pen ne m’intéresse absolument pas. D’autre part, parce que je pense que ce qui se passe en ce moment en Europe est beaucoup plus important pour notre avenir. La perte progressive de souveraineté des pays « aidés » rend le choix entre la gauche et la droite quasiment anecdotique, la rigueur sympa et juste de gauche n’étant que peu différente de la bonne vraie rigueur de droite…donc personnellement c’est sur leur position européenne que je jugerai les candidats plus que sur le reste.

Bref, je voulais revenir sur le dernier plan d’aide à la Grèce, mais aussi et surtout, sur le panel de mesures ultralibérales (le mot est faible) qui les accompagne une fois de plus.

1) Les mesures d’austérité

Je commence par signaler un article très complet issu une fois de plus de l’excellent blog d’Olivier Berruyer : à lire ici. Je reprends juste ici quelques-unes des mesures d’austérité infligées aux grecs, mais le catalogue complet que l’article présente est juste hallucinant, révoltant, presque incroyable au sens premier du terme.

Salaires et retraites (cliquez sur le schéma pour le voir mieux) :

Diminution du salaire minimum de 22 %, suppression des conventions collectives de branche, possibilité de transformer les emplois à temps plein  en temps partiel sur décision de l’employeur, suspension des augmentations automatiques de salaire basées sur l’ancienneté, diminution des pensions de retraite de 300 millions d’euros par an, baisse de 15% des retraites complémentaires, etc…

Réduction du secteur public
Nouveaux licenciements de 15 000 fonctionnaires en 2012, coupes de 636 millions d’euros des salaires des employés du secteur public  d’ici la fin juillet 2012, suppression de 150 000 postes de fonctionnaires d’ici 2015, non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5, réduction des dépenses dans le secteur de la santé de 1,1 milliard d’euros, baisse des allocations pour les familles avec plus de 3 enfants, baisse des dépenses de fonctionnement et de consommation de l’État de 300 millions d’euros.

A côté de ça, Fillon est communiste ! En fait, je n’arrive pas à comprendre que l’Europe, qui était une belle idée au départ, soit aujourd’hui capable d’imposer de telles mesures qui vont plus loin que celles que Reagan ou Thatcher ont mis en oeuvre à leur arrivée. Je ne sais pas comment on pourrait se représenter ça en France, mais c’est comme si avait voté pour Hollande, et qu’ensuite l’Europe plaçait Alain Madelin  au dessus de lui avec les pleins pouvoirs et lui disait : « vas-y Alain, fais toi plaisir, mets en place le modèle de société dont tu rêves depuis toujours ! Tu peux faire sauter tous les acquis sociaux issus du Front Populaire et de l’après guerre, flexibiliser complètement le marché du travail, faire disparaître l’assistanat une fois pour toutes, réduire l’Etat à la portion congrue, vas y vraiment fort, t’as un an ou deux pour le faire, pas plus. » Si au moins ces mesures fonctionnaient ! On pourrait débattre du modèle de société auquel elles conduisent, mais en plus elles sont un échec absolu sur le plan économique !

* à ce sujet, je conseille une tribune de Paul Krugman Lire la Suite