Monthly Archives: avril 2013

Doisy, Hollande et le retour des alternatives

Il y a exactement un an, j’avais commenté sur ce blog la passionnante interview du financier Nicolas Doisy, Chief economist chez Chevreux, par François Ruffin, journaliste à France Inter et Fakir. Un mois avant l’élection, avec un cynisme et une franchise inhabituels, Doisy expliquait à quel point il n’était pas angoissdoisy06-300x187é par la probable élection de Hollande. Selon lui, sous la pression des marchés et de l’Europe, Hollande n’hésiterait pas une seconde une fois élu à trahir ses électeurs de gauche et à revenir sur ses maigres promesses, pour appliquer la seule politique possible : baisser les dépenses publiques et flexibiliser le marché du travail. J’avais donc envie de réaliser un rapide bilan un an après, mais comme je l’ai déjà en partie fait (notamment dans cette vidéo) et que c’est vraiment déprimant, je ne souhaitais pas non plus en rester là et, à l’inverse, tenter de voir dans certains évènements récents, notamment à Chypre, les premières fissures dans ce TINA (There Is No Alternative) popularisé par Margareth Thatcher. Symboliquement d’ailleurs, peut-être que sa disparition récente coïncidera au final avec un début de remise en question de cette doxa libérale, qui espérons-le s’amplifiera dans les prochains mois pour aboutir à renversement complet du cadre actuel des politiques économiques. Evidemment, quand on entend Harlem Désir expliquer récemment que la politique du gouvernement n’est pas la seule Les-Unes-des-journaux-britanniques-consacrees-au-deces-de-Margaret-Thatcher-le-9-avril-2013-a-Londres_univers-grandepossible, mais tout simplement la meilleure possible, on se dit qu’on en est encore loin et que le PS est en train de nous inventer le TIBA : This Is the Best Alternative… Mais les grands retournements de l’histoire sont très largement imprévisibles, et qui sait si l’affaire Cahuzac ne jouera pas au bout du compte le rôle de l’étincelle conduisant à l’explosion d’un mécontentement populaire retenu depuis trop longtemps. A suivre dans les prochains mois… Continue reading

Entretien avec J.Sapir (2/2) : Pas de sortie de crise sans sortie de l’Euro

Comme promis, voici la deuxième partie de mon entretien avec l’économiste Jacques Sapir, réalisé le 26 mars dernier, au cours de laquelle nous avons quitté l’actualité chypriote du moment pour revenir de façon plus large sur l’un de ses thèmes de prédilection, l’Euro. Pour Sapir, la mise en place de l’Euro en 2002 est l’une des raisons majeures des difficultés économiques traversées par la zone euro depuis cette date, longtemps masquées par un endettement public ou privé élevé, et son maintien coûte que coûte explique en grande partie que nous n’arrivions pas à sortir de la crise depuis 2008. Il ne prétend pas pourFaut-il-sortir-de-lEuro-Jacques-Sapir autant que l’Euro est l’unique cause des problèmes européens, et j’aurais aimé évoquer par exemple avec lui le thème de la démondialisation dont il a été l’un des promoteurs. Mais, actualité aidant, nous sommes restés sur l’Euro, et j’ai été notamment marqué par la façon dont il montre qu’en soutenant cette monnaie, les dirigeants et technocrates européens mènent en réalité une lutte de classes qui ne dit pas son nom, et qui conduit à sacrifier les salariés au profit des rentiers. Il fait donc de la sortie de l’Euro l’une des mesures indispensables de tout programme de gauche qui voudrait réellement changer la donne, et s’emportait encore récemment (voir ici) contre la position floue du Front de gauche sur le sujet. J’ai quand même envie d’être plus positif que lui sur les déclarations de Mélenchon au dernier Congrès du Parti de Gauche, car en off, il semblait prêt à faire le pas de la remise en question de l’Euro (voir ici) même si ses discours officiels sont restés plus confus sur le sujet. L’important en tout cas est que ça commence à faire débat à gauche, car dès que l’on creuse le sujet, il devient difficile je trouve de penser que l’on pourra à la fois sortir de la crise et garder l’Euro, même si au départ et sur le principe, on était plutôt pour.

Nico : Si on fait le bilan après 3 ans de mesures exigées par la Troïka en contrepartie de plans d’aide, il semble que la situation économique et sociale des pays du sud de l’Europe ne cesse de se dégrader ?

Sapir : Oui, mais cela était tout à fait prévisible. Les mesures de la Troïka sont des mesures qui visent notamment à garantir les intérêts des prêteurs, et en particulier de l’Allemagne. Continue reading