Category Archives: Politique française

Songe d’une Nuit de printemps

Donner ou pas mon avis sur Nuit Debout, j’y pense depuis un mois, je tergiverse. Au début, je voulais surtout dire du bien de « Merci Patron », docu formidable dont on sort effectivement avec l’envie d’agir, réalisé par Ruffin dont je suis un grand fan depuis mes premières écoutes de « Là Bas si j’y suis » en 2005, au moment du Traité et du Non au référendum. Moment de bascule pour moi, et peut être pour d’autres, car Ruffin, comme Lordon que j’avais découvert au même moment, ou Halimi, m’ont fait évoluer politiquement, me faisant réaliser à  merci quel point les socialistes se moquaient de nous depuis les années 83, à quel point l’Europe était une machine à libéraliser, etc… Alors forcément, devant un mouvement comme Nuit Debout, initié puis soutenu par des personnes que j’apprécie autant, dont je me sens si proche sur le fond, j’ai eu envie très tôt de faire part de mon modeste soutien et de faire acte de candidature pour y contribuer d’une façon ou d’une autre. Puis, quelques jours plus tard, j’ai pu enfin me rendre Place de la République, et je dois avouer que ma première impression n’était pas positive, que je ne me retrouvais pas dans ces combats et revendications multiformes couvrant absolument tous les sujets, dans cette volonté absolue d’horizontalité, de démocratie pure et parfaite, qui par expérience vécue se transforme souvent en blocages sans fin, en discussions portant plus sur les règles que sur le fond. L’impression aussi qu’il n’y aurait jamais convergence, que les débats planaient trop loin de la réalité des gens, que les propositions esquissées brassaient trop larges, mélangeaient trop le social et le sociétal, que cette absence de direction allait finir dans le mur, et que décidément la gauche critique ne parviendrait jamais à proposer quelque chose de convaincant. Du coup, je voulais écrire pour parler de cette inquiétude, du besoin d’organisation, du fait que je soutenais la tentative réalisée à la bourse du travail le 20 avril par Ruffin, Lordon et Halimi de construire un projet, de lordondonner un horizon pour canaliser l’énergie qui se déploie soir après soir, de chercher les convergences avec ceux qui ne sont pas présents pour le moment. Mais certains l’ont très bien fait (Renaud Lambert, Pascale Fourier, Ludivine Bénard), donc je me suis abstenu. Je me suis marré quand certains ont commencé à parler de gourous pour Lordon et Ruffin, un peu inquiets quand même de voir que le mouvement se posait des questions de fond sur le cadre néolibéral de notre société et la façon d’en sortir, alors qu’ils espéraient un mouvement vaguement hippie qui squatterait juste quelques places pendant 2-3 mois. Je me suis dit aussi que quitte à chercher des convergences, il serait bon d’essayer d’en trouver aussi entre les différents intellectuels ou économistes qui de près ou de loin soutiennent le mouvement, et devraient être les artisans de la construction de ce nouveau cadre, de cette alternative au TINA dont on parle beaucoup, mais dont Georges Monbiot rappelle dans ce formidable papier qu’on attend toujours qu’elle soit couchée sur le papier, prête à servir à la prochaine crise du type 2007. Parce que si tout le monde est d’accord pour critiquer le cadre actuel ou les mesures du gouvernement qui en découlent, sur les réponses à apporter, on est loin d’un début de consensus. Une autre Europe, un euro social, une Europe à 6, avec ou sans l’Allemagne, une sortie de l’euro, une sortie de l’Europe ? Premier exemple, parmi beaucoup d’autres : protectionnisme, on en parle ou pas ? contrôle des capitaux ? nationalisations ? décroissance ? Vu l’ampleur de la tâche et des contradictions à lever, je ne suis malheureusement pas persuadé que la construction d’un projet alternatif pourra se faire en AG, par interventions de 2 mn. Et j’avoue que ces derniers jours, j’avais plutôt l’impression que l’énergie nuitdeboutformidable mobilisée depuis un mois allait juste se dissiper peu à peu dans une volonté trop grande de perfection démocratique et d’absence de hiérarchisation des sujets à traiter ou combats à mener. Et je commençais même à me dire que les tenants du système, qui du haut de leur position dominante se moquaient avec cynisme du manque d’organisation et de direction, de l’irréalisme, de la naïveté ou du manque de cohérence de certaines propositions, n’avaient peut-être pas complètement tort.

 Je me suis couché dans cet état d’esprit-là hier soir, sans trop d’illusions, et puis j’ai fait un rêve. Dans ce rêve, j’arrive Place Vendôme, pour aller jeter un œil par curiosité à ce forum « Medef Debout » organisé depuis 10 jours et dont tout le monde parle. En arrivant, je vois un cordon de CRS sur place, sans doute pour éviter les débordements. En fait non, c’est juste pour éviter que des citoyens viennent de l’extérieur perturber le déroulement du forum, d’autant que Valls doit passer dire un mot en fin de soirée pour saluer le mouvement. Pour entrer, c’est select, faut faire partie grosso modo des 1% les plus riches, ils rigolent pas indexavec ça, après tu peux être banquier, patron, haut fonctionnaire, homme politique, peu importe. On est dans l’entre-soi et on entend bien le rester, même s’il y a des débats sur place pour savoir si les 0,1% ne sont pas un peu sur-représentés sur la Place, et comment s’assurer de toucher vraiment les 1%, histoire d’élargir la base et d’être plus costaud face aux revendications populaires. Je réussis quand même à m’incruster, et je tombe d’abord sur « Média debout », une tente assez luxueuse où se relaient au micro des journalistes ou éditorialistes avec l’objectif de lutter contre les médias traditionnels trop à gauche, et ce en tenant le micro 24h/24. C’est d’ailleurs Apathie qui vient de succéder à Barbier, et qui fait un point sur la rigueur nécessaire et le fardeau de la dette pour les générations futures. J’aperçois Yves Calvi dans les starting blocks pour interviewer ensuite Elie Cohen sur les réformes incontournables pour moderniser la France. « Radio debout », juste à côté, a organisé un débat entre Dominique Seux et Brice Couturier sur l’Europe, mais ce dernier menace de partir si je pose encore une question sur l’Europe Sociale. Je me fais discret et file à « Biblio debout » où des mecs proposent la série complète des 40 bouquins d’Alain Minc et Attali sur la crise. C’est un peu emploischer, du coup je prends plutôt le dernier livre de Gattaz qui est gratuit, avec un Pin’s « 1 million d’emplois » offert en prime. En parlant d’Attali, j’attaque ensuite les stands des diverses commissions thématiques, et ça commence par la commission du même nom qui propose un certain nombre de rapports clés en main de 200 pages, quel que soit le sujet qu’on évoque.  J’ai pas le courage d’écouter la lecture de celui sur les notaires, et enchaine sur le stand voisin de la Commission « Europe », qui se demande comment sauver l’Europe du péril démocratique. C’est un peu technique, avec en plus des participants qui viennent de plein de pays, donc je décroche assez vite pendant la lecture d’un texte référence de Trichet sur le sujet. Je repasserai plutôt pour mater le documentaire de Quatremer prévu dans une heure sur la fainéantise des grecs et les raisons de la crise de 2007, ce sera sûrement plus vivant. En parlant de docu, y a une tente à côté qui diffuse des reportages historiques intéressants sur l’Union Soviétique, ou la Corée du Nord, dans le but de rappeler quelles sont les alternatives au libéralisme. Une vieille dame pleure. Je zappe et je passe voir les stands plus ludiques mais un peu perchés, comme celui de la commission « Agriculture », avec des hurluberlus sponsorisés par Monsanto qui font des démonstrations de melons sans qu’il y ait besoin de terre, juste avec des engrais et des pesticides, et qui font rêver la foule avec des maquettes de fermes-usines pouvant contenir plus de 2000 vaches, et autres délires dans le genre. Je goute quand même un bout de melon insipide, avant de filer écouter la « Silicon » Commission, qui a fait venir des gourous américains qui promettent des taxis sans conducteurs, des usines sans travailleurs, des robots partout et des hommes génétiquement modifiés pour vivre 150 ans avec un revenu de base de 400 euros par mois pour compenser l’absence de boulot. Ok, ça fait un peu trop d’utopie pour moi, je reviens les pieds sur terre en filant à la Commission « Pédagogie libérale », animée par François Lenglet, qui est venu avec plein de courbes et de jeux ludiques pour comprendre le poids des charges en France, ou l’ampleur de la dette par personne. Assez bP3qlwlinteractif, il y a un jeu marrant où chacun peut essayer de réduire le déficit des retraites en jouant sur la baisse des prestations ou le recul du départ à la retraite. Il fait aussi participer le public pour trouver des slogans mobilisateurs. On entend « libérer la croissance »,  je propose « pas d’embauches sans licenciement », quelqu’un crie « trop d’impôt tue l’impôt », un autre «se réformer ou disparaitre ». Sympa, mais toutes ces discussions manquent un peu de peps, et un patron propose d’ailleurs de monter des actions coup de poing pour aller soutenir des patrons harcelés par des grèves ou des revendications insupportables. Je propose pour déconner de tomber la chemise en hommage au directeur d’Air France, mais les mecs sont d’accord et certains commencent à le faire. Je dis les mecs parce qu’ils sont 95% sur la place, je demande si c’est par volonté de non mixité permettant de mieux dire ce qu’on a sur le cœur, mais non, c’est juste comme ça, personne s’est vraiment posé la question. Bon, il est temps d’aller jeter un œil au centre de la place, où se tient l’AG. Alors en terme de fonctionnement, ils ont retenu le modèle de la démocratie actionnariale, t’as droit à plus de temps de parole en fonction de tes moyens. Il y a quand même des votes sur certains sujets, mais si besoin on s’assoit sur le résultat du vote et on décide l’inverse. Ca fait en tout cas une heure que Bernard Arnaud, venu en guest, explique comment il a aidé les ouvriers polonais et asiatiques à sortir de la pauvreté en implantant des usines chez eux. Il a d’ailleurs ses fans dans la foule, qui arborent un tee shirt Merci Patron en ruffinhommage, avec sa tête dessus, et qui secouent des sacs Louis Vuitton quand ils sont d’accord. Je crois que c’est pour se moquer mais non, ils sont sérieux. L’assemblée sort d’ailleurs de sa bienveillance 5mn quand un certain Ruffin essaie de s’incruster au micro pour parler des usines fermées du Nord, il se fait dégager illico et sous les crachats par une bande d’actionnaires furieux aidés par des CRS. Ensuite l’AG reprend, et un débat est lancé pour savoir s’il faut baisser les dépenses publiques de 100 ou 200 Mds pour sauver la France. Un peu déprimant, du coup je vais me remonter le moral chez « Avocat Debout » qui accueille d’autres gens un peu sur les nerfs après les Panama et Lux leaks, et leur propose presque gratuitement des options alternatives plus sécurisées pour leurs placements. Un peu trop technique pour moi, je poursuis ma visite, je refuse pour la 10ème fois d’acheter un poster de Reagan et Thatcher, je zappe les extrémistes de la Commission « Temps de Travail » qui proposent des semaines de 48h et la fin de la pause dominicale,  j’écoute juste 5 mn le PDG de Total qui anime la Commission « Climat et totalenvironnement », et propose une croissance infinie mais verte pour sauver la planète. Juste à côté une tente fermée et très protégée, impossible d’y entrer, apparemment c’est la Commission « Libre échange » qui réfléchit en huis clos sur les prochains Traités. Avant de partir, je repasse une tête à l’AG où le débat porte maintenant sur la façon d’influencer ce gouvernement beaucoup trop à gauche, pour qu’il assume une fois pour toute son libéralisme et aide les patrons à sortir la tête de l’eau. Je propose de loin un slogan, « hé ho la gauche libérale », mais ça fait un bide. Ils décident plutôt d’envoyer un groupe d’ex haut-fonctionnaires faire du lobbying à en marcheBercy, et 3-4 mecs en costume se mettent En marche illico. C’est trop pour moi, heureusement je me réveille au moment où l’AG proposait de réfléchir à la suite du mouvement, avec l’idée de lancer des Bruxelles Debout, Wall street Debout et autres Panama Debout.

En me réveillant, je me dis que finalement, la folie, l’utopie, l’irréalisme, l’entre soi, et même la violence, elle est au coeur de ce système dans lequel on baigne depuis 35 ans. C’est ce système qui nous emmène dans le mur et qui ne sait pas faire autrement, malgré l’expertise et le côté raisonnable dont il ne cesse de se prévaloir.  Et je me dis que ce mouvement Nuit Debout encore balbutiant, hétéroclite certes, utopiste, manquant d’organisation, de cohérence, de représentativité, il est là, il a le mérite d’exister, de durer depuis un mois, de proposer des pistes, de tâtonner autour de la réappropriation indispensable de la souveraineté populaire, et que d’une façon ou d’une autre, il mérite d’être soutenu, même avec un regard critique et exigeant. Parce que cette fichue alternative, on l’attend depuis des dizaines d’année, alors on peut attendre encore quelques mois que des éléments plus constructifs émergent, et qu’un projet d’autre société se dessine peu à peu.

Là-dessus, je décide de me lever, c’est l’heure.

35 ans de promesses d’Europe sociale en bref

Dans une tribune récente de François Hollande publiée dans Le Monde, intitulée « L’Europe que je veux », on retrouve absolument tous les poncifs traditionnellement servis par le PS pour nous vendre le projet européen : (1) L’Europe c’est la paix, la plus grande puissance économique du monde, une promesse de prospérité et d’emploi – (2) Renoncer à l’UE ou à l’euro c’est se replier sur soi, s’enfermer derrière des barrières, arrêter d’échanger avec nos voisins, entrer en guerre avec eux, s’isoler dans la mondialisation, s’effondrer bandeau_voter-europe-sociale-1024x382économiquement, s’appauvrir, décliner – et bien sûr (3) Il faut améliorer cette Europe trop libérale, avec moins de dumping fiscal et social, plus de démocratie, plus de solidarité, moins de spéculation,  et bien entendu plus de progrès social. Sur ce dernier point, cette tribune tombe bien, j’étais justement en train de finir de rassembler des extraits vidéo des plus grands ténors du PS nous promettant l’Europe sociale pour demain. Et ces extraits commencent avec Mitterrand lors des premières élections européennes de 1979, en l’occurrence mon année de naissance. Bref, depuis que je suis né, il y a 35 ans, le PS me promet l’Europe sociale ! Sans jamais vraiment définir en quoi elle consisterait d’ailleurs…

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Entretien avec Aurélien Bernier sur la gauche, le FN, l’Europe et la mondialisation

Dans son dernier essai passionnant, «La Gauche radicale et ses tabous», Aurélien Bernier se demande pourquoi la gauche radicale (celle qui n’est pas 4d3d8b694bbbba3f27769fb9123c0360-500x500  sociale-libérale en gros) échoue face au Front National, alors que les circonstances devraient lui être favorables depuis la crise financière de 2008. La raison majeure selon lui est que, depuis la fin des années 90, cette gauche radicale a abandonné au Front National le quasi-monopole de la réflexion et des propositions sur des thèmes aussi essentiels que la rupture avec le cadre juridique européen et l’euro, le protectionnisme et plus largement la souveraineté nationale, préférant de son côté défendre la réforme des institutions de l’intérieur. Ce faisant, elle est beaucoup moins convaincante que le FN, notamment parce que le PS dit grosso modo la même chose depuis 30 ans, et plus grand monde aujourd’hui ne croit encore à l’Europe sociale. Les dernières élections ont confirmé son analyse, avec une montée du FN et de l’abstention, et un score correct mais sans plus du Front de Gauche. Pour l’auteur, tout n’est pas perdu à condition que la gauche accepte l’idée que sans réappropriation au niveau national des principaux leviers économiques et AurelienBerniermonétaires, aucune politique alternative de gauche n’est possible. Contrairement à la caricature habituelle des médias, le retour à une souveraineté nationale ne serait d’ailleurs pas synonyme de repli sur soi, mais au contraire la première étape pour établir de nouvelles formes de coopération internationale qui ne soient plus basées uniquement sur la libre concurrence. Je partage évidemment cette analyse, c’est même pour cela que j’ai lancé ce blog il y a deux ans, afin de contribuer (modestement) à faire connaître ceux qui à gauche se sont emparés de ces sujets clés comme Lordon, Sapir, Todd, Giraud ou Ruffin. Je suis donc ravi d’avoir pu en discuter directement avec Aurélien Bernier. Continue reading

22 février 1984, Vive La Crise !

Il y a très exactement 30 ans, le 22 février 1984, plus de 20 millions de téléspectateurs étaient devant leur poste pour regarder sur Antenne 2 l’émission « Vive La Crise » (VLC), présentée par un Yves Montand en grande h-20-1352487-1228906081forme. Cette émission avait été accompagnée à l’époque par un numéro spécial du journal Libération qui, sous la plume notamment de Serge July et du jeune Laurent Joffrin, célébrait avec enthousiasme le tournant de la rigueur opéré un an avant par le gouvernement socialiste, et plaidait pour une conversion enthousiaste au libéralisme et au culte de l’entreprise, pour sortir de la crise et du chômage qui occupait déjà les esprits à l’époque. Difficile de ne pas faire le lien avec la crise existencielle que traverse 30 ans plus tard ce journal. J’ai découvert personnellement l’existence de « Vive La Crise » en écoutant l’émission « Là-Bas si J’y suis » de Daniel Mermet en 2006, qui revenait plus largement sur le tournant libéral de la décennie 80, dont j’avais parlé dans deux articles (partie 1 et   partie 2). Pierre Rimbert et Serge Halimi du Monde Diplomatique commentaient avec Mermet certains extraits assez édifiants de « Vive La Crise » et j’avais trouvé ça vraiment passionnant. Tous deux montraient àimagesCA1JKGXP quel point VLC avait été symbolique du basculement idéologique de la gauche socialiste en cette période 83-84, et avait marqué le début d’une ère de propagande médiatique dans laquelle nous baignons toujours 30 ans plus tard, en faveur du moins d’Etat, de la précarisation du travail et plus largement du libéralisme comme seul moyen de sortir de la crise. Pour marquer le coup de l’anniversaire des 30 ans, j’ai donc retranscrit et réorganisé les principaux extraits de l’émission de Mermet, en y ajoutant quelques commentaires en fin d’article sur les liens étroits avec certains sujets qui font l’actualité de février 2014. Je conseille quand même d’écouter l’émission de Mermet en entier, disponible par exemple sur ce lien : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=824 Continue reading

De Mitterrand à Hollande, ou comment tourner dans le même sens depuis 30 ans

« Il faut considérer que la France a baissé la courbe de progression de son chômage, qui connaissait dans les années précédentes une allure très inquiétante. » Non, getimagece n’est pas Hollande qui essaie une fois de plus de nous vendre sa soi-disant inversion de la courbe, ces mots sont de François Mitterrand, le 15 septembre 1983, au cours d’une émission de télévision avec le journaliste François de Closets, « L’enjeu ». Je suis tombé sur la retranscription de cette émission (voir ici), au cours de laquelle Mitterrand justifie le tournant de la rigueur de mars 83 (dont j’avais parlé ici), et c’est à la fois passionnant et hallucinant. Passionnant dans la période actuelle où, suite aux vœux d’un Hollande qui annonce toujours plus de rigueur et de baisse de charges, les commentateurs nous ont refait le coup du tournant à droite enfin assumé par le PS et s’en sont réjouis comme chaque fois. On y avait déjà eu droit après le TSCG non renégocié, la réforme bancaire enterrée, le crédit d’impôts de 20 Mds, etc…Or Mitterrand, lui, effectue en marFRANOI~1s 83 un vrai tournant libéral pour le coup, après deux ans de politique de gauche, sous l’influence des Delors, Attali and co, Et ce qui est hallucinant quand on lit la retranscription de cette émission, c’est qu’on a l’impression d’entendre Hollande interrogé cette semaine par un mix d’Apathie (pour les questions orientées) et de Lenglet (pour les graphes et stats qui démontrent scientifiquement qu’il faut plus de libéralisme). Mitterrand défend ses choix économiques, dans un contexte de crise, de croissance nulle avec risque de récession, de chômage qui s’installe, de désindustrialisation qui commence. Et il déroule le même type de mesures libérales que Hollande et le même type d’arguments pour les justifier : la rigueur et le respect des 3% comme boussole, le freinage indispensable d2432677-la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financierees dépenses publiques, la baisse des charges et des impôts nécessaire pour permettre aux entreprises d’investir, la nécessité de ne pas faire fuir les riches. On a droit aussi aux efforts demandés aux français, à l’impopularité assumée, à la croissance qui est nulle mais qui reviendra promis. Il assume enfin l’absence de différence avec la politique menée par la droite sous Raymond Barre, et conclue sur le fait qu’il s’agit de toute façon de la seule politique posCapturefnsible et qu’il est temps de mettre fin à la lutte des classes. On pourrait ajouter deux sujets peu évoqués dans cette émission en particulier, l’Europe et la décision de rester dans le SME (voir ici sur le sujet), et l’émergence inquiétante du FN à Dreux en septembre 83 qui sera confirmée aux européennes de 84, et l’on aurait un parallélisme parfait avec 2014. Le tournant à droite du PS a eu lieu, oui, mais pas la semaine dernière lors des vœux, il y a 30 ans ! Et depuis, chaque passage des socialistes au gouvernement n’a été qu’une confirmation de ce choix initial et son approfondissement, malgré l’échec économique et social avéré de ces politiques libérales. Cette émission est intéressante parce que Mitterrand y assume encore avec une certaine franchise ce virage à droite, alors que très vite, à partir de 84, Libe_LePen-b0c24le PS va essayer de faire comme si il n’avait pas eu lieu. Eric Orsenna, qui écrivait les discours de Mitterrand, le résume ainsi : La consigne était d’entretenir la fiction de la continuité. Mitterrand ne pouvait pas avouer : « moi aussi, je me suis fracassé sur le mur de l’argent ». Impossible de se mettre dans une telle position. Mon boulot au service du grand roman national était de marteler de toutes les façons : on continue ! Dans un premier temps, Mitterrand recourt à une sorte de dramatisation pour justifier un changement de cap. Mais à peine le changement opéré, dans un second temps, il faut faire comme s’il n’avait pas eu lieu. »

J’ai sélectionné quelques passages clés de l’émission avec Mitterrand, regroupés par thèmes. Continue reading

Remise à plat fiscale, et si on commençait par là ?

Après une parenthèse de quelques mois (pour cause principalement de paternité…), et après avoir hésité durant l’été, j’ai finalement décidé de relancer ce blog. La lecture d’un article de François Ruffin dans le dernier Fakir a joué un rôle dans cette décision en me convainquant de ne pas céder à « l’àquoibonisme »  ambiant, et cela même si ce blog n’est qu’une petite goutte d’eau dans l’immense bataille des idées à mener fakir62-une_72pour faire entendre un autre son de cloche que le libéralisme ambiant. Pourtant, en observant le gouvernement dérouler comme prévu depuis un an et demi les mesures libérales réclamées par l’Europe et les marchés, sans fausse note, en allant souvent  plus loin que la droite comme sur la flexibilité et le crédit d’impôt entreprise de 20 Mds, j’avoue avoir été tenté par la résignation, me disant que de toute façon rien ne pourrait changer sans un effondrement du système ou une révolution brutale des peuples. Résignation et colère aussi, en voyant que 5 ans après cette crise financière monumentale qui a provoqué une immense récession, les grands dirigeants de banques sont toujours aux commandes, les poches pleines des liquidités déversées par les Banques centrales qui sont en train de recréer des bulles gigantesques. Colère aussi en voyant à quel point l’absence de débat autorisé sur certains sujets de fond comme l’euro ou la mondialisation ouvre un boulevard au FN pour les prochaines élections. Bref, j’observais ça avec un peu de distance depuis la rentrée, jusqu’à ce qu’il y a 2 semaines  je tombe quasiment à la renverse en entendant deux nouvelles coup sur coup : Ayrault se décide à lancer une grande remise à plat fiscale, et veut reprendre en main Bercy pour la mettre en œuvre. Et voilà comment, après avoir terminé en mai par une interview d’Anne-Sophie Jacques sur l’évasion fiscale, je me suis décidé à relancer le blog à propos du revolution-fiscale-livremême thème, la fiscalité. Ce n’est pas par passion personnelle pour les impôts et taxes, mais parce que je pense qu’il s’agit clairement d’un des lieux où le gouvernement d’un pays a encore des marges d’action propres, même en s’étant volontairement dépossédé d’une grande partie de son pouvoir à travers les traités européens, les accords de libre échange ou la libéralisation des marchés financiers. Mais aussi parce que la fiscalité a été dans le passé et peut toujours être un outil efficace pour réduire les inégalités et que cela devrait constituer me semble-t-il l’un des principaux objectifs de tout gouvernement de gauche. Continue reading

Doisy, Hollande et le retour des alternatives

Il y a exactement un an, j’avais commenté sur ce blog la passionnante interview du financier Nicolas Doisy, Chief economist chez Chevreux, par François Ruffin, journaliste à France Inter et Fakir. Un mois avant l’élection, avec un cynisme et une franchise inhabituels, Doisy expliquait à quel point il n’était pas angoissdoisy06-300x187é par la probable élection de Hollande. Selon lui, sous la pression des marchés et de l’Europe, Hollande n’hésiterait pas une seconde une fois élu à trahir ses électeurs de gauche et à revenir sur ses maigres promesses, pour appliquer la seule politique possible : baisser les dépenses publiques et flexibiliser le marché du travail. J’avais donc envie de réaliser un rapide bilan un an après, mais comme je l’ai déjà en partie fait (notamment dans cette vidéo) et que c’est vraiment déprimant, je ne souhaitais pas non plus en rester là et, à l’inverse, tenter de voir dans certains évènements récents, notamment à Chypre, les premières fissures dans ce TINA (There Is No Alternative) popularisé par Margareth Thatcher. Symboliquement d’ailleurs, peut-être que sa disparition récente coïncidera au final avec un début de remise en question de cette doxa libérale, qui espérons-le s’amplifiera dans les prochains mois pour aboutir à renversement complet du cadre actuel des politiques économiques. Evidemment, quand on entend Harlem Désir expliquer récemment que la politique du gouvernement n’est pas la seule Les-Unes-des-journaux-britanniques-consacrees-au-deces-de-Margaret-Thatcher-le-9-avril-2013-a-Londres_univers-grandepossible, mais tout simplement la meilleure possible, on se dit qu’on en est encore loin et que le PS est en train de nous inventer le TIBA : This Is the Best Alternative… Mais les grands retournements de l’histoire sont très largement imprévisibles, et qui sait si l’affaire Cahuzac ne jouera pas au bout du compte le rôle de l’étincelle conduisant à l’explosion d’un mécontentement populaire retenu depuis trop longtemps. A suivre dans les prochains mois… Continue reading

Aile gauche du PS, le changement c’est «Maintenant» ?

Dans mon article précédent, je revenais sur la décennie 80, celle du grand tournant libéral dont le PS a été l’un des artisans…tout le PS ? Pas tout à fait, car dès 82-83 des voix contestataires se faisaient entendre au sein du parti, notamment celle de Jean Pierre Chevènement, dont les analyses avphoto_1320676801302-7-0aient d’ailleurs un caractère assez visionnaire. D’autres ont suivi comme le trio Mélenchon-Dray-Lienemann de la « Gauche socialiste », durant les années 90, Hamon et son « Monde d’avance » plus récemment, ou encore Montebourg lors des primaires. En tant qu’ancien électeur du PS, j’ai longtemps partagé les positions de son aile gauche, tout en constatant son impuissance à freiner la dérive du parti vers le centre-droit. Plus tard,  je me suis dit que Mélenchon avait eu raison de partir et que son combat serait plus efficace hors du parti qu’en son sein. Plus efficace cela reste à démontrer, et l’histoire des gauches plurielles ou le parcours de Chevènement montrent qu’il est difficile pour des partis minoritaires d’exister à gauche du PS. Quoi qu’il en soit, dans cette période de crise, où le PS est de nouveau au pouvoirLogo-MaintenantLaGauche-coul-moyen et semble prêt à aller encore plus loin dans le libéralisme, j’ai eu envie de m’intéresser à l’aile gauche actuelle, à ses critiques comme à ses propositions. Je dois reconnaître que je me suis intéressé seulement au courant « Maintenant la gauche», qui a obtenu 1Maurel-Lienemann-Guedj_pics_1803% des voix au congrès de Toulouse d’octobre, et au trio qui l’incarne médiatiquement, composé de Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann, trois personnes que j’apprécie à titre personnel. Je sais qu’il existe d’autres courants à gauche du PS, comme Roosevelt 2012 autour de Larrouturou, sur lequel je reviendrai bientôt, mais « Maintenant la gauche » me semblait plus dans la lignée de la « Gauche socialiste », comme en atteste par exemple la présence de Lienemann. En fait, je me suis demandé à quel destin ce trio serait promis si la crise continuait à s’approfondir : un poste ministériel à la Hamon-Montebourg ? Une rupture à la Mélenchon ? Ou plus inédit, l’obtention d’une majorité au sein du PS permettant de le réorienter à gauche ?  A vrai dire, je n’ai pas d’avis tranché sur la question, et de même qu’on ne peut pas prédire le niveau de Benoit-Hamon-Arnaud-Montebourg_pics_390chômage qu’un peuple est prêt à accepter avant de se révolter (Pompidou parlait de 500 000 !), on ne peut pas estimer le niveau de crise ou de social-libéralisme qu’il faudrait atteindre pour qu’il se passe quelque chose de radicalement nouveau au sein du PS. Ca n’empêche pas d’y réfléchir en tout cas, surtout en cette semaine de forte mobilisation contre l’accord MEDEF-CFDT sur la flexibilité, que dénonce, parmi d’autres, « Maintenant la gauche »… Continue reading

La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 2/2 sur la dépolitisation

Comme promis, voici la deuxième partie de l’analyse de la décennie 80 et de son impact sur le monde qui est le nôtre aujourd’hui, autour de l’excellent bouquin de François Cusset, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80», et de la passionnante série d’émissions de « Là-Bas Si J’y Suis », au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset, Lordon et Halimi  pour 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4en discuter. La première partie s’était focalisée sur le tournant libéral et financier de politique économique intervenu en France à partir de 83, et de façon plus générale dans le monde au cours de cette décennie. Dans cette deuxième partie, j’ai regroupé certains sujets évoqués par ces trois intervenants autour d’une thématique générale qui est celle de la dépolitisation, constitutive elle aussi des années 80. Le contournement du politique par le caritatif, l’humanitaire, la morale d’un côté, et la technocratie européenne de l’autre, vise en effet, et sous des formes en apparence très diverses, à limiter autant que possible le rôle et l’envergure de l’Etat, sous couvert bien entendu de le moderniser et de le réformer, pour laisser libre cours au marché.images
Couronnées par la chute du mur et du contre-modèle communiste, ces années 80 donnent donc naissance à cette petite musique de la pensée unique, qui proclame la fin des alternatives voire même de l’Histoire,  et rêve d’une République gouvernée au centre, dans laquelle les polarités politiques ou sociales n’ont plus lieu d’être puisque le capitalisme est devenu l’horizon indépassable de l’humanité…petite musique qui nous est encore bien familière aujourd’hui malheureusement.

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La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 1/2 sur le tournant libéral

Pour commencer l’année, je propose de prendre un peu de recul sur l’actualité et de se replonger 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4 dans les années 80, avec François Cusset, historien des idées et auteur d’un livre passionnant, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80». Ce livre avait donné lieu en 2007 à une série d’émissions de Là Bas Si J’y Suis, sur France Inter, au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset mais aussi Frédéric Lordon (économiste) et Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) pour commenter les évènements marquants de cette décennie. Cette série d’émissions m’avait passionné parce que je suis né avec l’arrivée de Thatcher et Reagan, j’ai grandi Mermetgif-ededf2-c0c3e-1c95fsous Mitterrand (et dans une ambiance pro-Mitterrand d’ailleurs), et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce qui s’était joué dans cette période, et en quoi cela avait une influence importante sur l’époque actuelle. Lor3a963ddd43e1978b4874249fbec7f397__14_Cussetsque l’on écoute cette émission, on a parfois l’impression que rien n’a changé en 25-30 ans, que les mêmes sujets, les mêmes controverses, les mêmes acteurs occupent toujours le devant de la scène. On y entend parler de rigueur, de restaurer la compétitivité des entreprises, de montée du chômage, de Front National, de vote SONY DSCutile, de Traités européens, de virage social-libéral assumé ou pas, de réconcilier les français et l’entreprise, de marchés financiers qui imposent leur politique, de crise financière, de Minc, BHL et Attali, de pensée unique et de fin des alternatives, etc…C’est presque vertigineux !

Je recommande vraiment l’écoute de l’ensemble de ces 7 émissions, mais je me suis permis d’en extraire un certain nombre de passages, et d’en faire un montage en deux grandes parties : la première chronologique sur le tournant économique, et la deuxième sur le thème de la fin de la politiSergeHalimiarton568que et des alternatives. Je commence dans cet article par le tournant libéral intervenu au cours de ces années 80, réalisé avec brutalité par Thatcher et Reagan, et de façon pédagogique par le PS en France, qui va expliquer à partir de 83 que l’on n’a pas le choix. Je résume ci-dessous les commentaires des trois intervenants mais je recommande plutôt d’écouter le montage audio qui est plus complet (1h10) et agrémenté de documents sonores de l’époque. Le fichier Mp3 est téléchargeable ici : Continue reading

Le Hollandisme, ou la valse des renoncements

Et voilà, une dernière vidéo pour finir l’année, histoire de faire un premier bilan de l’ère Hollande après grosso modo six mois de gouvernement…petit résumé en 6 minutes :

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Je récapitule rapidement les principaux éléments de ce bilan que je trouve assez impressionnant :

1) TSCG ratifié sans renégociation, qui grave la rigueur dans le marbre (cf une vidéo306076_francois-hollande-en-meeting-a-lille-le-17-avril-2012 précédente) et soumet la France au contrôle de la Commission européenne,                                                2) Baisse des dépenses publiques de 50 Md dans la foulée, et audit des politiques publiques qui en annonce d’autres,                                                       3) Baisse du coût du travail avec un cadeau fiscal de 20 Md spectaculaire et inédit à toutes les entreprises, de toutes tailles et dans tous les secteurs, sans conditions ni contreparties ! A côté le bouclier fiscal de Sarkozy fait presque pâle figure, et on s’en rendra mieux compte quand le gouvernement remettra des chèques de 40 millions d’euros à Mittal ou Sanofi, Continue reading

Intermède 2 : Discours de Pierre Mendès France à l’Assemblée en 1957

Dernier intermède de l’été avant de finir dans quelques temps la série sur l’euro avec le bilan après 10 ans et les perspectives à court et long terme. Avant cela, et dans la lignée de l’article précédent sur le discours de Séguin en 92, je voulais revenir aussi sur celui prononcé en 1957 à l’Assemblée nationale par Pierre Mendès France, à l’occasion du vote sur le Traité de Rome. Bien qu’il n’ait dirigé le gouvernement de la France que pendant un peu plus de sept mois, Mendès France constitue une référence importante pour une partie de la gauche en France, et au-delà, il demeure une référence pour la classe politique française. Dans ce discours, il s’oppose à la mise en place d’un Marché commun entre 6 pays qui comporte selon lui trop de risques pour la France. Une partie de ce discours, qui porte sur la démocratie et le risque de la voir remise en cause par le transfert de souveraineté à une autorité supranationale, est régulièrement citée ces derniers temps dans des articles ou blogs, car elle s’applique parfaitement à la situation traversée depuis deux ans en Europe et aux projets de Pacte budgétaire, MES et autres règles d’or. Mais d’autres élément de ce discours me paraissent tout aussi passionnants et visionnaires : sur les risques d’harmonisation sociale et fiscale vers le bas, sur les conséquences pour l’emploi et l’industrie de la liberté de circulation des biens et des capitaux au sein du Marché commun, sur les risques liés au démantèlement progressif des barrières douanières vis  vis de l’extérieur, sur le caractère irréversible de certaines décisions une fois gravées dans un Traité. Continue reading

Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 3/3)

Dernier volet de ce tour d’horizon de la pensée unique concernant la réduction des déficits et les réformes structurelles. Après les journalistes et leurs fidèles économistes, il nous reste encore le monde de la finance, les technocrates européens ou internationaux et les dirigeants européens, ce qui commence à faire beaucoup. Et encore, je n’évoque même pas le MEDEF ou les grands patrons, qui préconisent bien entendu ces mêmes remèdes depuis toujours, ce qui paraît pour le coup plutôt logique donc moins intéressant à relever. Continue reading

Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 2/3)

Pour renforcer le message véhiculé par leurs éditorialistes et chroniqueurs, les médias font bien entendu appel à des experts neutres et objectifs, notamment des professeurs d’économie en blouse blanche, capables de nous expliquer brillamment depuis 2 ans pourquoi la rigueur et les réformes structurelles restent nécessaires, alors même que l’on constate que ça ne fonctionne pas, bien au contraire puisqu’une récession généralisée se met peu à peu en place.

2) Les experts et économistes

Acrimed que j’ai déjà cité, Serge Halimi dans « Les nouveaux chiens de garde » et le documentaire récent associé, l’économiste Jean Gadrey ou plus récemment le livre de Laurent Mauduit, ont à tour de rôle dénoncé cette vingtaine d’experts ou économistes ultramédiatiques, qui squattent tribunes et plateaux, pensent tous la même chose, se trompent quasiment tout le temps dans leurs analyses ou prévisions, et que les journalistes présentent toujours comme des intellectuels, des chercheurs ou des professeurs d’économie, en masquant le fait que la plupart d’entre eux travaillent dans des banques, fonds d’investissements, conseils d’administration, ou boîtes de conseil aux grands groupes. Voir notamment l’article « Les liaisons dangereuses » de Jean Gadrey pour connaître le CV des plus connus d’entre eux. Concernant l’omniprésence télévisuelle ou radiophonique de ces économistes de garde, Acrimed a fourni beaucoup d’analyses statistiques très précises (voir ici ou ici par exemple).

Pour m’amuser, j’ai mené moi-même une investigation très pointue (quelques clics sur internet en fait…) pour comparer, dans le journal Le Monde, le nombre de citations ou mentions d’économistes hétérodoxes ou intellectuels critiques que j’apprécie d’une part, et d’experts ou économistes médiatiques d’autre part. Le graphe ci-dessous présente le bilan depuis 1987, soit 25 ans de recul quand même.

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Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 1/3)

Après 3 semaines de Hollandisme, je dois avouer que je n’ai pas encore vu, lors des premiers grands rendez vous européens et internationaux, en quoi la donne avait changé par rapport à la position de Sarkozy. Comme prévu, il n’est plus question de renégocier le pacte budgétaire européen, la règle d’or et l’austérité qui l’accompagne seront donc de mise, et comme prévu Hollande s’est démené comme un beau diable pour que tout le monde reconnaisse qu’il faut aussi de la croissance…un beau combat, salué comme il se doit par le président de la Bundesbank, pour qui «être favorable à la croissance, c’est comme être partisan de la paix dans le monde». Concernant les moyens de faire de la croissance évidemment c’est plus flou, une dose d’investissements et des eurobonds semblent être les remèdes envisagés par Hollande, remèdes bien légers ou utopiques face à la détérioration rapide de la situation espagnole et à une sortie grecque de l’euro de plus en plus proche. Continue reading