Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche ? ( article 1/2)

Le premier tour approche, les bons scores de Mélenchon au premier tour et de Hollande au second se confirment, même si rien n’est fait je pense, il peut encore y avoir des surprises dans les deux cas. Je voulais quand même reparler d’Europe avant ce vote de dimanche, pas pour faire un comparatif serré de tous les programmes comme certains lecteurs le souhaitaient (désolé !), mais pour reparler de la difficulté qu’aurait un éventuel président de gauche à mener une politique de gauche, voir même à juste préserver le modèle social actuel, sous la pression conjointe de l’Europe et des marchés.

Ces derniers temps, et compte-tenu sans doute de la probabilité de plus en plus forte d’une défaite de Sarkozy, on voit fleurir beaucoup d’articles qui témoignent d’une pression mise d’avance sur le futur président, si d’aventure il était tenté de s’attaquer aux marchés financiers ou de remettre en question le Pacte budgétaire et le Mécanisme Européen de Stabilité une fois élu. Voir par exemple cet article de Philippe Cohen dans Marianne : ici. Très récemment, un outil de spéculation sur la dette française créé par la bourse allemande s’est invitée dans la campagne et a fait réagir la plupart des candidats, alors que Bercy avait apparemment donné son feu vert, ou en tout cas ne s’y était pas opposé…voir ici.

Plus largement, beaucoup d’investisseurs, banquiers, éditorialistes, économistes de plateaux se succèdent ces derniers temps pour dire que les marchés et nos voisins européens surveillent l’élection, que de toute façon le prochain président n’aura pas le choix, il sera obligé d’appliquer des mesures d’austérité, et que son programme réel se résumera aux fameuses réformes structurelles néolibérales (baisse des dépenses publiques et flexibilisation du marché du travail). S’il ne le faisait pas, ce serait l’apocalypse, la France s’enfoncerait dans la crise, les agences de notation nous dégraderaient, les taux d’intérêt de notre dette exploseraient, et nous nous enfoncerions dans la récession pour des décennies, pendant que nos courageux voisins européens ressortiraient en pleine forme de leur cure d’austérité.

J’exagère à peine, il n’y a qu’à voir par exemple cet énième article d’Attali (ici) ou cette vidéo de Christophe Barbier qui appelle à un plan de rigueur brutal le nouveau président, voire même Fillon avant les législatives, en cadeau de départ…Tout ce petit monde attend une et une seule chose : la rigueur, terrible mais nécessaire comme dit Barbier…on aimerait bien voir en quoi elle serait terrible pour lui d’ailleurs, qui comme d’autres, demande depuis 30 ans des efforts aux français, mais n’a pas l’air d’en avoir trop souffert personnellement…

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Alors du coup, on est en droit de se demander si Hollande, en cas d’élection, refuserait ce catastrophisme, affronterait l’Europe et les marchés, et se battrait pour le modèle social français. D’ailleurs, après avoir pourfendu la finance, cet adversaire sans visage, (et s’être excusé à Londres une semaine plus tard), Hollande continue dans sa campagne à refuser ce chantage, et confirme régulièrement sa volonté de renégocier le pacte de rigueur. Je pense qu’il y a des électeurs socialistes qui pensent sincèrement que c’est possible, et qui ne votent pas juste contre Sarkozy, mais pour une réelle politique de gauche.

 Mais qu’en pensent les marchés ?

Pour le savoir, François Ruffin de France Inter a fait un nouvel entretien dont il a le secret, après celui de Trichet dont j’avais longuement parlé (voir ici), et c’est tout aussi intéressant et éclairant. Il a interrogé Nicolas Doisy, chief economist chez Chevreux, au sein de la Corporate Investment Bank du Crédit agricole. Premier broker indépendant sur actions européennes, Cheuvreux possède quatorze bureaux à travers le monde, et conseille 1200 banques, fonds de pension, etc, en leur fournissant notamment des analyses politiques. En ce moment, ils essaient d’éclairer les investisseurs qui sont un peu perplexes devant le flou dans le programme des deux candidats favoris, et qui s’inquiètent d’un éventuel impact sur leurs placements d’une victoire de Hollande. C’est pourquoi Nicolas Doisy a publié récemment une note intitulée « François Hollande and France’s labour-market rigidity : the market will rock both », soit « François Hollande et la rigidité du marché du travail : le marché va chahuter les deux ».

 Cette note (pas destinée au grand public au départ) est passionnante parce qu’elle donne en termes très directs, parfois cyniques, l’opinion des marchés sur ce qui se passerait si Hollande était élu…et autant le dire tout de suite, au risque de décevoir ses partisans de gauche les plus idéalistes, son éventuelle élection ne les empêche pas de dormir…loin de là même. Mais ça va plus loin que ça, sans tourner autour du pot, Doisy exprime dans la note des idées avancées depuis des années par la gauche critique, reprises en partie par Mélenchon d’ailleurs, comme la conversion à l’idéologie libérale du PS depuis 83, l’impossibilité de rester dans l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui tout en préservant le modèle social français, les renoncements successifs du PS à changer cette Europe libérale, la manipulation nécessaire des électeurs que l’on fait rêver avec des belles formules et des idéaux de gauche pour les trahir ensuite.

Si cette note avait été écrite par Frédéric Lordon, certains diraient qu’il exagère dans sa critique du PS, qu’il va trop loin…mais là, on voit que pour Doisy (et donc les marchés), la conversion libérale du PS  et son renoncement à mettre en œuvre une politique de gauche est une évidence absolue. D’ailleurs ça lui convient très bien, il ne critique pas du tout cette évolution du PS, il s’en réjouit au contraire et souhaite juste que Hollande aille encore plus loin dans cette direction.

Bref, la note en anglais est , et une traduction quasi-complète est . Sinon, la totalité de l’interview par Ruffin est à retrouver sur le site de Fakir (ici). Une partie de l’entretien est également disponible dans le montage vidéo ci-dessous réalisé par les Mutins de Pangée.

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Je reprends quand même ci-dessous quelques extraits marquants de l’interview (tronqués et dans le désordre),  en y ajoutant quelques compléments ou commentaires.

1) Hollande va devoir mettre en place les fameuses réformes structurelles…

Doisy : C’est le package typique de réformes qui a été imposé à la Grèce, qui est demandé aussi à l’Italie, qui est demandé aussi à l’Espagne, et c’est, si vous voulez, si on fait référence aux années 80, c’est ce qu’on appelle l’économie de l’offre, c’est ce qu’avaient fait en leur temps Reagan et Thatcher. Quelles réformes ? J’y viens : couper dans les dépenses publiques et libéraliser le marché du travail. Il faut permettre aux entreprises d’avoir une plus grande flexibilité dans la gestion de leurs ressources humaines, réduire substantiellement un certain nombre de garanties dont bénéficient les travailleurs. Le CDI tel que nous l’avons connu, nous ne le connaîtrons plus normalement, ça c’est clair. Je ne suis pas certain qu’on pourra maintenir le modèle français tel qu’il est, il est en train d’arriver en bout de course. Il est à bout de souffle, on est au pied du mur. Beaucoup de français penseront « c’est la victoire du modèle libéral »… Oui en quelque sorte.

Nico : On retrouve le discours habituel, répété en boucle depuis 30 ans, comme si appliquer les réformes de Reagan et Thatcher était un gage de réussite, la clé du succès…Comme si ces mesure n’avaient pas conduit à des crises financières à répétition, à un endettement public et privé exponentiel, à l’explosion des inégalités… En même temps, ça me paraît logique que Doisy et les investisseurs qu’il conseille prônent ce modèle là, ils défendent juste leurs intérêts puisqu’ils sont les seuls à en avoir profité pendant 30 ans. L’arnaque est, comme souvent, de déguiser les intérêts privés d’un groupe restreint de personnes en intérêt général pour tous. Pour ceux que ça intéresse, un article de Olivier Berruyer du début d’année montre ce que donne ce modèle lorsqu’il est appliqué jusqu’au bout de sa logique, avec 50 chiffres hallucinants sur les Etats-Unis. Ca fait froid dans le dos.

 2) … que ne souhaitent pas ses électeurs…comment leur vendre ça ?

Doisy : C’est le type de réforme dont très vraisemblablement une partie de l’électorat de François Hollande se méfie. François Hollande s’est abstenu de clarifier de façon nette sa position sur ce sujet, il sait qu’il sera pris à terme, à un moment, entre la pression de ses électeurs et la pression des marchés, le marché ou les électeurs seront déçus.

Bien entendu, il faut trouver la formule pour vendre ça au peuple français…expliquer à la population pourquoi on fait ces réformes, que certes c’est douloureux, certes ça fait mal aujourd’hui, mais les bénéfices viendront plus tard. Que si on ne fait pas ce genre de travail aujourd’hui, demain ce sera encore pire qu’aujourd’hui, et ainsi de suite. C’est un effort de pédagogie. Donc y a vraiment un sujet sur la communication avec l’électorat, le peuple, et une façon de faire passer les messages. Je ne suis pas le conseiller de François Hollande, c’est pas mon rôle de définir le message qu’il doit porter. C’est ce pourquoi les hommes politiques sont payés, c’est leur métier, j’espère juste que François Hollande trouvera la bonne formule.

Nico : Ce passage est passionnant parce que Doisy dit de façon très cynique comment les marchés voient les hommes politiques : ils sont juste payés à manipuler le peuple, à trouver les moyens de leur « vendre » des réformes qui vont pourtant contre leur intérêt. Et il en faut depuis 30 ans de la « pédagogie », des médias aux ordres, des pseudos experts pour convaincre les électeurs que c’est douloureux mais que ça ira mieux ensuite, alors qu’ils constatent le contraire. Et ça marche, puisque certains se résignent à ce fatalisme, et d’autres ont abandonné toute croyance en la politique et ne votent plus ou votent extrême droite. Ce n’est évidemment pas de pédagogie qu’il s’agit mais de propagande. Je conseille d’ailleurs de lire sur ce sujet le bouquin de Edward Bernays intitulé « Propaganda », sorti dans les années 20 aux Etats Unis. Dans ce livre, bible des boîtes de communication et de relations publiques, il invente et décrit la plupart des techniques de manipulation des foules permettant de leur vendre aussi bien des produits que des idées politiques. Je cite ci-dessous un court extrait de la préface passionnante de ce bouquin, par Normand Baillargeon :

James Madison (1752-1836), 4ème président des Etats-Unis, assurait que « le véritable pouvoir, celui que procure la richesse de la nation », doit demeurer entre les mains des « êtres les plus capables » et que la première et principale responsabilité du gouvernement est de « maintenir la minorité fortunée à l’abri de la majorité ». Bernays se fait l’écho de ces idées quand il écrit qu’avec «le suffrage universel et la généralisation de l’instruction» on en est arrivé au point où « la bourgeoisie se mit à craindre le petit peuple, les masses qui, de fait, se promettaient de régner».
Se profile alors un projet politique que Bernays va assumer et s’efforcer de réaliser. Il s’agit de faire en sorte que la mass
e se contente de choisir, parmi les membres des « classes spécialisées», les « hommes responsables », auxquels il reviendra de protéger la richesse de la nation. Pour que la masse se contente de jouer ce rôle, il sera nécessaire d’opérer une « révolution dans la pratique de la démocratie», à savoir la manipulation de l’opinion et la «fabrication des consentements», indispensables moyens de gouvernement du peuple. Dans Propaganda, il écrit : «La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. La minorité a découvert qu’elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler l’opinion des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. Étant donné la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. De nos jours la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charité ou de l’enseignement.»

3) Se servir une fois de plus de l’Europe pour faire passer ces réformes auprès d’un électorat qui n’en veut pas

Ruffin : c’est lui qui va devoir flexibiliser le marché du travail, c’est lui qui doit remettre en cause ce que vous appelez « the famous CDI ?

Doisy : C’est un travail qu’il va devoir faire, parce que tout simplement il y aura la pression des pairs dans la zone euro, c’est-à-dire de l’Italie, de l’Allemagne, de tous les autres pays. Quand vous regardez bien l’Allemagne au milieu des années 2000 a fait ce genre de réformes, l’Italie, l’Espagne sont obligés de le faire aujourd’hui, la Grèce aussi. Pourquoi la France pourrait-elle s’en dispenser ? 

Nico : en lisant ce passage, j’ai repensé à un article de Lordon sur l’équité. Il date de l’époque où les cheminots se battaient pour la défense de leur régime spécial de retraite, et étaient considérés comme des privilégiés par certains salariés (du public comme du privé) qui eux avaient subi de nombreuses réformes et ne voulaient pas être les seuls à faire des efforts. Lordon expliquait que l’une des méthodes les plus efficaces pour faire accepter aux gens ces réformes structurelles et des régressions sociales dont ils ne veulent pas, est de détourner le thème de l’équité, pour en faire une équité vers le bas.  J’en cite quelques passages :

L’art de « l’équité par le bas » consiste à trouver un point faible. Par exemple, les salariés du privé. Plus vulnérables, moins syndiqués, ils sont tout désignés pour recevoir en premier le choc des régressions. Une fois le coin enfoncé, il n’y a plus qu’à attendre. Car on peut compter sur le matraquage idéologique par médias interposés pour rendre obsédante l’idée de « l’écart » et, une fois les esprits « attendris » – comme on dit de la viande trop dure -, imposer comme seule solution possible l’égalisation dans la déveine. De toutes les escroqueries intellectuelles du libéralisme économique, la plus accomplie est probablement celle qui aura consisté en la captation réussie du thème de l’égalité pour en faire le motif de l’arasement général des conquêtes. Et l’on peut compter sur cette lecture libérale particulièrement vicieuse de l’égalité pour démanteler le CDI sous prétexte qu’il en est de plus en plus qui sont au CDD, pour supprimer complètement le repos dominical puisque certains travaillent déjà le dimanche, ou, pourquoi pas, pour déplafonner sans restriction le temps de travail au motif que l’on compte déjà beaucoup de surmenés. À l’image du discours d’inversion qui fait passer l’opposition à la régression pour du conservatisme, et les « pas encore ajustés » pour des « nantis », la réforme des retraites ne cesse de revendiquer la « justice » et n’est pas loin de se donner pour « sociale »… C’est pourquoi la lutte contre la réforme des régimes spéciaux offre une occasion de ne surtout pas manquer de récupérer « l’égalité » et d’en réaffirmer le sens originel, qui n’a jamais été celui de la convergence pour le pire.

Je pense que dans les prochains mois, l’argument de l’équité vers le bas va être utilisé comme commence à le faire Doisy, en se servant de l’exemple des peuples européens voisins et amis, qui pour sauver l’Europe sont en train de faire d’énormes efforts, des sacrifices…et les français refuseraient d’être solidaires de leurs voisins, garderaient leurs privilèges, leur CDI, leur SMIC ? Est ce que ça ne serait pas une injustice ?

4) Le social ou le maintien dans l’euro ? Hollande comme Mitterrand en 83 ?

Doisy : en 81, la France avait besoin précisément d’être plus flexible, mais François Mitterrand est élu sur un programme on va dire vraiment de gauche. Et tout ça pour qu’au bout de deux ans à peine, en mars 83, François Mitterrand soit obligé de faire un complet demi-tour, et d’adopter les politiques de Madame Thatcher, de Monsieur Reagan à l’époque. Évidemment pas aussi ambitieuse, mais tout de même. Le choix avait été très simple pour François Mitterrand, la question c’était : rester dans la construction européenne, dans le projet européen, ou en sortir. Et après avoir hésité, et apparemment failli quitter le SME, et donc le projet européen, la France a décidé d’y rester. Et donc la traduction de ça, ça a été ce qu’on a appelé la politique d’austérité, qui a duré des années, de désinflation compétitive.

Eh bien là la situation est un peu la même, si la France veut rester dans la zone Euro, il faudra très vraisemblablement qu’elle se plie à un certain nombre de programmes de réformes qui sont maintenant imposés. C’est ça le point important. C’est que le conflit d’objectifs que va avoir François Hollande, c’est rester dans la zone euro et satisfaire les demandes de son électorat naturel. Les deux ne sont plus compatibles maintenant, on le voit depuis la crise grecque, il faudra qu’il fasse un choix. C’est pourquoi il est resté très prudent jusqu’à présent dans son expression publique.

Nico : Encore une fois, les choses sont dites de façon directes : à partir de 83, les socialistes ont appliqué du libéralisme à la Reagan-Thatcher, en version à peine édulcorée, en choisissant le maintien dans le Système Monétaire Européen et l’austérité plutôt que le social et l’emploi. Concernant ce tournant de la rigueur, je renvoie à l’article de ce blog sur Trichet avec les commentaires associés, à cet article de Libération et à une interview de Chevènement.  Deux courts extraits quand même :

 Jacques Delors : «Pour moi, le SME était un pas en avant dans la construction de l’Europe et une contrainte indispensable pour amener les Français à comprendre que les politiques de stabilité s’imposaient.» Mitterrand ne s’est-il pas servi de la construction européenne comme d’un prétexte pour cacher ses abandons ?
Chevènement : « Un prétexte, peut-être, mais aussi, chez lui, une conviction sincère. Je n’arrive d’ailleurs pas à rejeter sa vision, au moins quant à l’objectif final. L’idée que les peuples d’Europe doivent se rapprocher toujours plus me semble juste. Le problème, ce sont les modalités de la construction européenne. Je ne crois pas que celle-ci impliquait un ralliement aussi complet au néolibéralisme. »

Nico : C’est intéressant (et flippant) de voir comment 30 ans après, le choix proposé au futur président va être exactement du même ordre : rester dans l’euro (à l’époque le SME) ou satisfaire les attentes de l’électorat de gauche. Sauf qu’à l’époque, comme le dit Chevènement, beaucoup de socialistes pensaient sincèrement que les deux étaient encore possibles. Et beaucoup de leurs électeurs aussi partageaient ce bel idéal d’une Europe en paix, passant notamment par la réconciliation franco-allemande, tout en souhaitant une politique de gauche et en rejetant la révolution libérale à la Thatcher. On en était au début de la construction européenne et de la déferlante libérale, donc il n’y avait pas le recul d’aujourd’hui et ce serait trop facile de critiquer après coup cette décision de l’époque sans se remettre dans l’ambiance de l’époque. Mais quoi qu’il en soit, il était sans doute plus simple de sortir provisoirement du SME en 83 que de l’euro aujourd’hui, ou de tenter de construire une Europe différente…donc si  la gauche socialiste ne l’a pas fait à l’époque, le fera t-elle aujourd’hui ? Qu’en pense Doisy ?

Ruffin : les marchés peuvent avoir confiance en François Hollande, c’est un européen de cœur, il était conseiller de François Mitterrand lorsque François Mitterrand a négocié le tournant de la rigueur en mars 1983

Doisy : Il me semblerait inconcevable qu’un homme de la formation et de l’intelligence de François Hollande qui a vécu l’expérience dont on vient de parler, c’est-à-dire 81-83, ne s’en souvienne pas et du moment où il s’en souvient, je ne vois pas comment à partir de là il serait capable de ne pas prendre en compte la réalité du marché telle qu’elle s’imposera à lui. Parce qu’il faut pas l’oublier : le marché s’imposera. Et en plus, François Hollande n’a pas promis le Grand soir. François Hollande n’a rien promis, ou si peu que, finalement, de toute façon c’est comme si ça ne comptait pas. Il n’a pas fait de promesses, parce qu’il sait qu’il va devoir se renier par la suite, donc il essaie d’en promettre le moins possible pour que le retour de bâton soit le moins violent possible.

Nico : Pour lui, pas de doute sur le fait que Hollande s’il est élu fera le même choix que Mitterrand en 83, car tout son parcours personnel de pro-européen le pousse à ça, et ce sera d’autant plus facile qu’il aura beaucoup moins de promesses à trahir que Mitterrand à l’époque vu la tiédeur de son programme social.

Pourtant Hollande a promis de renégocier le traité, alors ?

à suivre dans un article très très vite..

Bonus : Une courte vidéo avec Norman Baillargeon, qui évoque Edward Bernays et les techniques de manipulation de la population qu’il a mises au point. Vous apprendrez notamment comment, grâce à l’intervention de Bernays embauché par un grand fabriquant de cigarettes, les femmes se sont mises à fumer en public dans les années 30 alors que c’était complétement tabou avant.

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3 responses to “Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche ? ( article 1/2)

  1. Très intéressant de rencontrer Edward Bernays et de lire la pratique de l’équité par le bas par Lordon (finalement, ça revient un peu à « diviser pour mieux régner » aussi…).
    Beaucoup aimé aussi la petite vidéo finale « la plupart des médecins fument des Camel »… Impensable aujourd’hui !

  2. je découvre ce blog, et ma foi, je ne suis pas déçu. Impressionné par la densité de ce billet, bien plus étayé que la plupart des choses que j’ai lues sur le sujet. Mais il est vrai que beaucoup sont encore anesthésiés par leur espoir de victoire électorale, perdant tout sens critique… et pas prêts à entendre ce genre d’analyse, que je partage et tente de faire passer de billets en billets. Mais on m’en veut pour cela, tentant de me faire passer pour un traître à la gauche là où je ne suis que lucide… Le réveil sera brutal.