Category Archives: Politique

35 ans de promesses d’Europe sociale en bref

Dans une tribune récente de François Hollande publiée dans Le Monde, intitulée « L’Europe que je veux », on retrouve absolument tous les poncifs traditionnellement servis par le PS pour nous vendre le projet européen : (1) L’Europe c’est la paix, la plus grande puissance économique du monde, une promesse de prospérité et d’emploi – (2) Renoncer à l’UE ou à l’euro c’est se replier sur soi, s’enfermer derrière des barrières, arrêter d’échanger avec nos voisins, entrer en guerre avec eux, s’isoler dans la mondialisation, s’effondrer bandeau_voter-europe-sociale-1024x382économiquement, s’appauvrir, décliner – et bien sûr (3) Il faut améliorer cette Europe trop libérale, avec moins de dumping fiscal et social, plus de démocratie, plus de solidarité, moins de spéculation,  et bien entendu plus de progrès social. Sur ce dernier point, cette tribune tombe bien, j’étais justement en train de finir de rassembler des extraits vidéo des plus grands ténors du PS nous promettant l’Europe sociale pour demain. Et ces extraits commencent avec Mitterrand lors des premières élections européennes de 1979, en l’occurrence mon année de naissance. Bref, depuis que je suis né, il y a 35 ans, le PS me promet l’Europe sociale ! Sans jamais vraiment définir en quoi elle consisterait d’ailleurs…

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Entretien avec Coralie Delaume sur l’Europe, de Monnet à Draghi

A un mois des élections européennes, le débat semble un peu plus ouvert que lors des précédents scrutins. Des sujets autrefois tabous comme la monnaie unique ou le libre-échange se sont faits une (petite) place après 5 ans de crise de la zone euro et dans le cadre des négociations UE-USA sur le traité transatlantique europe_(TAFTA). L’allemand Martin Schulz, candidat de la « gauche » pour la Commission, a bien essayé de refermer le débat en qualifiant les critiques de l’UE de racistes et populistes qui veulent réveiller les démons du 20ème siècle, mais il n’y parviendra sans doute pas. Parmi ces va-t-en-guerre populistes se trouve en tout cas Coralie Delaume, responsable du blog « L’arène nue », que j’ai rencontrée pour discuter de son dernier essai passionnant « Europe, les Etats Désunis ». Dans ce livre très clair et pédagogique, elle nous rappelle que le projet européen visait dès le départ à écarter les peuples des prises de décision et abolir le cadre national, et en paie les conséquences aujourd’hui avec une montée des nationalismes extrémistes, et un rejet de plus en plus grand d’institutions européennes qu’elle dissèque par ailleurs avec précision. Pour éviter que les divergences politiques et économiques entre Europe du Sud et du Nord ne deviennent un gouffre, elle plaide pour une vraie remise en question du cadre européen et 4831321305797notamment de la monnaie unique, et veut croire que de nouvelles formes de coopération entre européens resteront possibles, à condition de respecter les souverainetés nationales et de sortir des politiques libérales et austéritaires. Elle refuse en tout cas de laisser le monopole de certaines réflexions et alternatives au Front National, ce qui me semble absolument indispensable. On a donc discuté de Monnet, de la Paix, de BCE, d’Europe sociale, d’Allemagne, de sortie de l’euro et de souveraineté, entre autres choses.

Nico : Vous parlez beaucoup d’Europe sur votre blog depuis 2011, vous venez de publier un essai « Europe, les Etats Désunis », pourquoi un tel intérêt pour ce sujet ? Continue reading

Entretien avec Aurélien Bernier sur la gauche, le FN, l’Europe et la mondialisation

Dans son dernier essai passionnant, «La Gauche radicale et ses tabous», Aurélien Bernier se demande pourquoi la gauche radicale (celle qui n’est pas 4d3d8b694bbbba3f27769fb9123c0360-500x500  sociale-libérale en gros) échoue face au Front National, alors que les circonstances devraient lui être favorables depuis la crise financière de 2008. La raison majeure selon lui est que, depuis la fin des années 90, cette gauche radicale a abandonné au Front National le quasi-monopole de la réflexion et des propositions sur des thèmes aussi essentiels que la rupture avec le cadre juridique européen et l’euro, le protectionnisme et plus largement la souveraineté nationale, préférant de son côté défendre la réforme des institutions de l’intérieur. Ce faisant, elle est beaucoup moins convaincante que le FN, notamment parce que le PS dit grosso modo la même chose depuis 30 ans, et plus grand monde aujourd’hui ne croit encore à l’Europe sociale. Les dernières élections ont confirmé son analyse, avec une montée du FN et de l’abstention, et un score correct mais sans plus du Front de Gauche. Pour l’auteur, tout n’est pas perdu à condition que la gauche accepte l’idée que sans réappropriation au niveau national des principaux leviers économiques et AurelienBerniermonétaires, aucune politique alternative de gauche n’est possible. Contrairement à la caricature habituelle des médias, le retour à une souveraineté nationale ne serait d’ailleurs pas synonyme de repli sur soi, mais au contraire la première étape pour établir de nouvelles formes de coopération internationale qui ne soient plus basées uniquement sur la libre concurrence. Je partage évidemment cette analyse, c’est même pour cela que j’ai lancé ce blog il y a deux ans, afin de contribuer (modestement) à faire connaître ceux qui à gauche se sont emparés de ces sujets clés comme Lordon, Sapir, Todd, Giraud ou Ruffin. Je suis donc ravi d’avoir pu en discuter directement avec Aurélien Bernier. Continue reading

22 février 1984, Vive La Crise !

Il y a très exactement 30 ans, le 22 février 1984, plus de 20 millions de téléspectateurs étaient devant leur poste pour regarder sur Antenne 2 l’émission « Vive La Crise » (VLC), présentée par un Yves Montand en grande h-20-1352487-1228906081forme. Cette émission avait été accompagnée à l’époque par un numéro spécial du journal Libération qui, sous la plume notamment de Serge July et du jeune Laurent Joffrin, célébrait avec enthousiasme le tournant de la rigueur opéré un an avant par le gouvernement socialiste, et plaidait pour une conversion enthousiaste au libéralisme et au culte de l’entreprise, pour sortir de la crise et du chômage qui occupait déjà les esprits à l’époque. Difficile de ne pas faire le lien avec la crise existencielle que traverse 30 ans plus tard ce journal. J’ai découvert personnellement l’existence de « Vive La Crise » en écoutant l’émission « Là-Bas si J’y suis » de Daniel Mermet en 2006, qui revenait plus largement sur le tournant libéral de la décennie 80, dont j’avais parlé dans deux articles (partie 1 et   partie 2). Pierre Rimbert et Serge Halimi du Monde Diplomatique commentaient avec Mermet certains extraits assez édifiants de « Vive La Crise » et j’avais trouvé ça vraiment passionnant. Tous deux montraient àimagesCA1JKGXP quel point VLC avait été symbolique du basculement idéologique de la gauche socialiste en cette période 83-84, et avait marqué le début d’une ère de propagande médiatique dans laquelle nous baignons toujours 30 ans plus tard, en faveur du moins d’Etat, de la précarisation du travail et plus largement du libéralisme comme seul moyen de sortir de la crise. Pour marquer le coup de l’anniversaire des 30 ans, j’ai donc retranscrit et réorganisé les principaux extraits de l’émission de Mermet, en y ajoutant quelques commentaires en fin d’article sur les liens étroits avec certains sujets qui font l’actualité de février 2014. Je conseille quand même d’écouter l’émission de Mermet en entier, disponible par exemple sur ce lien : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=824 Continue reading

Rappel : Gaël Giraud sur la course à la compétitivité et la déflation

Ces derniers temps, en dehors des passionnantes affaires Gayet ou Dieudonné, la question de la compétitivité a fait son grand retour dans le débat public suite à la conférence de presse de Hollande. Débat public, c’est beaucoup dire puisque 95% des commentateurs estiment que Hollande doit faire son Schröeder et baisser drastiquement le coût du travail, sous peine pour la France de ne pouvoir lutter àGael_GIRAUD--resized-174x168 l’international et notamment avec nos voisins  du Sud de l’Europe, qui font la même chose pour faire plaisir à la Troïka. [NB : j’avais évoqué ce conformisme intellectuel de nos élites dans la série « Rigueur et réformes structurelles »].

La question de la compétitivité interne ou externe à l’Europe se pose réellement et elle mériterait un vrai débat abordant d’autres sujets que le coût du travail, notamment le coût du capital, l’euro ou encore le libre-échange, et d’ailleurs j’y reviendrai certainement. Mais nos élites n’ont qu’un remède (courageux paraît-il !) en poche, les efforts des ménages, avec baisse des salaires et fin de notre modèle social à la clé. En même temps, et comme prévu, ces pressions à la baisse sur les dépenses publiques et les salaires en Europe se traduisent par une baisse de la demande et une baisse des prix, et l’inquiétude monte actuellement sur le fait que l’Europe pourrait entrer en déflation (voir notamment la dernière note de Natixis) comme dans les années 30.1389265335_defla2_zoom Compétitivité, déflation, ces thèmes m’ont rappelé mon entretien avec l’économiste Gaël Giraud, fin 2012. A l’époque, j’étais surtout intéressé par ses propositions de réforme bancaire et de financement de la transition énergétique par création monétaire (ici et ici). Mais il avait assez longuement évoqué ce risque pour l’Europe d’entrer dans un scénario à la japonaise de trappe déflationniste si les politiques de rigueur et de baisses du coût du travail se poursuivaient. En revisionnant la vidéo, je me suis dit que ses propos éclairaient parfaitement la situation en ce début 2014, et j’ai donc extrait et retranscrit la partie de l’entretien concernant ces sujets et plus largement son analyse de la crise européenne. En attendant de nouveaux entretiens à venir dans les prochaines semaines…

Nico : Gaël Giraud, est-ce que selon vous, depuis 2010 et la mise en oeuvre de politiques de rigueur, la situation de la zone euro est en train de se dégrader ? Continue reading

De Mitterrand à Hollande, ou comment tourner dans le même sens depuis 30 ans

« Il faut considérer que la France a baissé la courbe de progression de son chômage, qui connaissait dans les années précédentes une allure très inquiétante. » Non, getimagece n’est pas Hollande qui essaie une fois de plus de nous vendre sa soi-disant inversion de la courbe, ces mots sont de François Mitterrand, le 15 septembre 1983, au cours d’une émission de télévision avec le journaliste François de Closets, « L’enjeu ». Je suis tombé sur la retranscription de cette émission (voir ici), au cours de laquelle Mitterrand justifie le tournant de la rigueur de mars 83 (dont j’avais parlé ici), et c’est à la fois passionnant et hallucinant. Passionnant dans la période actuelle où, suite aux vœux d’un Hollande qui annonce toujours plus de rigueur et de baisse de charges, les commentateurs nous ont refait le coup du tournant à droite enfin assumé par le PS et s’en sont réjouis comme chaque fois. On y avait déjà eu droit après le TSCG non renégocié, la réforme bancaire enterrée, le crédit d’impôts de 20 Mds, etc…Or Mitterrand, lui, effectue en marFRANOI~1s 83 un vrai tournant libéral pour le coup, après deux ans de politique de gauche, sous l’influence des Delors, Attali and co, Et ce qui est hallucinant quand on lit la retranscription de cette émission, c’est qu’on a l’impression d’entendre Hollande interrogé cette semaine par un mix d’Apathie (pour les questions orientées) et de Lenglet (pour les graphes et stats qui démontrent scientifiquement qu’il faut plus de libéralisme). Mitterrand défend ses choix économiques, dans un contexte de crise, de croissance nulle avec risque de récession, de chômage qui s’installe, de désindustrialisation qui commence. Et il déroule le même type de mesures libérales que Hollande et le même type d’arguments pour les justifier : la rigueur et le respect des 3% comme boussole, le freinage indispensable d2432677-la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financierees dépenses publiques, la baisse des charges et des impôts nécessaire pour permettre aux entreprises d’investir, la nécessité de ne pas faire fuir les riches. On a droit aussi aux efforts demandés aux français, à l’impopularité assumée, à la croissance qui est nulle mais qui reviendra promis. Il assume enfin l’absence de différence avec la politique menée par la droite sous Raymond Barre, et conclue sur le fait qu’il s’agit de toute façon de la seule politique posCapturefnsible et qu’il est temps de mettre fin à la lutte des classes. On pourrait ajouter deux sujets peu évoqués dans cette émission en particulier, l’Europe et la décision de rester dans le SME (voir ici sur le sujet), et l’émergence inquiétante du FN à Dreux en septembre 83 qui sera confirmée aux européennes de 84, et l’on aurait un parallélisme parfait avec 2014. Le tournant à droite du PS a eu lieu, oui, mais pas la semaine dernière lors des vœux, il y a 30 ans ! Et depuis, chaque passage des socialistes au gouvernement n’a été qu’une confirmation de ce choix initial et son approfondissement, malgré l’échec économique et social avéré de ces politiques libérales. Cette émission est intéressante parce que Mitterrand y assume encore avec une certaine franchise ce virage à droite, alors que très vite, à partir de 84, Libe_LePen-b0c24le PS va essayer de faire comme si il n’avait pas eu lieu. Eric Orsenna, qui écrivait les discours de Mitterrand, le résume ainsi : La consigne était d’entretenir la fiction de la continuité. Mitterrand ne pouvait pas avouer : « moi aussi, je me suis fracassé sur le mur de l’argent ». Impossible de se mettre dans une telle position. Mon boulot au service du grand roman national était de marteler de toutes les façons : on continue ! Dans un premier temps, Mitterrand recourt à une sorte de dramatisation pour justifier un changement de cap. Mais à peine le changement opéré, dans un second temps, il faut faire comme s’il n’avait pas eu lieu. »

J’ai sélectionné quelques passages clés de l’émission avec Mitterrand, regroupés par thèmes. Continue reading

Remise à plat fiscale, et si on commençait par là ?

Après une parenthèse de quelques mois (pour cause principalement de paternité…), et après avoir hésité durant l’été, j’ai finalement décidé de relancer ce blog. La lecture d’un article de François Ruffin dans le dernier Fakir a joué un rôle dans cette décision en me convainquant de ne pas céder à « l’àquoibonisme »  ambiant, et cela même si ce blog n’est qu’une petite goutte d’eau dans l’immense bataille des idées à mener fakir62-une_72pour faire entendre un autre son de cloche que le libéralisme ambiant. Pourtant, en observant le gouvernement dérouler comme prévu depuis un an et demi les mesures libérales réclamées par l’Europe et les marchés, sans fausse note, en allant souvent  plus loin que la droite comme sur la flexibilité et le crédit d’impôt entreprise de 20 Mds, j’avoue avoir été tenté par la résignation, me disant que de toute façon rien ne pourrait changer sans un effondrement du système ou une révolution brutale des peuples. Résignation et colère aussi, en voyant que 5 ans après cette crise financière monumentale qui a provoqué une immense récession, les grands dirigeants de banques sont toujours aux commandes, les poches pleines des liquidités déversées par les Banques centrales qui sont en train de recréer des bulles gigantesques. Colère aussi en voyant à quel point l’absence de débat autorisé sur certains sujets de fond comme l’euro ou la mondialisation ouvre un boulevard au FN pour les prochaines élections. Bref, j’observais ça avec un peu de distance depuis la rentrée, jusqu’à ce qu’il y a 2 semaines  je tombe quasiment à la renverse en entendant deux nouvelles coup sur coup : Ayrault se décide à lancer une grande remise à plat fiscale, et veut reprendre en main Bercy pour la mettre en œuvre. Et voilà comment, après avoir terminé en mai par une interview d’Anne-Sophie Jacques sur l’évasion fiscale, je me suis décidé à relancer le blog à propos du revolution-fiscale-livremême thème, la fiscalité. Ce n’est pas par passion personnelle pour les impôts et taxes, mais parce que je pense qu’il s’agit clairement d’un des lieux où le gouvernement d’un pays a encore des marges d’action propres, même en s’étant volontairement dépossédé d’une grande partie de son pouvoir à travers les traités européens, les accords de libre échange ou la libéralisation des marchés financiers. Mais aussi parce que la fiscalité a été dans le passé et peut toujours être un outil efficace pour réduire les inégalités et que cela devrait constituer me semble-t-il l’un des principaux objectifs de tout gouvernement de gauche. Continue reading

Doisy, Hollande et le retour des alternatives

Il y a exactement un an, j’avais commenté sur ce blog la passionnante interview du financier Nicolas Doisy, Chief economist chez Chevreux, par François Ruffin, journaliste à France Inter et Fakir. Un mois avant l’élection, avec un cynisme et une franchise inhabituels, Doisy expliquait à quel point il n’était pas angoissdoisy06-300x187é par la probable élection de Hollande. Selon lui, sous la pression des marchés et de l’Europe, Hollande n’hésiterait pas une seconde une fois élu à trahir ses électeurs de gauche et à revenir sur ses maigres promesses, pour appliquer la seule politique possible : baisser les dépenses publiques et flexibiliser le marché du travail. J’avais donc envie de réaliser un rapide bilan un an après, mais comme je l’ai déjà en partie fait (notamment dans cette vidéo) et que c’est vraiment déprimant, je ne souhaitais pas non plus en rester là et, à l’inverse, tenter de voir dans certains évènements récents, notamment à Chypre, les premières fissures dans ce TINA (There Is No Alternative) popularisé par Margareth Thatcher. Symboliquement d’ailleurs, peut-être que sa disparition récente coïncidera au final avec un début de remise en question de cette doxa libérale, qui espérons-le s’amplifiera dans les prochains mois pour aboutir à renversement complet du cadre actuel des politiques économiques. Evidemment, quand on entend Harlem Désir expliquer récemment que la politique du gouvernement n’est pas la seule Les-Unes-des-journaux-britanniques-consacrees-au-deces-de-Margaret-Thatcher-le-9-avril-2013-a-Londres_univers-grandepossible, mais tout simplement la meilleure possible, on se dit qu’on en est encore loin et que le PS est en train de nous inventer le TIBA : This Is the Best Alternative… Mais les grands retournements de l’histoire sont très largement imprévisibles, et qui sait si l’affaire Cahuzac ne jouera pas au bout du compte le rôle de l’étincelle conduisant à l’explosion d’un mécontentement populaire retenu depuis trop longtemps. A suivre dans les prochains mois… Continue reading

Entretien avec J.Sapir (2/2) : Pas de sortie de crise sans sortie de l’Euro

Comme promis, voici la deuxième partie de mon entretien avec l’économiste Jacques Sapir, réalisé le 26 mars dernier, au cours de laquelle nous avons quitté l’actualité chypriote du moment pour revenir de façon plus large sur l’un de ses thèmes de prédilection, l’Euro. Pour Sapir, la mise en place de l’Euro en 2002 est l’une des raisons majeures des difficultés économiques traversées par la zone euro depuis cette date, longtemps masquées par un endettement public ou privé élevé, et son maintien coûte que coûte explique en grande partie que nous n’arrivions pas à sortir de la crise depuis 2008. Il ne prétend pas pourFaut-il-sortir-de-lEuro-Jacques-Sapir autant que l’Euro est l’unique cause des problèmes européens, et j’aurais aimé évoquer par exemple avec lui le thème de la démondialisation dont il a été l’un des promoteurs. Mais, actualité aidant, nous sommes restés sur l’Euro, et j’ai été notamment marqué par la façon dont il montre qu’en soutenant cette monnaie, les dirigeants et technocrates européens mènent en réalité une lutte de classes qui ne dit pas son nom, et qui conduit à sacrifier les salariés au profit des rentiers. Il fait donc de la sortie de l’Euro l’une des mesures indispensables de tout programme de gauche qui voudrait réellement changer la donne, et s’emportait encore récemment (voir ici) contre la position floue du Front de gauche sur le sujet. J’ai quand même envie d’être plus positif que lui sur les déclarations de Mélenchon au dernier Congrès du Parti de Gauche, car en off, il semblait prêt à faire le pas de la remise en question de l’Euro (voir ici) même si ses discours officiels sont restés plus confus sur le sujet. L’important en tout cas est que ça commence à faire débat à gauche, car dès que l’on creuse le sujet, il devient difficile je trouve de penser que l’on pourra à la fois sortir de la crise et garder l’Euro, même si au départ et sur le principe, on était plutôt pour.

Nico : Si on fait le bilan après 3 ans de mesures exigées par la Troïka en contrepartie de plans d’aide, il semble que la situation économique et sociale des pays du sud de l’Europe ne cesse de se dégrader ?

Sapir : Oui, mais cela était tout à fait prévisible. Les mesures de la Troïka sont des mesures qui visent notamment à garantir les intérêts des prêteurs, et en particulier de l’Allemagne. Continue reading

Aile gauche du PS, le changement c’est «Maintenant» ?

Dans mon article précédent, je revenais sur la décennie 80, celle du grand tournant libéral dont le PS a été l’un des artisans…tout le PS ? Pas tout à fait, car dès 82-83 des voix contestataires se faisaient entendre au sein du parti, notamment celle de Jean Pierre Chevènement, dont les analyses avphoto_1320676801302-7-0aient d’ailleurs un caractère assez visionnaire. D’autres ont suivi comme le trio Mélenchon-Dray-Lienemann de la « Gauche socialiste », durant les années 90, Hamon et son « Monde d’avance » plus récemment, ou encore Montebourg lors des primaires. En tant qu’ancien électeur du PS, j’ai longtemps partagé les positions de son aile gauche, tout en constatant son impuissance à freiner la dérive du parti vers le centre-droit. Plus tard,  je me suis dit que Mélenchon avait eu raison de partir et que son combat serait plus efficace hors du parti qu’en son sein. Plus efficace cela reste à démontrer, et l’histoire des gauches plurielles ou le parcours de Chevènement montrent qu’il est difficile pour des partis minoritaires d’exister à gauche du PS. Quoi qu’il en soit, dans cette période de crise, où le PS est de nouveau au pouvoirLogo-MaintenantLaGauche-coul-moyen et semble prêt à aller encore plus loin dans le libéralisme, j’ai eu envie de m’intéresser à l’aile gauche actuelle, à ses critiques comme à ses propositions. Je dois reconnaître que je me suis intéressé seulement au courant « Maintenant la gauche», qui a obtenu 1Maurel-Lienemann-Guedj_pics_1803% des voix au congrès de Toulouse d’octobre, et au trio qui l’incarne médiatiquement, composé de Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann, trois personnes que j’apprécie à titre personnel. Je sais qu’il existe d’autres courants à gauche du PS, comme Roosevelt 2012 autour de Larrouturou, sur lequel je reviendrai bientôt, mais « Maintenant la gauche » me semblait plus dans la lignée de la « Gauche socialiste », comme en atteste par exemple la présence de Lienemann. En fait, je me suis demandé à quel destin ce trio serait promis si la crise continuait à s’approfondir : un poste ministériel à la Hamon-Montebourg ? Une rupture à la Mélenchon ? Ou plus inédit, l’obtention d’une majorité au sein du PS permettant de le réorienter à gauche ?  A vrai dire, je n’ai pas d’avis tranché sur la question, et de même qu’on ne peut pas prédire le niveau de Benoit-Hamon-Arnaud-Montebourg_pics_390chômage qu’un peuple est prêt à accepter avant de se révolter (Pompidou parlait de 500 000 !), on ne peut pas estimer le niveau de crise ou de social-libéralisme qu’il faudrait atteindre pour qu’il se passe quelque chose de radicalement nouveau au sein du PS. Ca n’empêche pas d’y réfléchir en tout cas, surtout en cette semaine de forte mobilisation contre l’accord MEDEF-CFDT sur la flexibilité, que dénonce, parmi d’autres, « Maintenant la gauche »… Continue reading

La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 2/2 sur la dépolitisation

Comme promis, voici la deuxième partie de l’analyse de la décennie 80 et de son impact sur le monde qui est le nôtre aujourd’hui, autour de l’excellent bouquin de François Cusset, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80», et de la passionnante série d’émissions de « Là-Bas Si J’y Suis », au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset, Lordon et Halimi  pour 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4en discuter. La première partie s’était focalisée sur le tournant libéral et financier de politique économique intervenu en France à partir de 83, et de façon plus générale dans le monde au cours de cette décennie. Dans cette deuxième partie, j’ai regroupé certains sujets évoqués par ces trois intervenants autour d’une thématique générale qui est celle de la dépolitisation, constitutive elle aussi des années 80. Le contournement du politique par le caritatif, l’humanitaire, la morale d’un côté, et la technocratie européenne de l’autre, vise en effet, et sous des formes en apparence très diverses, à limiter autant que possible le rôle et l’envergure de l’Etat, sous couvert bien entendu de le moderniser et de le réformer, pour laisser libre cours au marché.images
Couronnées par la chute du mur et du contre-modèle communiste, ces années 80 donnent donc naissance à cette petite musique de la pensée unique, qui proclame la fin des alternatives voire même de l’Histoire,  et rêve d’une République gouvernée au centre, dans laquelle les polarités politiques ou sociales n’ont plus lieu d’être puisque le capitalisme est devenu l’horizon indépassable de l’humanité…petite musique qui nous est encore bien familière aujourd’hui malheureusement.

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La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 1/2 sur le tournant libéral

Pour commencer l’année, je propose de prendre un peu de recul sur l’actualité et de se replonger 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4 dans les années 80, avec François Cusset, historien des idées et auteur d’un livre passionnant, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80». Ce livre avait donné lieu en 2007 à une série d’émissions de Là Bas Si J’y Suis, sur France Inter, au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset mais aussi Frédéric Lordon (économiste) et Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) pour commenter les évènements marquants de cette décennie. Cette série d’émissions m’avait passionné parce que je suis né avec l’arrivée de Thatcher et Reagan, j’ai grandi Mermetgif-ededf2-c0c3e-1c95fsous Mitterrand (et dans une ambiance pro-Mitterrand d’ailleurs), et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce qui s’était joué dans cette période, et en quoi cela avait une influence importante sur l’époque actuelle. Lor3a963ddd43e1978b4874249fbec7f397__14_Cussetsque l’on écoute cette émission, on a parfois l’impression que rien n’a changé en 25-30 ans, que les mêmes sujets, les mêmes controverses, les mêmes acteurs occupent toujours le devant de la scène. On y entend parler de rigueur, de restaurer la compétitivité des entreprises, de montée du chômage, de Front National, de vote SONY DSCutile, de Traités européens, de virage social-libéral assumé ou pas, de réconcilier les français et l’entreprise, de marchés financiers qui imposent leur politique, de crise financière, de Minc, BHL et Attali, de pensée unique et de fin des alternatives, etc…C’est presque vertigineux !

Je recommande vraiment l’écoute de l’ensemble de ces 7 émissions, mais je me suis permis d’en extraire un certain nombre de passages, et d’en faire un montage en deux grandes parties : la première chronologique sur le tournant économique, et la deuxième sur le thème de la fin de la politiSergeHalimiarton568que et des alternatives. Je commence dans cet article par le tournant libéral intervenu au cours de ces années 80, réalisé avec brutalité par Thatcher et Reagan, et de façon pédagogique par le PS en France, qui va expliquer à partir de 83 que l’on n’a pas le choix. Je résume ci-dessous les commentaires des trois intervenants mais je recommande plutôt d’écouter le montage audio qui est plus complet (1h10) et agrémenté de documents sonores de l’époque. Le fichier Mp3 est téléchargeable ici :

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Le Hollandisme, ou la valse des renoncements

Et voilà, une dernière vidéo pour finir l’année, histoire de faire un premier bilan de l’ère Hollande après grosso modo six mois de gouvernement…petit résumé en 6 minutes :

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Je récapitule rapidement les principaux éléments de ce bilan que je trouve assez impressionnant :

1) TSCG ratifié sans renégociation, qui grave la rigueur dans le marbre (cf une vidéo306076_francois-hollande-en-meeting-a-lille-le-17-avril-2012 précédente) et soumet la France au contrôle de la Commission européenne,                                                2) Baisse des dépenses publiques de 50 Md dans la foulée, et audit des politiques publiques qui en annonce d’autres,                                                       3) Baisse du coût du travail avec un cadeau fiscal de 20 Md spectaculaire et inédit à toutes les entreprises, de toutes tailles et dans tous les secteurs, sans conditions ni contreparties ! A côté le bouclier fiscal de Sarkozy fait presque pâle figure, et on s’en rendra mieux compte quand le gouvernement remettra des chèques de 40 millions d’euros à Mittal ou Sanofi, Continue reading

L’Europe c’est la paix ?

Que dire de ce Prix Nobel de la Paix attribué à l’Union Européenne ? Je commence par signaler quelques réactions critiques intéressantes sur des blogs (L’Espoir, le blog de Yohann Duval, ou celui de Gilles Raveau) ainsi que sur le site du Monde diplomatique. On pourrait résumer ces critiques, qui ont été également formulées par des responsables politiques comme Mélenchon, Chevènement ou Dupont Aignan, de la façon suivante : d’une part, le processus de construction européenne n’est pas le principal facteur expliquant la paix depuis 60 ans, d’autre part attribuer ce Prix dans la période de crise économique et sociale actuelle est une provocation et un encouragement à la poursuite de la politique d’austérité menée depuis plus de 2 ans. Je suis d’accord avec ces deux arguments, sur lesquels je vais revenir, et j’y ajouterai aussi un point sur le terrorisme intellectuel consistant à utiliser ce thème de la paix depuis 30 ans pour disqualifier toute critique de l’Union européenne. Continue reading

Le TSCG, la crise et les socialistes

La semaine prochaine, l’Assemblée va, sauf énorme surprise, voter très majoritairement la ratification du TSCG, le fameux Pacte budgétaire. Ce nouveau Traité durcit les critères de Maastricht et grave dans le marbre les politiques actuelles qui mènent  l’Europe au chaos. Malgré l’importance de l’enjeu, malgré les voix qui s’y opposent (Front de gauche, Verts, certains socialistes, Debout la République, associations, syndicats), et malgré l’importante manifestation de dimanche dernier, le sujet n’occupe qu’une place limitée dans le débat public et médiatique. Le gouvernement y est pour beaucoup puisqu’il a refusé tout débat de fond, et appelé les députés PS à voter massivement pour soutenir le Président. Une fois de plus (de trop ?), le PS vote donc avec la droite un traité qui renforce les politiques libérales, tout en disant qu’il ne l’aime pas vraiment, mais que l’important ce sera de réorienter ensuite l’Europe dans une autre direction. Personnellement, je négocie un contrat qui m’est défavorable avant de le signer, mais peut être que la stratégie du PS est plus subtile et qu’elle m’échappe.

Bref, je voulais écrire un long article pour dire à quel point tout cela me met en colère, mais j’ai préféré le faire sous forme de vidéo, pour changer !

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