Monthly Archives: avril 2014

Entretien avec Coralie Delaume sur l’Europe, de Monnet à Draghi

A un mois des élections européennes, le débat semble un peu plus ouvert que lors des précédents scrutins. Des sujets autrefois tabous comme la monnaie unique ou le libre-échange se sont faits une (petite) place après 5 ans de crise de la zone euro et dans le cadre des négociations UE-USA sur le traité transatlantique europe_(TAFTA). L’allemand Martin Schulz, candidat de la « gauche » pour la Commission, a bien essayé de refermer le débat en qualifiant les critiques de l’UE de racistes et populistes qui veulent réveiller les démons du 20ème siècle, mais il n’y parviendra sans doute pas. Parmi ces va-t-en-guerre populistes se trouve en tout cas Coralie Delaume, responsable du blog « L’arène nue », que j’ai rencontrée pour discuter de son dernier essai passionnant « Europe, les Etats Désunis ». Dans ce livre très clair et pédagogique, elle nous rappelle que le projet européen visait dès le départ à écarter les peuples des prises de décision et abolir le cadre national, et en paie les conséquences aujourd’hui avec une montée des nationalismes extrémistes, et un rejet de plus en plus grand d’institutions européennes qu’elle dissèque par ailleurs avec précision. Pour éviter que les divergences politiques et économiques entre Europe du Sud et du Nord ne deviennent un gouffre, elle plaide pour une vraie remise en question du cadre européen et 4831321305797notamment de la monnaie unique, et veut croire que de nouvelles formes de coopération entre européens resteront possibles, à condition de respecter les souverainetés nationales et de sortir des politiques libérales et austéritaires. Elle refuse en tout cas de laisser le monopole de certaines réflexions et alternatives au Front National, ce qui me semble absolument indispensable. On a donc discuté de Monnet, de la Paix, de BCE, d’Europe sociale, d’Allemagne, de sortie de l’euro et de souveraineté, entre autres choses.

Nico : Vous parlez beaucoup d’Europe sur votre blog depuis 2011, vous venez de publier un essai « Europe, les Etats Désunis », pourquoi un tel intérêt pour ce sujet ? Continue reading

Entretien avec Aurélien Bernier sur la gauche, le FN, l’Europe et la mondialisation

Dans son dernier essai passionnant, «La Gauche radicale et ses tabous», Aurélien Bernier se demande pourquoi la gauche radicale (celle qui n’est pas 4d3d8b694bbbba3f27769fb9123c0360-500x500  sociale-libérale en gros) échoue face au Front National, alors que les circonstances devraient lui être favorables depuis la crise financière de 2008. La raison majeure selon lui est que, depuis la fin des années 90, cette gauche radicale a abandonné au Front National le quasi-monopole de la réflexion et des propositions sur des thèmes aussi essentiels que la rupture avec le cadre juridique européen et l’euro, le protectionnisme et plus largement la souveraineté nationale, préférant de son côté défendre la réforme des institutions de l’intérieur. Ce faisant, elle est beaucoup moins convaincante que le FN, notamment parce que le PS dit grosso modo la même chose depuis 30 ans, et plus grand monde aujourd’hui ne croit encore à l’Europe sociale. Les dernières élections ont confirmé son analyse, avec une montée du FN et de l’abstention, et un score correct mais sans plus du Front de Gauche. Pour l’auteur, tout n’est pas perdu à condition que la gauche accepte l’idée que sans réappropriation au niveau national des principaux leviers économiques et AurelienBerniermonétaires, aucune politique alternative de gauche n’est possible. Contrairement à la caricature habituelle des médias, le retour à une souveraineté nationale ne serait d’ailleurs pas synonyme de repli sur soi, mais au contraire la première étape pour établir de nouvelles formes de coopération internationale qui ne soient plus basées uniquement sur la libre concurrence. Je partage évidemment cette analyse, c’est même pour cela que j’ai lancé ce blog il y a deux ans, afin de contribuer (modestement) à faire connaître ceux qui à gauche se sont emparés de ces sujets clés comme Lordon, Sapir, Todd, Giraud ou Ruffin. Je suis donc ravi d’avoir pu en discuter directement avec Aurélien Bernier. Continue reading