L’euro, stop ou encore ? Article 2/5 sur le SME, ancêtre de la monnaie unique

Avant de faire un bilan de l’euro, puis un tour d’horizon des différentes voies de sortie de la crise qu’il traverse, je souhaitais revenir sur l’époque de sa création, au début des années 90, en commençant par évoquer ce à quoi il succédait. Les débats d’aujourd’hui, en pleine crise (terminale ?) de la zone euro, résonnent différemment quand on prend le temps de se rappeler de la fin du Système Monétaire Européen par exemple. L’intransigeance allemande, l’alignement des pays du « sud » sur une monnaie trop forte pour leurs besoins, l’impossibilité de dévaluer, les divergences structurelles entre pays de la zone, la spéculation sur les taux, tous ces sujets étaient déjà présents dans les années 80 et 90.  J’ai donc voulu faire ce petit rappel, trop succinct bien sûr pour refléter la complexité des sujets, l’ambiance de l’époque, la diversité des points de vue, mais qui permettra quand même j’espère de prendre un peu de recul sur le débat actuel.

Je commence en signalant ce texte pédagogique sur la monnaie qui donne quelques éléments d’explication simples sur des concepts souvent utilisés dans ces débats, et donc dans cet article, comme s’ils étaient absolument évidents : monnaie forte ou faible, dévaluation, lien avec l’inflation et les taux d’intérêts, etc.

Du Serpent monétaire au SME

La préoccupation constante pour la question de la stabilité monétaire remonte à la décision des Etats-Unis en 1971 de renoncer unilatéralement à la convertibilité du dollar avec l’or. Jusque là, depuis 1944 et les accords de Bretton Woods, le Système Monétaire International reposait sur 3 éléments : la convertibilité libre et totale du dollar avec l’or, l’ancrage de toutes les monnaies du SMI  par rapport au dollar à travers un cours officiel de parités fixes mais ajustables,  et une assistance financière par FMI aux pays en difficulté. Après la guerre, ce système fonctionne bien et contribue à l’essor du commerce international. Lorsque les USA suspendent la convertibilité, parce qu’ils n’arrivent plus à l’assurer, le cours du dollar va évoluer librement par rapport aux autres devises donnant lieu à un nouveau système de parités flottantes très instable. Chaque Etat devient alors franc-tireur, le désordre monétaire s’installe et se déverse sur l’Europe, fragilisant le fonctionnement de la CEE. La crise du SMI démontre que le marché commun européen supporte très mal l’instabilité des changes en son sein, et elle est à l’origine des premières réflexions sur la mise en place d’une politique monétaire commune, voire même d’une monnaie unique.

Pour tenter d’y remédier, le Serpent monétaire européen est créé en 1972. Par le pacte signé, les pays s’engagent à flotter de concert en maintenant entre leurs devises des rapports quasi stables (+ ou – 2,5 % d’oscillation maximum).  Techniquement, il s’agissait de maintenir toutes les monnaies européennes à l’intérieur d’une bande de fluctuation bornée par les deux monnaies qu se trouvaient en opposition maximale face au dollar…d’où le nom de serpent monétaire. En haut de cette borne, on trouvait le Deutsche Mark, monnaie la plus forte en Europe.
Le message aux spéculateurs était clair : ceux qui voulaient faire monter le Deutsche Mark devaient aussi faire monter les autres monnaies qui lui étaient rattachées.

Cependant, le contexte économique mondial devient très difficile après le choc pétrolier de 73, qui amplifie les mouvements des devises. Les échanges internationaux se désorganisent, l’inflation sévit, le chômage devient un problème, et chaque Etat tente de réagir de façon non coopérative, c’est l’époque du chacun pour soi. Dans ce contexte, le cadre du Serpent monétaire devient vite trop contraignant, et chaque fois que le dollar baisse, beaucoup de pays quittent provisoirement le Serpent monétaire parce qu’ils ne peuvent rester accrochés à un Mark devenu trop fort, et qui les pénalise dans leurs exportations. La chute du dollar s’accélère en 78, créant une instabilité monétaire généralisée menaçant même les échanges communautaires. Les monnaies européennes les unes après les autres doivent alors quitter le Serpent monétaire européen. Le marché européen perd un de ses moteurs, la stabilité des changes, et l’économie européenne piétine, avec un chômage qui augmente et de l’inflation.

On peut donc voir que la question de l’asymétrie entre l’Allemagne avec sa monnaie forte et des pays voisins moins compétitifs et ayant besoin de dévaluer se posait déjà il y a plus de 30 ans, et n’avait pas permis aux autres monnaies de rester accrochées au Mark dans la durée. Cette orthodoxie monétaire allemande visant au maintien coûte que coûte d’une monnaie forte remonte au lendemain de la guerre, et repose notamment sur le traumatisme de l’hyperinflation des années 1920. Par ailleurs, avoir une monnaie forte est adaptée à la puissance économique et à la stratégie industrielle de l’Allemagne depuis la fin de la guerre.

Quoi qu’il en soit, la nécessité d’un nouveau système de coordination monétaire plus souple s’impose alors, l’idée étant d’empêcher l’envol du Deutsche Mark en le lestant avec les monnaies moins performantes de ses principaux partenaires commerciaux. Entré en vigueur en mars 1979 pour les 6 pays de le CEE, ainsi que le Royaume Uni, l’Irlande et le Danemark, l’objectif du Système Monétaire Européen est toujours de limiter les fluctuations des monnaies européennes entre elles mais en tirant les leçons de l’échec du Serpent monétaire. Le changement principal est de créer un cours pivot de référence, l’ECU (European Currency Unit), calculé à partir d’un panier de monnaies européennes, et d’encadrer les fluctuations des monnaies nationales autour du cours de l’ECU, à +-2,25%. Le panier de monnaies est pondéré pour tenir compte des poids économiques différents des pays concernés, et les taux de change par rapport à l’ECU sont fixes mais ajustables.

Le SME fonctionne plutôt bien pendant les premières années, donnant plus de souplesse aux pays européens, assurant une certaine stabilité des taux de change, et créant des réflexes de coordination. Cependant, le cadre reste malgré tout contraignant pour les économies nationales, plongées dans un contexte mondial difficile. Pour satisfaire les règles du SME, les Etats ont dû entrer dans la culture de la stabilité monétaire, l’inflation est devenue la bête noire, et l’équilibre budgétaire s’est imposé comme une norme collective, même si il n’a jamais été atteint. L’orthodoxie monétaire, au coeur de la culture allemande de l’après guerre a fini par structurer de plus en plus l’Europe monétaire.

SME et tournant de la rigueur en France

Mitterrand ayant été élu sur un programme de rupture avec le capitalisme, les premières mesures prises en 1981 visent à relancer l’économie par la relance du pouvoir d’achat et de la consommation (hausse du SMIC de 10%, des allocations, des retraites, embauche de fonctionnaires, 39h payées 40, etc..). Manque de chance, au même moment, le reste du monde devient ultralibéral sous l’impulsion de Reagan et Thatcher, et fait exactement le contraire. Du coup, l’impulsion donnée à la consommation des Français eu bien lieu, mais profita autant aux entreprises des autres pays, l’Allemagne en particulier, qu’aux entreprises françaises. D’où un déficit commercial très rapidement croissant. La relance française butait sur ce qu’on appelle  la « contrainte extérieure », c’est à dire le fait qu’avec une économie déjà assez largement ouverte sur l’extérieur d’une part, et un système de contrainte monétaire, il devenait presque impossible de mener une politique économique autonome. En effet, en conséquence de ces déficits commerciaux croissants, accompagnés d’une fuite de capitaux importante depuis 1981, le taux de change du franc se mit à baisser fortement, au point de ne plus pouvoir se maintenir dans le SME.  A partir de 1982, la gouvernement va alors connaître un grand débat entre les pro-européens comme Delors qui prônent l’arrêt de la relance, l’austérité salariale, la rigueur budgétaire et la lutte contre l’inflation pour maintenir la France au sein du SME, et une grande partie de la gauche qui milite pour la sortie du SME, l’instauration de barrières douanières contraignantes, et la relance de l’économie et de l’industrie par une injection massive de monnaie quitte à ce que le franc subisse une dévaluation massive. Les pro-européens finissent par gagner la partie et François Mitterrand décide de rester dans le SME et d’ancrer le franc au mark en mars 1983, faisant passer ainsi l’engagement européen avant les choix politiques et sociaux internes. C’est ce qui a été appelé le tournant de la rigueur car la parenthèse de « l’autre politique » se refermait pour de bon après seulement deux ans. Mitterrand aurait pu continuer dans la voie de la relance engagée depuis le 10 mai 1981. Il eut alors fallu soit faire du protectionnisme et renoncer au libre-échange, soit sortir le Franc du SME et renoncer à la stabilité du Franc. Mais pour Mitterrand, la priorité absolue n’était pas économique. Elle était d’ordre politique. Pour lui, il ne fallait rien faire qui puisse aller à l’encontre de la construction européenne. Il était donc hors de question que le Franc sorte du SME.  Les mesures prises furent à la hauteur de l’objectif : blocage des salaires, hausse des taxes sur de nombreux produits de grande consommation, des prix du gaz, de l’électricité, de l’essence, des tarifs SNCF.

Petite parenthèse, on peut se dire à la lumière de 2012 que deux ans de politique de gauche c’était déjà pas si mal, puisqu’après seulement 2 mois, le nouveau tournant de la rigueur est déjà mis en œuvre par Hollande et Ayraud. Je renvoie d’ailleurs à l’interview du financier Nicolas Doisy par Ruffin pendant la campagne présidentielle, dans laquelle il explique qu’il se servait du précédent de 1983 pour rassurer ses investisseurs inquiets d’un retour de la gauche. Il était persuadé qu’Hollande ferait la même chose, et choisirait le maintien dans l’euro au détriment d’une politique de gauche, comme Mitterrand avait choisi le SME : « Il me semblerait inconcevable qu’un homme de la formation et de l’intelligence de François Hollande qui a vécu l’expérience dont on vient de parler, c’est-à-dire 81-83, ne s’en souvienne pas et du moment où il s’en souvient, je ne vois pas comment à partir de là il serait capable de ne pas prendre en compte la réalité du marché telle qu’elle s’imposera à lui. Parce qu’il faut pas l’oublier : le marché s’imposera. Et en plus, François Hollande n’a pas promis le Grand soir. » C’était évidemment bien vu, puisque comme annoncé, Hollande vient de renoncer à renégocier le Pacte budgétaire, en le maquillant avec un symbolique pacte de croissance, et que Ayraud annonce cette semaine un plan de rigueur destiné à rassurer marchés et Commission.

Sur le tournant de 83, je conseille aussi le livre de Eric Juillot, «La Déconstruction européenne», dans lequel il souligne l’importance du maintien du franc dans le SME. Pour lui «cette date démontre exemplairement la consubstantialité du libéralisme et de l’européisme : l’adhésion à l’un vaut adhésion à l’autre. Cet européisme est la bouée de sauvetage historique qui empêche les socialistes de se noyer au moment même où leur projet de transformation économique et sociale sombre, victime du raz-de-marée libéral qui emporte alors la planète ».

Ce choix initial de rester dans le SME et de privilégier une monnaie forte, notamment par la lutte contre l’inflation, ne sera pas remis en question les années suivantes lors des alternances droite-gauche. Il s’agira toujours d’essayer de compenser la dégradation de la compétitivité externe des entreprises françaises, que provoque la surévaluation du franc, par une meilleure maîtrise des coûts de production, notamment des salaires…la déflation salariale avec son corollaire, la flexibilisation du marché du travail comme seule marge de manoeuvre, on en est toujours là 30 ans plus tard.

Au final, ce choix de la stabilité des prix a eu pour corollaire de casser la croissance, accélérer la montée du chômage, la désindustrialisation, et de faire augmenter de 10 points la part des profits dans la valeur ajoutée en quelques années.  Conclusion de Jacques Delors : «Pour moi, le SME était un pas en avant dans la construction de l’Europe et une contrainte indispensable pour amener les Français à comprendre que les politiques de stabilité s’imposaient.»

Explosion du SME sous la spéculation en 93

Le SME va tenir jusqu’en 92-93, mais devient progressivement asymétrique au détriment des pays dits à monnaie faible. Ces derniers devaient maintenir des taux d’intérêt élevés pour soutenir la parité, économiquement surévaluée, de leur monnaie. Les déficits externes devaient être maîtrisés grâce à une limitation de la demande intérieure de produits importés obtenue par une réduction de la croissance, et donc des salaires et de l’emploi. L’ancrage du franc au mark posait ainsi un problème grave de cohérence macroéconomique en Europe. Deux éléments principaux en 89-90 vont conduire à l’explosion de ce système : la réunification allemande, qui augmente l’asymétrie, et l’instauration de la liberté de circulation des capitaux.

L’union économique, monétaire et sociale inter-allemande a été instituée en 1990. Pour permettre une convergence rapide entre les deux Allemagne, 4% du PIB ont été annuellement transférés par l’Ouest sur quelques années. Les taux d’intérêt se sont fortement appréciés en Allemagne afin de lever sur le marché international des capitaux les sommes nécessaires au financement de cette reconstruction tout en évitant l’inflation. Pour se maintenir dans le SME, les taux des autres pays se sont alignés sur les taux allemands et ont atteint des niveaux très élevés dans un contexte où la croissance fléchissait : 6,9 % en France en 1990. Soumis à  un choc extérieur considérable et historique, l’unification allemande, les pays européens ont fait comme s’ils étaient déjà  en situation de monnaie unique en ne révisant pas leur parité de change avec l’Allemagne. Le choc a été collectivisé et les différents pays européens en ont payé le coût économique.

Autre événement, la libération des mouvements de capitaux prévue par l’Acte unique de 1986 devient effective à la fin des années 80 suite à la directive Delors-Lamy de 1988 dont j’avais parlé dans l’article sur Pascal Lamy. A partir de là, il n’est plus possible de contrôler les taux de change des monnaies, dont le cours est fixé par les marchés, alors même que les mouvements de capitaux vont prendre une ampleur absolument considérable et à 95% dans un but spéculatif.

Or, le succès du SME reposait jusque là sur trois conditions : la capacité à modifier le taux de change, la capacité à résister aux pressions des marchés financiers et la nécessité de se donner des règles de conduite de la politique monétaire stables et de s’y tenir. Après 1990, seule cette dernière condition subsiste. L’absence de recours au contrôle des changes ne permet plus à certains pays de parer aux attaque spéculatives autrement qu’en quittant le SME. Pour éviter de voir leur monnaie attaquée par les marchés, leur politique monétaire doit donc être indéfectiblement alignée sur la politique de la Bundesbank allemande.

Avec la réunification, l’asymétrie du fonctionnement du SME a fini par le décrédibiliser, aux yeux des marchés, dès lors qu’il est apparu que les objectifs de politique économique entre l’Allemagne et d’autres pays adhérents du système devenaient vraiment contradictoires. Dans cet environnement nouveau de libre circulation des mouvements de capitaux, les marchés financiers ont donc spéculé sur le caractère insoutenable du mécanisme de change en place et ont contribué à sa chute. En septembre 1992, suite aux spéculations entrainées par un référendum sur l’Europe au Danemark, la lire italienne et la peseta espagnole sont dévaluées. La livre sterling britannique subit le même sort, et se voit éjectée par les spéculateurs à l’extérieur du SME, sous le coup des attaques de George Soros, un gérant de fonds spéculatif. La Banque de France épuise ses réserves en trois semaines pour soutenir le franc attaqué lui aussi, notamment en janvier 1993, puis surtout au cours de l’été. En août, le « compromis de Bruxelles » décide d’élargir fortement les bandes de fluctuations autorisées au sein du SME (de plus ou moins 2,25 % à plus ou moins 15 % autour du cours pivot) afin de calmer les tensions, offrant ainsi une demi-victoire aux spéculateurs. Le système monétaire européen, de fait, prend ainsi fin à l’été 1993 alors que depuis 89, en parallèle, se préparait l’étape suivante de création d’une monnaie unique.

Conclusion

En travaillant sur cet article, je dois d’abord dire que j’ai mieux compris pourquoi la question des risques liés à l’instabilité monétaire est si présente dans les débats, notamment lorsque l’idée de sortir de l’euro est évoquée. Je ne connaissais pas bien l’épisode du Serpent monétaire, les guerres de change de l’époque paralysant les échanges et donc les économies,  puis l’épisode de la spéculation sur les monnaies de 92-93. Je comprends mieux pourquoi, pour les générations qui ont connu ça, l’idée de revenir en arrière alors que la monnaie unique représentait la solution ultime à ce problème d’instabilité peut sembler catastrophique. Je regarderai peut-être plus attentivement désormais dans les solutions alternatives à l’euro qui sont proposées, comme la monnaie commune promue par Sapir, ou les deux sous-monnaies dont parlent certains, comment le risque de retomber dans une guerre des changes est appréhendé.

En dehors de ce point, certains éléments de l’histoire du SME me semblent faire écho à la situation actuelle, et permettent de prendre un peu de recul par rapport à certains débats médiatiques qui donnent l’impression que l’on découvre aujourd’hui des choses que l’on sait depuis 30 ans :

–  Le problème d’avoir dans un système d’union monétaire des économies structurellement différentes qui ont perdu la possibilité de dévaluer et subissent les conséquences d’une monnaie trop forte : ce problème se pose finalement depuis 30 ans, avec l’alignement sur le Deutsche Mark puis le Mark, qui produisait déjà les mêmes conséquences économiques que le fait d’être dans l’euro aujourd’hui, mais laissait malgré tout une marge de manoeuvre plus grande, puisqu’il était encore possible de dévaluer et de sortir, même juste provisoirement, du SME…c’est moins simple avec l’euro, sinon la Grèce l’aurait certainement fait depuis bien longtemps.

– Le comportement unilatéral de l’Allemagne, qui mène depuis 30 ans, par Bundesbank puis BCE interposée, la politique monétaire qui convient à son économie et en tire profit. Dans le SME, comme on l’a vu, elle profitait de sa puissance économique et de son efficacité en terme de stabilisation des prix pour imposer un leadership monétaire inconfortable pour les autres. C’est le cas aussi avec la BCE et l’euro, et du coup, j’ai mieux compris en écrivant cet article à quel point les déclarations actuelles du type «il suffirait de convaincre l’Allemagne de changer d’attitude pour que ça aille mieux» sont absolument vouées à l’échec.

– Le fait d’être au sein d’un système de coordination monétaire entre pays différents rend difficile la gestion d’un choc économique, en enlevant des marges de manoeuvre comme la dévaluation pour rebondir. Cela a été le cas avec la réunification allemande en 90 qui a précipité la fin du SME, et c’est le cas pour la zone euro depuis la crise de 2008.  

– La façon dont la libéralisation totale des mouvements de capitaux a en un sens donné naissance à l’euro par l’augmentation spectaculaire de la  spéculation sur les taux de change qui a fait exploser le SME, mais pourrait aujourd’hui contribuer à sa perte avec la spéculation sur les taux d’intérêt des dettes souveraines ;

– Enfin, il y a bien entendu, depuis 1983, ce fil continu de la rigueur nécessaire et indispensable, que ce soit pour rester dans le SME, ou ensuite pour respecter les critères de convergence permettant de rentrer dans l’euro jusqu’à aujourd’hui où il s’agit de rester dans l’euro.

Plus largement, depuis 83 en France, gauche comme droite n’ont jamais remis en question les 3 piliers que sont l’orthodoxie monétaire, la libéralisation financière, et l’ouverture maximale au libre échange. Ces 3 points constituent le coeur de la contrainte extérieure à laquelle nos gouvernements ont accepté de se soumettre, ce qui leur a effectivement laissé comme seule marge de manoeuvre pour tenter de dynamiser une économie atone de faire des efforts de compétitivité, de maitriser les salaires, de réduire les charges sociales, de flexibiliser. A la limite, pour la droite, cette contrainte extérieure est du pain béni puisqu’elle facilite la mise en oeuvre de politiques libérales qu’ils auraient du mal à faire passer autrement en France par exemple. Mais pour la gauche, il est clair que ça se traduit par un vrai renoncement à mener une politique alternative.

Quoi qu’il en soit, avant de parler d’alternatives possibles justement, je poursuivrai d’abord sur la monnaie unique et les promesses qui lui étaient associées lors de Maastricht dans le prochain article.

3 responses to “L’euro, stop ou encore ? Article 2/5 sur le SME, ancêtre de la monnaie unique

  1. Un article tout à fait remarquable.
    Grand merci de nous éclaircir les idées en éclaircissant les vôtres.

  2. J ai vraiment l’impression en lisant ton article que c est la peur d’un nouveau conflit qui a conduit la France à choisir « cette « économie. » La construction européenne avant tout ». Même avant l’intérêt général, le bien commun.
    En tout cas je me régal de ces articles, de ces investigations. Continue!!!!

  3. Bonsoir,
    votre blog est remarquable, je ne cesse de le recommander. C’est fouilé ét précis. Puisque l’o nfait retour sur Maastricht , je vous invite à relire deux livres l’un publie au moment du vote, et l’autre l’année qui a suivi. Il me semble que ce sont deux ouvrages qui méritent d ‘être relus: débat sur l’Europe P thibaud et Jean Marc Ferry. Ce livre n’a pas vieilli . Thibaud affirmait avec justesse que 27 souverainetés que l’o nadditonne ne font pas une souveraineté commune. Et l’autre ouvrage D Wolton l’Europe ou la dernière utopie démocratique. Des critiques lucides et justes. Mais ilest tragique de voir que 20 ans apres rien n’a bougé. l’Europe est de mons en moins démocratique. Combien je regrette la victoire du oui de 1992, l’une des erreurs les plsu tragiques. Seguin avait raison Maastricht, c’est 1789 à l’envers. Je crois que la construction européenne mériterait une lecture polanyienne et ce à partir du marché unique. Terme que Polanyi emploie dans la grande transformation pour désigner l’utopie du marché autorégulateur. il dit the one big market. Maastricht c’est l’utopie liberale , the satanic mill dont parle Polanyi. je crois qu’i lfaut creuser aussi de ce côté. merci encore.