Le TSCG, la crise et les socialistes

La semaine prochaine, l’Assemblée va, sauf énorme surprise, voter très majoritairement la ratification du TSCG, le fameux Pacte budgétaire. Ce nouveau Traité durcit les critères de Maastricht et grave dans le marbre les politiques actuelles qui mènent  l’Europe au chaos. Malgré l’importance de l’enjeu, malgré les voix qui s’y opposent (Front de gauche, Verts, certains socialistes, Debout la République, associations, syndicats), et malgré l’importante manifestation de dimanche dernier, le sujet n’occupe qu’une place limitée dans le débat public et médiatique. Le gouvernement y est pour beaucoup puisqu’il a refusé tout débat de fond, et appelé les députés PS à voter massivement pour soutenir le Président. Une fois de plus (de trop ?), le PS vote donc avec la droite un traité qui renforce les politiques libérales, tout en disant qu’il ne l’aime pas vraiment, mais que l’important ce sera de réorienter ensuite l’Europe dans une autre direction. Personnellement, je négocie un contrat qui m’est défavorable avant de le signer, mais peut être que la stratégie du PS est plus subtile et qu’elle m’échappe.

Bref, je voulais écrire un long article pour dire à quel point tout cela me met en colère, mais j’ai préféré le faire sous forme de vidéo, pour changer !

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Cette vidéo ne parle pas seulement du TSCG, mais constitue finalement un résumé de la plupart des articles que j’ai écrits sur ce blog depuis le début d’année, que ce soit sur :

la rigueur et les réformes structurelles du marché du travail, seule voie envisagée aujourd’hui pour sortir de la crise, mais qui ne peut déboucher que sur une régression sociale absolue, et un échec économique certain ;

l’euro, qui va sans doute exploser, mais dont la remise en question reste complètement tabou pour nos « élites ». Cela ne laisse objectivement comme seule option pour regagner de la compétitivité que les baisses violentes de salaires et prestations sociales, puisque la dévaluation de la monnaie est interdite.

C’est d’ailleurs ce qu’expliquait encore Christine Lagarde hier, dans une interview hallucinante : « Ce que tente le FMI depuis trois ans à l’échelle de la zone euro est sans précédent: faire baisser les prix dans un pays pour compenser le fait qu’il ne peut dévaluer. Sait-on si c’est réalisable ? On l’espère bien sûr. Un des signes avant-coureur du succès de cette approche est la reprise des exportations. En faisant baisser les prix des facteurs de production, en particulier le prix du facteur travail, on espère rendre le pays plus compétitif et plus intéressant pour les investisseurs étrangers. On le voit déjà un peu au Portugal, en Espagne, et on commence à le voir un peu en Grèce.« 

Un signe avant coureur de succès…il n’y a qu’à voir l’état dans lequel se trouvent les pays en question pour comprendre que le succès n’est pas loin effectivement. Evidemment, la question de savoir qui achètera les produits au final, une fois que tout le monde sera devenu exportateur ne semble pas encore avoir effleuré Christine Lagarde…

le volte-face attendu de François Hollande sur la renégociation du Traité, annoncé notamment dans cet entretien fondamental de François Ruffin avec Nicolas Doisy qui avait eu lieu avant l’élection. Il est fondamental parce qu’on y voit de façon crue à quel point les marchés avaient conscience que certaines promesses «de gauche» de Hollande ne valaient que pour la campagne, et qu’une fois au pouvoir, le PS appliquerait lui aussi rigueur et réformes du marché du travail.

C’est déjà parti avec la rigueur, estampillée de gauche pour faire bien, et le marché du travail va suivre avec les négociations sur la compétitivité et le coût du travail qui s’annoncent…là encore, on va sans doute ajouter sécurité à flexibilité pour faire de gauche. Le MEDEF a été de toute façon rassuré lors de la venue d’une dizaine de ministres en août à son Université d’été, le PS appliquera bien le même genre de réformes au final.

Sur le caractère anti-démocratique de ce Traité, il est quand même effarant de voir que le pouvoir de contrôle et de sanction qui est donné à la Commission, dont on connaît l’orientation ultra-libérale, ne semble poser aucun problème au gouvernement. Leur argument c’est que l’on n’aura pas à se soumettre aux injonctions de la Commission…puisque nous allons pratiquer de nous-mêmes une rigueur encore plus forte que celle qui pourrait être demandée. On appelle ça la soumission librement consentie en psychologie…

– le revirement d’Arnaud Montebourg, qui me déçoit parce que j’avais dit au moment des primaires à quel point son discours et son analyse sur la mondialisation ou ses critiques du modèle allemand, me semblaient pour une fois en accord avec ce que l’on est en droit d’attendre du parti socialiste. Je savais qu’en entrant au gouvernement, il aurait peu de marge de manœuvre, mais le voir faire la tournée des plans sociaux, avec la même absence de solutions que le gouvernement Fillon, me désole.

A priori, il doit toujours savoir que sans une certaine dose de protectionnisme, il n’y aura pas d’alternative réelle aux délocalisations et aux fermetures d’usines. Mais en entendant cette semaine Nicole Bricq, Ministre du Commerce Extérieur, reprendre les poncifs habituels sur l’adaptation nécessaire à la mondialisation, dans laquelle il faut trouver notre place, etc…je me suis dit que Montebourg doit avoir une capacité à avaler des couleuvres phénoménale.

– au final, les vraies alternatives sont évidemment écartées du débat : défaut partiel sur les dettes, nationalisation partielle ou provisoire du secteur bancaire, création monétaire, réglementation drastique des marchés financiers, abolition de la liberté de circulation des capitaux, protectionnisme, relance industrielle dans le domaine énergétique notamment. Il s’agit là de propositions complexes, qui doivent être discutées et approfondies, qui auront pour certaines des impacts négatifs pendant une période de transition, qui nécessiteront aussi de remettre en question les Traités européens et la monnaie unique.

Mais en même temps, ce sont des solutions qui ont une cohérence et qui permettraient au final de renoncer au déclin en cours de l’Europe, en lui redonnant un horizon autre que le chaos ou le retour au siècle dernier en matière de conditions de travail.

Je signale d’ailleurs deux articles récents de Frédéric Lordon et Jacques Sapir sur ces alternatives, l’un sur le défaut et la nationalisation du secteur bancaire qui en découle, l’autre sur l’euro. J’essaierai de me concentrer sur ces alternatives au cours de prochains entretiens, mais en parallèle, la mobilisation contre la politique que s’apprête à mener le gouvernement doit être également poursuivie me semble t-il.

Pour conclure, je signale quelques articles intéressants sur le TSCG :

l’article de Philippe Murer du Forum Démocratique ;

– les différents articles du blog Contre la Cour, qui expliquent notamment que ce TSCG n’est que la face visible d’une liste de règlements européens votés en silence depuis 2011, aux noms obscurs de Two Pack et Six Pack, qui ont déjà amorcés ce tournant de la discipline budgétaire ;

l’appel des économistes hétérodoxes contre le TSCG ;

– les articles récents du blog « J’ai dû louper un épisode », dont le dernier sur la compétitivité.

Bonus : deux courts extraits du montage vidéo complet

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11 responses to “Le TSCG, la crise et les socialistes

  1. Bravo !
    Énorme boulot de montage vidéo, je suppose, pour un résultat très efficace. J’ai partagé votre vidéo sur mon Facebook et mettrai probablement un lien vers ici dans un de mes prochains billets.

  2. Bonsoir et merci à toi Nico pour cette video.

    Bally BAGAYOKO
    Conseiller general seine saint denis
    adjoint au maire st denis

  3. Tout simplement bravo pour cette vidéo exceptionnelle.

  4. Très bonne, cette vidéo. Bravo.

  5. Félicitations pour ton blog et la décapante vidéo sur le TSCG que tu devrais balancer sur Youtube et Dailymotion pour élargir les cibles à éclairer.

    Super boulot man, tu cartonnes.

    On lâche rien.

  6. Votre vidéo est sans appel et montre bien la constance des postures du PS. Dommage que je n’ai pas eu en mémoire certains passages rappelés dans votre vidéos, cela m’aurais évité 5 années à militer pour ces « socialistes » là…

  7. Vidéo a diffuser absolument.
    C’est un bon résumé de la problématique du TSCG à transmettre aux innombrables hurluberlus que l’on rencontre, qui débarquent complètement, qui, pour certains, n’ont pas encore vraiment réalisé qu’il y a une crise (oui, il y en a encore!) et à qui on n’a pas envie de tout réexpliquer!! Merci beaucoup pour ce travail.

  8. Très bon montage.
    Dans les propositions, tu oublis la sortie de l’union européenne proposé par l’UPR, Jacques Sapir et le Mpep. Car le protectionnisme, l’inflation pour réguler la compétitivité, l’annulation de la dette, et l’emprunt directe à la banque de france ou à la BCE sont interdits par le constitution européenne et même si c’était autorisé, ça ne passerait pas car la France ne représente que 9.7% du parlement européen.

    Tant que les communistes et le Front de gauche resterons attaché à revenir a une Europe sociale ils n’arriveront à rien. Le système est bloqué par les gens qui veulent nous mettre en esclavage.

  9. Dommage que les propositions de Jacques Cheminade ne soient pas reprises ici. Elles constituent le véritable plan B à cette europe impériale :
    – Scinder les banques en deux, avec l’objectif de mettre en faillite la sphère spéculative, et protéger l’argent des déposants lié à l’économie productive.
    – Organiser un système de crédit au niveau national et européenne, en vue développer l’économie réelle, pour préparer l’avenir.
    – Mettre l’accent sur de grands travaux à l’échelle eurasiatique et mondiale pour initier une reprise économie mondiale (nucléaire de 4ème génération, construction de canaux, transport rapide à lévitation magnétique / aérotrain, programme spatiaux…).

  10. En quelques 11 mns, ce montage video retrace 2 ou 3 décennies, et on s’aperçoit que les discours, les postures sont à peu près identiques dans des contextes quelquefois assez différents – celui de 1992 n’est pas le même que l’actuel-comme une sorte de leitmotiv, que l’on ressort régulièrement, alors que les problèmes demeurent et prennent de l’ampleur.
    Bravo pour ce super boulot!!

  11. après avoir lu ça on sait précisément ce qui nous attend