MES la suite : les réactions politiques

Comme promis, après avoir présenté le Mécanisme Européen de Stabilité et expliqué pourquoi un enjeu aussi important devrait faire l’objet de grands débats voire de référendum, je fais un petit récap dans ce deuxième article des positions des différents partis sur ce MES. A 2 mois de l’élection, cela me semble important de savoir à quoi s’en tenir sur ce sujet.

 Alors, en dehors de l’UMP qui a évidemment voté comme un seul homme derrière son candidat-président-promoteur du MES, l’autre parti qui a voté « Pour » est le MODEM de Bayrou. Je n’ai pas trouvé de commentaires de ce cher François, mais de sa directrice de campagne, Marielle de Sarnez.

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Voilà, donc en gros, elle ne voit pas le problème, trouve que c’est juste du bon sens d’imposer la règle d’or budgétaire, d’ailleurs Bayrou la propose depuis 2002 en France, donc rien de grave…pas un mot sur le fait qu’appliquer cette règle d’or en période de quasi-récession va accélérer la récession…Bon, en tout cas, leur position vis à vis du MES est claire, en accord avec leur aspiration à une Europe aux pouvoirs renforcés, donc on la partage ou pas mais on sait à quoi s’en tenir.

A l’opposé, les deux autres positions claires exprimées par un vote « Contre » ont été celle de Mélenchon d’une part, et de Dupont Aignan d’autre part.

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Mélenchon est constant depuis 3 ans dans la critique de la politique de rigueur mise en œuvre par l’Europe et des mesures d’austérité qui vont avec. Durant la semaine de vote à l’Assemblée, il a clairement exposé les dangers du MES et du Traité budgétaire qui va suivre (voir notamment cette autre vidéo d’un meeting), et a demandé un référendum sur la question. Pour dénouer la crise européenne, il pense que c’est la BCE qui doit aider les pays directement à taux très bas, mais ne souhaite pas pour l’instant de sortie de l’euro, sans l’exclure toutefois en dernier recours. Il veut sortir de l’orthodoxie budgétaire d’influence allemande et souhaite la mise en oeuvre d’’une autre Europe, qui se donne notamment des grands projets d’investissement dans la recherche ou la transition énergétique. C’est une position que j’apprécie, et que je trouve cohérente avec ses autres propositions pour la France.

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Je ne suis pas un grand fan de Dupont Aignan, ni un grand connaisseur de ses idées, mais quand je l’entends sur certains sujets comme la crise européenne, le protectionnisme, ou les limites de l’euro, je trouve qu’il a le mérite de défendre une ligne assez cohérente, et le trouve assez sincère et honnête. Là, par exemple, le discours qu’il prononce à l’Assemblée sur les dangers du MES, j’estime qu’il aurait pu (ou dû) être prononcé par un socialiste. Il est bien sûr clairement sur des positions de sortie de l’Euro, pour retrouver une souveraineté nationale et les leviers d’action économique qui vont avec (possibilité de dévaluation de la monnaie et de baisse des taux d’intérêt pour redynamiser l’économie). Il est souvent caricaturé dans les médias (voir ici), mais  il s’inscrit dans une tradition de gaullisme social que je respecte.

Il est d’ailleurs assez proche dans les idées de Chevènement, qui a lui aussi fait un discours  très juste au Sénat  sur les dangers de ce MES : à lire ici. Mais lui ne se présente plus aux élections cela dit.

Ensuite entre les deux, on trouve les Verts et le PS, et là, pour comprendre leur position sur le MES ça se complique !

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Côté PS, on est resté dans un flou assez intégral, avec quelques discours qui donnaient l’impression qu’ils étaient contre, d’autant que Hollande avait annoncé en décembre que s’il était élu, il renégocierait le Traité budgétaire qui va avec le MES, mais au final le mot d’ordre a été l’abstention…J’avoue que je ne vois pas du tout la cohérence entre ce vote et la renégociation, et d’ailleurs, quand on écoute l’intervention de Jean Marc Ayrault à l’Assemblée, on voit bien qu’il n’a aucun argument de fond à donner pour la justifier. Le responsable du pôle « Europe » dans l’équipe de Hollande, Christophe Carèsche, a dit quant à lui sa terreur de voir « ressusciter le débat sur l’Europe de 2005 ».

On comprend qu’il y a eu des débats assez violents en interne pour définir une position commune (voir notamment articles de Marianne ici et ici), mais que pour éviter tout déchirement en pleine campagne, ils ont décidé de ne rien décider et de s’abstenir (à part une vingtaine de députés je crois qui ont voté contre). J’ai été déçu notamment par Arnaud Montebourg, qui lui aussi s’est rangé en bon soldat derrière Hollande (voir sa défense peu convaincante sur son blog ici). Au final, je peux comprendre, en pleine campagne, la nécessité d’une position unitaire du parti, mais dans ce cas, si la volonté de renégocier le Traité est réelle, pourquoi n’ont-ils pas tous voter contre le MES ? Du coup, cette promesse floue de Hollande de renégociation, mais sans appel à un référendum, sans dire clairement comment, sur quelle base, et comment faire en cas de refus de l’Allemagne, je n’y crois plus. Je cite à ce propos Frédéric Lordon qui commente ce vote dans un article récent (dont je reparlerai) : « Le candidat a fait savoir qu’il renégociera les traités, au moins le Traité budgétaire. Le journal  Le Monde conclut à ce propos que « M. Hollande ne doute pas de sa capacité, une fois élu, à infléchir le cours des choses ». Le problème c’est que nous si. Et avec quelques bonnes raisons. Il s’est trouvé fort peu de personnes, en tout cas dans cette presse, pour rappeler qu’en 1997, M. Jospin pendant la campagne des législatives avait juré ses grands dieux qu’il ne ratifierait pas le traité d’Amsterdam sauf trois conditions impératives – un gouvernement économique pour compenser le poids de la BCE indépendante, un rééquilibrage de la future parité de l’euro, une renégociation du « pacte de stabilité » –, trois conditions évanouies en à peine deux semaines de gouvernement.« 

Enfin, côté écolos, pas facile non plus de s’y retrouver ! Au début, on s’attendait à une position du type socialiste, avec une abstention permettant de dire non au MES sans dire non dans l’absolu à un mécanisme de solidarité européenne, qu’ils appellent de leurs voeux depuis longtemps. Mais finalement, ils ont surpris tout le monde en donnant une consigne claire de vote contre, avec des arguments tout à fait pertinents, à retrouver notamment ici et ici.

J’étais ravi mais c’est à partir de là que ça s’est compliqué…on a d’abord eu droit à une tribune de Cohn Bendit, Besset et Lipietz dans Le Monde expliquant que c’était une erreur historique de ne pas approuver le MES : lire ici, et la réponse de l’économiste attéré Henri Sterdyniak ici. Les Verts ont quand même voté « contre » à l’Assemblée, mais quelques jours plus tard, je tombe sur une interview d’Eva Joly sur Mediapart, et là j’ai un peu halluciné. Elle commence par justifier la position d’abstention des Verts…puis Plenel lui rappelle 3 fois qu’ils ont en fait voté contre, alors elle essaie de se rattraper mais ça reste d’une confusion extrême, et là encore, impossible de comprendre clairement sa position sur le MES.

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Dernière étape, nouvelle tribune de José Bové, Pascal Canfin (que j’apprécie pourtant beaucoup sur les questions de régulation financière) et encore Cohn Bendit, qui à nouveau prétendent grosso modo que si l’on veut la solidarité, il faut accepter de commencer de la pire des façons avec ce MES. Ils en arrivent même à rejeter dans un même panier le duo Merkel-Sarkozy et Mélenchon. (voir ici et la réponse du Front de gauche ici).

Au final, j’ai l’impression qu’une grande partie des Verts et des socialistes, européens convaincus, nous refont le coup de l’Europe sociale, mais cette fois avec l’Europe solidaire. Pendant 30 ans ils ont soutenu la mise en place d’une  Europe très libérale, basée sur la concurrence et le marché, avec l’argument qu’un jour on aurait une Europe sociale (ou écologiste), et qu’il fallait provisoirement en passer par là.

Aujourd’hui, il faudrait accepter ou renégocier à la marge le MES et le Traité budgétaire de Merkozy, tout en convenant que les conditions associées pour bénéficier d’une aide sont odieuses, parce qu’un jour viendra ou l’on pourra en faire un vrai mécanisme de solidarité…libre à chacun d’y croire bien entendu, mais personnellement, depuis 2005, c’est fini.

Je préfère largement les positions franches, pour et contre, de Bayrou et Mélenchon, qui permettent de savoir à quoi s’en tenir s’ils sont élus, que ces promesses floues ou naïves, qui n’ont jamais infléchi le cours libéral de la construction européenne depuis presque 30 ans.

Bonus : cette histoire de promesse d’Europe sociale jamais tenue m’a rappelé une émission de radio de  2005, dans laquelle Lordon en parlait en disant qu’il y avait cru pour Maastricht mais qu’on ne l’y reprendrait plus. C’est la première fois je crois que je découvrais cet économiste, et ses arguments m’avaient marqué. J’en mets juste un court extrait ci-dessous :

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3 Responses to MES la suite : les réactions politiques

  1. Un pote de pote...

    Autant pour moi, ce commentaire remplace le précédent (qui vaut quand même pour le documentaire cité).
    Je partage vos conclusions, impossible de faire confiance aux dirigeants européens dorénavant, c’est bien dommage car l’Europe pourrait être quelque chose de tellement plus réussi…
    Concernant l’article de vendredi de F.Lordon, même s’il a été brillant sur le fond, il est à noter (et les commentaires ne l’ont pas épargné) qu’il se borne à décrire la position du PS pendant la campagne, oubliant la qualité de la campagne du FDG (dont il avait loué la qualité à la fête de l’huma pourtant), parti qui manque tellement d’exposition médiatique…
    Enfin, je me permets de vous féliciter pour l’excellente tenue de vos articles, continuez comme ça ! (je n’ose imaginer le temps de rédaction de chacun des billets…)

    • Merci pour les commentaires sur le blog !
      Sinon je suis assez d’accord sur l’article de Lordon (ici), j’ai été un peu déçu qu’il ne donne pas son point de vue sur Mélenchon et je me doutais que ça vous ferait réagir…
      Sa critique très intéressante du « vote utile » est peut être, malgré tout, un petit clin d’oeil au front de gauche non ?

  2. Armandine Bastillette

    Je suis terriblement éffarée.J’ai voté pour François Hollande au deuxième tour parce que j’étais convaincue de changement tel qu’il était promis et à l’élaboration d’un pouvoir irréprochable. Quel désespoir de découvrir que François Hollande nomme en premier ministre Jean Marc Ayrault, qui est tout sauf irréprochable. Ce monsieur a tout de même était condamné à de la prison pour fait de favoritisme. Grande déception….