Monthly Archives: mars 2013

Entretien avec Jacques Sapir (1/2) : la crise à Chypre et ses conséquences

Cette semaine, nouvel entretien exclusif pour le blog, avec l’économiste Jacques Sapir que j’ai pu rencontrer cet après-midi pour recueillir son point de vue sur la crise européenne. A vrai dire, cet entretien était programmé depuis quelques semaines, bien avant le déclenchement de la crise chypriote, et j’avais prévu de discuter de façon assez large de la situation dans la zone euro et des 71b5b211c2824457bc94d45f5a7a5ad3alternatives qu’il propose aux politiques actuelles. Nous l’avons fait, et ce sera l’objet de la deuxième partie que je publierai bientôt, mais nous avons d’abord passé un certain temps sur Chypre, ce petit pays dont on se souvenait à peine qu’il était entré dans l’euro en 2008…et qui fait trembler l’Europe depuis 10 jours ! L’occasion était belle en tout cas d’en parler avec Jacques Sapir, car en dehors de ses travaux sur l’euro ou la démondialisation, il est aussi un grand spécialiste de la Russie. Dans cette première partie, il revient donc sur le plan B adopté dimanche, le décortique et en critique certains aspects tout en reconnaissant qu’il est meilleur que le premier qui taxait tous les déposants. Sa grande crainte concerne la fuite de capitaux qui semble avoir eu lieu avant l’adoption de ce plan, par l’intermédiaire de filiales des banques chypriotes, et qui pourraient se traduire par l’impossibilité pour Chypre de récupérer au final les 5.8 milliards prévus. Il évoque aussi les risques de propagation de la crise chypriote à d’autres pays similaires, comme la Slovénie ou Malte, et enfin s’inquiète de la gravité de la crise en Italie.

Nico : Selon vous, la crise qui se déroule depuis 10 jours à Chypre est-elle terminée et doit-on se réjouir au final du deuxième plan qui a été adopté ?

Jacques Sapir : Tout d’abord, il est extrêmement symptomatique qu’un pays dont le PIB ne représente que 0.2% du PIB de la zone euro, ait pu provoquer cette commotion généralisée sur l’ensemble de la zone. Cela veut dire que la zone euro est dans un état d’extrême fragilité et que la crise est très loin d’être terminée. Continue reading

Aile gauche du PS, le changement c’est «Maintenant» ?

Dans mon article précédent, je revenais sur la décennie 80, celle du grand tournant libéral dont le PS a été l’un des artisans…tout le PS ? Pas tout à fait, car dès 82-83 des voix contestataires se faisaient entendre au sein du parti, notamment celle de Jean Pierre Chevènement, dont les analyses avphoto_1320676801302-7-0aient d’ailleurs un caractère assez visionnaire. D’autres ont suivi comme le trio Mélenchon-Dray-Lienemann de la « Gauche socialiste », durant les années 90, Hamon et son « Monde d’avance » plus récemment, ou encore Montebourg lors des primaires. En tant qu’ancien électeur du PS, j’ai longtemps partagé les positions de son aile gauche, tout en constatant son impuissance à freiner la dérive du parti vers le centre-droit. Plus tard,  je me suis dit que Mélenchon avait eu raison de partir et que son combat serait plus efficace hors du parti qu’en son sein. Plus efficace cela reste à démontrer, et l’histoire des gauches plurielles ou le parcours de Chevènement montrent qu’il est difficile pour des partis minoritaires d’exister à gauche du PS. Quoi qu’il en soit, dans cette période de crise, où le PS est de nouveau au pouvoirLogo-MaintenantLaGauche-coul-moyen et semble prêt à aller encore plus loin dans le libéralisme, j’ai eu envie de m’intéresser à l’aile gauche actuelle, à ses critiques comme à ses propositions. Je dois reconnaître que je me suis intéressé seulement au courant « Maintenant la gauche», qui a obtenu 1Maurel-Lienemann-Guedj_pics_1803% des voix au congrès de Toulouse d’octobre, et au trio qui l’incarne médiatiquement, composé de Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann, trois personnes que j’apprécie à titre personnel. Je sais qu’il existe d’autres courants à gauche du PS, comme Roosevelt 2012 autour de Larrouturou, sur lequel je reviendrai bientôt, mais « Maintenant la gauche » me semblait plus dans la lignée de la « Gauche socialiste », comme en atteste par exemple la présence de Lienemann. En fait, je me suis demandé à quel destin ce trio serait promis si la crise continuait à s’approfondir : un poste ministériel à la Hamon-Montebourg ? Une rupture à la Mélenchon ? Ou plus inédit, l’obtention d’une majorité au sein du PS permettant de le réorienter à gauche ?  A vrai dire, je n’ai pas d’avis tranché sur la question, et de même qu’on ne peut pas prédire le niveau de Benoit-Hamon-Arnaud-Montebourg_pics_390chômage qu’un peuple est prêt à accepter avant de se révolter (Pompidou parlait de 500 000 !), on ne peut pas estimer le niveau de crise ou de social-libéralisme qu’il faudrait atteindre pour qu’il se passe quelque chose de radicalement nouveau au sein du PS. Ca n’empêche pas d’y réfléchir en tout cas, surtout en cette semaine de forte mobilisation contre l’accord MEDEF-CFDT sur la flexibilité, que dénonce, parmi d’autres, « Maintenant la gauche »… Continue reading