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Rappel : Gaël Giraud sur la course à la compétitivité et la déflation

Ces derniers temps, en dehors des passionnantes affaires Gayet ou Dieudonné, la question de la compétitivité a fait son grand retour dans le débat public suite à la conférence de presse de Hollande. Débat public, c’est beaucoup dire puisque 95% des commentateurs estiment que Hollande doit faire son Schröeder et baisser drastiquement le coût du travail, sous peine pour la France de ne pouvoir lutter àGael_GIRAUD--resized-174x168 l’international et notamment avec nos voisins  du Sud de l’Europe, qui font la même chose pour faire plaisir à la Troïka. [NB : j’avais évoqué ce conformisme intellectuel de nos élites dans la série « Rigueur et réformes structurelles »].

La question de la compétitivité interne ou externe à l’Europe se pose réellement et elle mériterait un vrai débat abordant d’autres sujets que le coût du travail, notamment le coût du capital, l’euro ou encore le libre-échange, et d’ailleurs j’y reviendrai certainement. Mais nos élites n’ont qu’un remède (courageux paraît-il !) en poche, les efforts des ménages, avec baisse des salaires et fin de notre modèle social à la clé. En même temps, et comme prévu, ces pressions à la baisse sur les dépenses publiques et les salaires en Europe se traduisent par une baisse de la demande et une baisse des prix, et l’inquiétude monte actuellement sur le fait que l’Europe pourrait entrer en déflation (voir notamment la dernière note de Natixis) comme dans les années 30.1389265335_defla2_zoom Compétitivité, déflation, ces thèmes m’ont rappelé mon entretien avec l’économiste Gaël Giraud, fin 2012. A l’époque, j’étais surtout intéressé par ses propositions de réforme bancaire et de financement de la transition énergétique par création monétaire (ici et ici). Mais il avait assez longuement évoqué ce risque pour l’Europe d’entrer dans un scénario à la japonaise de trappe déflationniste si les politiques de rigueur et de baisses du coût du travail se poursuivaient. En revisionnant la vidéo, je me suis dit que ses propos éclairaient parfaitement la situation en ce début 2014, et j’ai donc extrait et retranscrit la partie de l’entretien concernant ces sujets et plus largement son analyse de la crise européenne. En attendant de nouveaux entretiens à venir dans les prochaines semaines…

Nico : Gaël Giraud, est-ce que selon vous, depuis 2010 et la mise en oeuvre de politiques de rigueur, la situation de la zone euro est en train de se dégrader ? Continue reading

Entretien avec Gaël Giraud (1/3) : origine de la crise et perspectives

Chose promise, chose due, je viens de réaliser un entretien avec l’économiste Gaël Giraud sur la crise européenne et sur ses propositions pour en sortir. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, j’ai mis en fin d’article une vidéo du début de l’entretien dans laquelle il se présente et rappelle notamment son parcours atypique : il a d’abord travaillé sur les marchés de dérivés de crédit, avant de tout quitter pour devenir jésuite et chercheur en économie. Il se définit lui-même comme économiste critique et engagé, révolté par la situation actuelle en Europe et les politiques antisociales mises en œuvre dans certains pays, politiques qu’il juge par ailleurs totalement inefficaces. Pour faire une comparaison rapide avec d’autres économistes que j’apprécie et dont je parle régulièrement sur ce blog, ses idées présentent des similitudes avec celles de Frédéric Lordon sur la critique de la finance dérégulée, et celles de Sapir-Todd-Murer sur la démondialisation et les défauts structurels de la zone euro. Il travaille beaucoup également sur les questions de création monétaire, et estime notamment que la monnaie (crédit et liquidités) est un bien commun vital pour nos sociétés, dont la gestion ne doit pas être totalement privatisée comme c’est le cas aujourd’hui.

Au final, il s’attaque comme d’autres hétérodoxes au cadre structurel qui contraint nos politiques économiques et empêche toute vraie alternative, et que Lordon avait défini ainsi : le libre-échange, la politique monétaire européenne et la finance dérégulée. C’est sans doute pour cette raison qu’on le voit trop peu dans les médias traditionnels…Il agrandit même le cadre d’un dernier volet, qui me semble fondamental : la nécessaire prise en compte des contraintes environnementales et énergétiques. Ceci le conduit à penser qu’il ne faut pas attendre notre salut d’un retour de la croissance et d’un remake des 30 Glorieuses. Il est proche en cela d’économistes comme Alain Grandjean et Jean Gadrey. Bref, j’étais  ravi de pouvoir discuter pour la première fois avec lui, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Illusion financière, que je recommande par ailleurs. Dans cette première partie de l’entretien, Gaël Giraud fait le point sur la situation en Europe, en rappelant comment on en est arrivé là et quelles sont les perspectives pour 2013 et les prochaines années, si les politiques actuelles sont poursuivies.

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Le TSCG, la crise et les socialistes

La semaine prochaine, l’Assemblée va, sauf énorme surprise, voter très majoritairement la ratification du TSCG, le fameux Pacte budgétaire. Ce nouveau Traité durcit les critères de Maastricht et grave dans le marbre les politiques actuelles qui mènent  l’Europe au chaos. Malgré l’importance de l’enjeu, malgré les voix qui s’y opposent (Front de gauche, Verts, certains socialistes, Debout la République, associations, syndicats), et malgré l’importante manifestation de dimanche dernier, le sujet n’occupe qu’une place limitée dans le débat public et médiatique. Le gouvernement y est pour beaucoup puisqu’il a refusé tout débat de fond, et appelé les députés PS à voter massivement pour soutenir le Président. Une fois de plus (de trop ?), le PS vote donc avec la droite un traité qui renforce les politiques libérales, tout en disant qu’il ne l’aime pas vraiment, mais que l’important ce sera de réorienter ensuite l’Europe dans une autre direction. Personnellement, je négocie un contrat qui m’est défavorable avant de le signer, mais peut être que la stratégie du PS est plus subtile et qu’elle m’échappe.

Bref, je voulais écrire un long article pour dire à quel point tout cela me met en colère, mais j’ai préféré le faire sous forme de vidéo, pour changer !

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L’euro, stop ou encore ? (5/5) Entretien avec Philippe Murer

Pour clore cette série sur l’euro, qui en appellera certainement d’autres, je vais m’appuyer sur un entretien exclusif réalisé avec Philippe Murer, le 30 août dernier. Cette discussion a été l’occasion d‘approfondir certains sujets évoqués dans le précédent article : divergence de compétitivité due à l’euro, désindustrialisation du sud de l’Europe, compétition sur les salaires comme seule option envisageable. Philippe Murer revient aussi sur la politique allemande, assez longuement, en critiquant d’une part le fameux «modèle allemand» mis en œuvre depuis Schröder en 2000, et d’autre part la position intransigeante de Merkel depuis 2010 en faveur de la rigueur budgétaire et des plans d’austérité, qui conduit la zone euro dans la récession. Cela permet de faire le lien avec l’actualité du moment : l’acceptation par Hollande du TSCG qui va graver l’austérité dans le marbre, et le revirement récent de la BCE prête à racheter des dettes publiques en échange de l’application stricte de ces plans de rigueur. Pour conclure, Murer explique pourquoi la voie du fédéralisme et des transferts budgétaires ne lui paraît ni réaliste ni souhaitable, et préconise une sortie coordonnée de l’euro, avec mise en place d’une monnaie commune, politique de relance industrielle et protectionnisme européen. Il reste malgré tout pessimiste sur la faisabilité d’une telle sortie concertée, vu la situation dramatique actuelle et les tensions de plus en plus fortes entre pays.

J’ai découpé l’interview en 3 parties pour en faciliter la lecture, et je vais résumer les thèmes qui sont évoqués dans chacune d’elle en y apportant de légers compléments. Pour ceux qui préfèrent l’option audio, le fichier MP3 de l’interview complète est à télécharger ici :

Partie 1 : Les déséquilibres créés par l’introduction de l’euro, le modèle allemand et le fédéralisme

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Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 3/3)

Dernier volet de ce tour d’horizon de la pensée unique concernant la réduction des déficits et les réformes structurelles. Après les journalistes et leurs fidèles économistes, il nous reste encore le monde de la finance, les technocrates européens ou internationaux et les dirigeants européens, ce qui commence à faire beaucoup. Et encore, je n’évoque même pas le MEDEF ou les grands patrons, qui préconisent bien entendu ces mêmes remèdes depuis toujours, ce qui paraît pour le coup plutôt logique donc moins intéressant à relever. Continue reading

Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 2/3)

Pour renforcer le message véhiculé par leurs éditorialistes et chroniqueurs, les médias font bien entendu appel à des experts neutres et objectifs, notamment des professeurs d’économie en blouse blanche, capables de nous expliquer brillamment depuis 2 ans pourquoi la rigueur et les réformes structurelles restent nécessaires, alors même que l’on constate que ça ne fonctionne pas, bien au contraire puisqu’une récession généralisée se met peu à peu en place.

2) Les experts et économistes

Acrimed que j’ai déjà cité, Serge Halimi dans « Les nouveaux chiens de garde » et le documentaire récent associé, l’économiste Jean Gadrey ou plus récemment le livre de Laurent Mauduit, ont à tour de rôle dénoncé cette vingtaine d’experts ou économistes ultramédiatiques, qui squattent tribunes et plateaux, pensent tous la même chose, se trompent quasiment tout le temps dans leurs analyses ou prévisions, et que les journalistes présentent toujours comme des intellectuels, des chercheurs ou des professeurs d’économie, en masquant le fait que la plupart d’entre eux travaillent dans des banques, fonds d’investissements, conseils d’administration, ou boîtes de conseil aux grands groupes. Voir notamment l’article « Les liaisons dangereuses » de Jean Gadrey pour connaître le CV des plus connus d’entre eux. Concernant l’omniprésence télévisuelle ou radiophonique de ces économistes de garde, Acrimed a fourni beaucoup d’analyses statistiques très précises (voir ici ou ici par exemple).

Pour m’amuser, j’ai mené moi-même une investigation très pointue (quelques clics sur internet en fait…) pour comparer, dans le journal Le Monde, le nombre de citations ou mentions d’économistes hétérodoxes ou intellectuels critiques que j’apprécie d’une part, et d’experts ou économistes médiatiques d’autre part. Le graphe ci-dessous présente le bilan depuis 1987, soit 25 ans de recul quand même.

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Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 1/3)

Après 3 semaines de Hollandisme, je dois avouer que je n’ai pas encore vu, lors des premiers grands rendez vous européens et internationaux, en quoi la donne avait changé par rapport à la position de Sarkozy. Comme prévu, il n’est plus question de renégocier le pacte budgétaire européen, la règle d’or et l’austérité qui l’accompagne seront donc de mise, et comme prévu Hollande s’est démené comme un beau diable pour que tout le monde reconnaisse qu’il faut aussi de la croissance…un beau combat, salué comme il se doit par le président de la Bundesbank, pour qui «être favorable à la croissance, c’est comme être partisan de la paix dans le monde». Concernant les moyens de faire de la croissance évidemment c’est plus flou, une dose d’investissements et des eurobonds semblent être les remèdes envisagés par Hollande, remèdes bien légers ou utopiques face à la détérioration rapide de la situation espagnole et à une sortie grecque de l’euro de plus en plus proche. Continue reading

Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro

Pour ce premier article sous la présidence Hollande, je voulais rapidement évoquer la Grèce, très proche de la sortie de l’euro suite aux élections législatives du week-end dernier, sujet sur lequel je reviendrai plus longuement prochainement.

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Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche (article 2/2)

Suite et fin de mes commentaires à propos de l’interview de Nicolas Doisy (Chief economist chez Chevreux) par François Ruffin, sur les élections, Hollande, la pression des marchés. Dans ce deuxième article, il sera surtout question du choix que devrait faire Hollande, d’après Doisy et dans le cas où il serait élu, entre l’Europe libérale et l’austérité ou la mise en œuvre d’un programme de gauche.
A la fin du précédent article, j’en étais resté au fait que pour Doisy c’était évident, comme Mitterrand en 83, Hollande choisirait l’Europe et devrait trouver une formule pour vendre ce renoncement à ses électeurs de gauche. Continue reading

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche ? ( article 1/2)

Le premier tour approche, les bons scores de Mélenchon au premier tour et de Hollande au second se confirment, même si rien n’est fait je pense, il peut encore y avoir des surprises dans les deux cas. Je voulais quand même reparler d’Europe avant ce vote de dimanche, pas pour faire un comparatif serré de tous les programmes comme certains lecteurs le souhaitaient (désolé !), mais pour reparler de la difficulté qu’aurait un éventuel président de gauche à mener une politique de gauche, voir même à juste préserver le modèle social actuel, sous la pression conjointe de l’Europe et des marchés. Continue reading

MES : le mot de la fin (provisoire) par Mario Draghi

Je cherchais une façon de conclure cette série sur  le Mécanisme Européen de Stabilité et le Traité budgétaire associé, quand je suis tombé sur cette interview édifiante de Mario Draghi dans le Wall Street Journal (voir ici en anglais).

Je rappelle juste que Mario Draghi est devenu président de la Banque Centrale Européenne en novembre, succédant ainsi à notre cher et bien-aimé Jean Claude Trichet. Je ne reviens pas sur son parcours personnel, qui avait été très commenté lors de sa prise de poste, notamment parce qu’il sortait de Goldman Sachs chez qui, apparemment, il avait été associé au maquillage des comptes de la Grèce…voir cet article notamment. Continue reading

MES : vous avez tout suivi ?

Est-ce que vous êtes au courant du fait que, mardi dernier à l’Assemblée et hier au Sénat, en toute discrétion, les parlementaires français ont voté pour l’instauration d’un Mécanisme Européen de Stabilité ? Et qu’il s’agit d’une décision très importante pour notre avenir, qui nous emmène tout droit vers plus de rigueur et moins de souveraineté, sans même qu’on ait le temps d’en discuter, d’y réfléchir, d’en débattre ? Continue reading

Revue de presse du vendredi : le plan « d’aide » à la Grèce et les mesures ultralibérales qui vont avec

Et oui, nouvelle rubrique avec cette revue de presse du vendredi, qui devrait avoir lieu aussi souvent que possible le vendredi…mais je préfère quand même pas trop m’engager là-dessus…

Pour cette première, j’évoque quelques articles et vidéos sur un sujet dont j’ai déjà pas mal parlé, la crise grecque et plus généralement européenne.    Je continue à en parler, d’une part parce qu’en France la campagne électorale est dans une sorte de vide absolu, et donc commenter le dernier sondage, les meetings de Hollande ou Sarko ou le clash Mélenchon-Le Pen ne m’intéresse absolument pas. D’autre part, parce que je pense que ce qui se passe en ce moment en Europe est beaucoup plus important pour notre avenir. La perte progressive de souveraineté des pays « aidés » rend le choix entre la gauche et la droite quasiment anecdotique, la rigueur sympa et juste de gauche n’étant que peu différente de la bonne vraie rigueur de droite…donc personnellement c’est sur leur position européenne que je jugerai les candidats plus que sur le reste. Continue reading