Revue de presse du vendredi : le plan « d’aide » à la Grèce et les mesures ultralibérales qui vont avec

Et oui, nouvelle rubrique avec cette revue de presse du vendredi, qui devrait avoir lieu aussi souvent que possible le vendredi…mais je préfère quand même pas trop m’engager là-dessus…

Pour cette première, j’évoque quelques articles et vidéos sur un sujet dont j’ai déjà pas mal parlé, la crise grecque et plus généralement européenne.    Je continue à en parler, d’une part parce qu’en France la campagne électorale est dans une sorte de vide absolu, et donc commenter le dernier sondage, les meetings de Hollande ou Sarko ou le clash Mélenchon-Le Pen ne m’intéresse absolument pas. D’autre part, parce que je pense que ce qui se passe en ce moment en Europe est beaucoup plus important pour notre avenir. La perte progressive de souveraineté des pays « aidés » rend le choix entre la gauche et la droite quasiment anecdotique, la rigueur sympa et juste de gauche n’étant que peu différente de la bonne vraie rigueur de droite…donc personnellement c’est sur leur position européenne que je jugerai les candidats plus que sur le reste.

Bref, je voulais revenir sur le dernier plan d’aide à la Grèce, mais aussi et surtout, sur le panel de mesures ultralibérales (le mot est faible) qui les accompagne une fois de plus.

1) Les mesures d’austérité

Je commence par signaler un article très complet issu une fois de plus de l’excellent blog d’Olivier Berruyer : à lire ici. Je reprends juste ici quelques-unes des mesures d’austérité infligées aux grecs, mais le catalogue complet que l’article présente est juste hallucinant, révoltant, presque incroyable au sens premier du terme.

Salaires et retraites (cliquez sur le schéma pour le voir mieux) :

Diminution du salaire minimum de 22 %, suppression des conventions collectives de branche, possibilité de transformer les emplois à temps plein  en temps partiel sur décision de l’employeur, suspension des augmentations automatiques de salaire basées sur l’ancienneté, diminution des pensions de retraite de 300 millions d’euros par an, baisse de 15% des retraites complémentaires, etc…

Réduction du secteur public
Nouveaux licenciements de 15 000 fonctionnaires en 2012, coupes de 636 millions d’euros des salaires des employés du secteur public  d’ici la fin juillet 2012, suppression de 150 000 postes de fonctionnaires d’ici 2015, non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5, réduction des dépenses dans le secteur de la santé de 1,1 milliard d’euros, baisse des allocations pour les familles avec plus de 3 enfants, baisse des dépenses de fonctionnement et de consommation de l’État de 300 millions d’euros.

A côté de ça, Fillon est communiste ! En fait, je n’arrive pas à comprendre que l’Europe, qui était une belle idée au départ, soit aujourd’hui capable d’imposer de telles mesures qui vont plus loin que celles que Reagan ou Thatcher ont mis en oeuvre à leur arrivée. Je ne sais pas comment on pourrait se représenter ça en France, mais c’est comme si avait voté pour Hollande, et qu’ensuite l’Europe plaçait Alain Madelin  au dessus de lui avec les pleins pouvoirs et lui disait : « vas-y Alain, fais toi plaisir, mets en place le modèle de société dont tu rêves depuis toujours ! Tu peux faire sauter tous les acquis sociaux issus du Front Populaire et de l’après guerre, flexibiliser complètement le marché du travail, faire disparaître l’assistanat une fois pour toutes, réduire l’Etat à la portion congrue, vas y vraiment fort, t’as un an ou deux pour le faire, pas plus. » Si au moins ces mesures fonctionnaient ! On pourrait débattre du modèle de société auquel elles conduisent, mais en plus elles sont un échec absolu sur le plan économique !

* à ce sujet, je conseille une tribune de Paul Krugman (A lire ici), Prix Nobel d’économie américain, qui ne comprend pas que l’Europe s’entête sur cette voie des plans d’austérité, sans tirer les leçons des années 30, où les mêmes erreurs avaient conduit à de longues récessions avec les conséquences que l’on connaît. Il estime que comme il y a un refus politique (notamment allemand mais pas seulement) de travailler et de réfléchir sur les seules vraies solutions (défaut sur tout ou partie de la dette, sortie de l’euro), on continue dans le même sens jusqu’à ce que cette sortie de l’euro devienne inévitable, mais au lieu d’être pensée et organisée, elle se fera du coup dans les pires conditions pour les grecs !

2) Le dernier plan « d’aide » à la Grèce

* 2 articles (d’Olivier Berruyer et de Karine Berger sur Contre Info), tentent de  comprendre en quoi consiste ce dernier plan d’aide, composé semble t-il de restructurations de dette à hauteur de 107 milliards et de nouveaux prêts de l’UE et du FMI à hauteur de 130 milliards. C’est vraiment pas facile d’y voir clair, mais ce que j’ai compris grosso modo c’est qu’on ne résout en rien la question de la dette grecque, on gagne juste du temps avec de nouveaux prêts.  Par ailleurs, on cherche toujours autant que possible à minimiser l’impact pour les créanciers privés, et à transférer le fardeau aux contribuables européens. Le graphe ci-contre de Berruyer montre bien comment au fur et à mesure des plans, la dette globale ne se réduit pas mais change de main, le risque étant de moins en moins porté par le secteur bancaire. Un beau tour de passe passe !

* enfin, la réaction de l’analyste financier Olivier Delamarche sur BFM qui une fois de plus évoque sans détours l’échec annoncé de ce énième plan.

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3) Et après la Grèce ?

Pour conclure cette revue de presse, sur le blog de Jorion, François Leclerc donne son avis sur les pays (Italie, Portugal, Espagne, Irlande) qui risquent d’être les prochains sur la liste à être sommés d’appliquer le même genre de mesures à leur population…le Portugal a l’air d’être le premier concerné, mais je pense que c’est malheureusement l’avenir qui nous est aussi promis en France… sauf en cas de refus ferme de notre futur président bien sûr, mais on en est loin pour l’instant dans les discours.  A lire ici.

 

5 Responses to Revue de presse du vendredi : le plan « d’aide » à la Grèce et les mesures ultralibérales qui vont avec

  1. Un pote de pote...

    Belle effort de vulgarisation économique.
    Il est bien dommage que votre culture politique ne soit pas du même niveau que votre culture économique. Il y a en effet un programme politique qui traite du sujet européen (et de l’entraide indispensable et actuellement absente entre pays) et ose parler d’audit de la dette…
    Vous qui êtes un fervent supporter de Monsieur Lordon, vous devriez savoir à quel programme je fais référence…

    • Déjà merci pour le commentaire ! Je commençais à me dire que j’allais parler tout seul encore longtemps, et ça me désolait…c’est dans l’espoir d’échanger et de débattre que j’ai lancé ce blog, pas pour faire des monologues !
      Sur le fond, j’imagine que vous faites allusion à Jean Luc Mélenchon, et si c’est le cas, je reconnais tout à fait qu’il est l’un des seuls à dénoncer de façon très claire les plans d’austérité mis en oeuvre depuis 2010, et à proposer des solutions alternatives intéressantes. J’en reparlerai certainement, pas d’inquiétude ! En fait, initialement, je voulais parler dans cet article du vote qui a eu lieu cette semaine à l’assemblée sur le MES (Mécanisme européen de stabilité), vote qui commence à nous engager sur la voie d’une rigueur constitutionnalisée. J’avais prévu de saluer la position claire de Mélenchon et des Verts (et de Dupont-Aignan aussi d’ailleurs) qui ont voté contre, contrairement au PS qui a louvoyé pour finalement s’abstenir. Mais ça aurait fait long, du coup je reparlerai de ça dans un autre article très bientôt.

  2. le début de votre article m’avait, en effet, fait bondir. Le commentaire associé récadre bien les choses et votre réponse en convient.
    Il faut bien admettre, en toute bonne foi, que seul le programme de front de gauche présente une alternative.
    Son representant est suffisamment pédagogue sur ses meetings occultés par la presse dominante pour en attester.
    Peut-être est ce cette dernière raison qui vous fait dire que la campagne est un vide absolu mais j’en doute et vous n’êtes pas le seul blog à véhiculer cette même affirmation.
    A un moment ou l’abstention bat tous les records, je ne pense pas qu’il faille démobiliser encore plus.
    Au contraire, continuer à interesser vos lecteurs dont je suis en étant le plus objectif possible.
    Cordialement

  3. Un pote de pote...

    Je partage l’avis de jlmld, le fond de la campagne frôle le néant absolu, c’est triste à en mourir.
    Le jour même du vote du traité du MES a été voté la fameuse TVA sociale et les médias n’ont eu d’yeux que pour ce vote, alors qu’il y avait une partie toute aussi intéressante qui se jouait ensuite.

    Quoiqu’il en soit j’attends avec impatience votre article sur le programme du front de gauche, que je crois aussi très bon (et réellement de gauche, suivez mon regard ;) ).
    Cdlt

    Ps: j’ai commenté chacun de vos récents articles sur l’ancien blog sans jamais avoir de réponse, je commençais moi aussi à avoir quelques doutes, le blog revit à nouveau, j’en resterai un fidèle lecteur par conséquent (d’autant plus que vos billets sont argumentés et détaillés, et même parfois repris par d’autres sites ;) ).

  4. J’ai récemment trouver l’adresse de votre blog ( accompagnée d’un article détaillé ) sur un site traitant de sujets économiques actuels, aussi me suis-je attelé à en lire tout le contenu.

    J’ai trouvé votre vision des choses assez bien détaillée quoique réductrice sur certains domaines.

    Pour compléter les commentaires laissés précédemmment, j’estime à titre personnel que rester sur une approche économique est davantage pertinent que d’y inclure l’aspect politique de façon trop importante. Ceci permettant, de fait l’élargissement des points de vue sur cette crise européenne qui prend de plus en plus d’ampleur.

    Néanmoins, il est évident que la branche bien à gauche de l’échiquier politique propose des solutions alternatives aux problèmes économiques actuels contrairement à certains autres partis français.

    Je continuerai à lire de façon régulière le contenu proposé que je trouve d’une qualité certaine.