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Lordon parle de la crise et de l’euro chez Laure Adler

Frédéric Lordon sur France Culture ? C’est tellement rare que j’ai décidé de retranscrire une partie de son entretien avec Laure Adler, en laissant de côté le début de l’émission qui traite du Lordon38dernier livre de Lordon « La société des affects ». C’est d’ailleurs principalement pour discuter de philosophie et de Spinoza que Laure Adler avait invité Lordon. Mais à partir d’une réflexion autour de l’absence de révolte des peuples européens aujourd’hui, malgré la crise et la violence des mesures prises par la Troïka dans certains pays, la discussion bascule vers l’économie, les marchés financiers et l’échange devient particulièrement savoureux quand on en vient à l’euro et à l’éventualitéfrancecu1 d’un retour aux monnaies nationales. Laure Adler se met alors à paniquer et à dérouler un catalogue d’idées reçues absolument caractéristique des médias traditionnels, avec notamment le classique renvoi au Front National et les caricatures sur le repli sur soi, la fermeture des frontières, etc… Mais l’intérêt de ce passage est que, très posément, sans s’énerver alors qu’il doit bouillir intérieurement, Lordon parvient à placer quelques idées intéressantes permettant de démonter ces idées préconçJEU@REI@P02@LAURE_ADLER_1.jpgues, montrant ainsi qu’on peut tenir un discours de gauche sur la souveraineté populaire et la sortie de l’euro, sans être pour autant anti-européen. Sur le fond, et en résumé, il ne croit pas aux solutions comme le Front de gauche ou plus récemment Nouvelle Donne que l’on peut espérer changer l’Europe simplement en tapant du point su1446665-gfr la table de négociation avec nos voisins et sans en passer au moins transitoirement par une sortie de l’euro. Bien sûr, il n’a pas réellement le temps d’argumenter dans l’émission, mais je pense qu’en seulement quelques minutes il a pu faire réfléchir des auditeurs peu habitués à ce type de discours, et qui auront peut-être envie d’en savoir plus sur lui et ses arguments. Et je regrette donc, même si je comprends en partie ses raisons, qu’il refuse lui-même parfois les (rares) invitations de médias traditionnels. J’y reviens à la fin de l’article.

Pour écouter l’émission radio complète : http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-frederic-lordon-2013-11-26 Continue reading

La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 1/2 sur le tournant libéral

Pour commencer l’année, je propose de prendre un peu de recul sur l’actualité et de se replonger 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4 dans les années 80, avec François Cusset, historien des idées et auteur d’un livre passionnant, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80». Ce livre avait donné lieu en 2007 à une série d’émissions de Là Bas Si J’y Suis, sur France Inter, au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset mais aussi Frédéric Lordon (économiste) et Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) pour commenter les évènements marquants de cette décennie. Cette série d’émissions m’avait passionné parce que je suis né avec l’arrivée de Thatcher et Reagan, j’ai grandi Mermetgif-ededf2-c0c3e-1c95fsous Mitterrand (et dans une ambiance pro-Mitterrand d’ailleurs), et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce qui s’était joué dans cette période, et en quoi cela avait une influence importante sur l’époque actuelle. Lor3a963ddd43e1978b4874249fbec7f397__14_Cussetsque l’on écoute cette émission, on a parfois l’impression que rien n’a changé en 25-30 ans, que les mêmes sujets, les mêmes controverses, les mêmes acteurs occupent toujours le devant de la scène. On y entend parler de rigueur, de restaurer la compétitivité des entreprises, de montée du chômage, de Front National, de vote SONY DSCutile, de Traités européens, de virage social-libéral assumé ou pas, de réconcilier les français et l’entreprise, de marchés financiers qui imposent leur politique, de crise financière, de Minc, BHL et Attali, de pensée unique et de fin des alternatives, etc…C’est presque vertigineux !

Je recommande vraiment l’écoute de l’ensemble de ces 7 émissions, mais je me suis permis d’en extraire un certain nombre de passages, et d’en faire un montage en deux grandes parties : la première chronologique sur le tournant économique, et la deuxième sur le thème de la fin de la politiSergeHalimiarton568que et des alternatives. Je commence dans cet article par le tournant libéral intervenu au cours de ces années 80, réalisé avec brutalité par Thatcher et Reagan, et de façon pédagogique par le PS en France, qui va expliquer à partir de 83 que l’on n’a pas le choix. Je résume ci-dessous les commentaires des trois intervenants mais je recommande plutôt d’écouter le montage audio qui est plus complet (1h10) et agrémenté de documents sonores de l’époque. Le fichier Mp3 est téléchargeable ici : Continue reading

Entretien avec Gaël Giraud (3/3) : La transition écologique et son financement

Dernière partie de cet entretien avec l’économiste Gaël Giraud, et pas la moins importante puisqu’elle touche à un sujet qui me tient à cœur, à savoir l’environnement et la transition écologique. C’est le deuxième thème important de son livre « Illusion financière » avec la question de la régulation financière, et il définit cette transition comme étant le processus par lequel nos sociétés pourraient évoluer d’une organisation économique centrée sur la consommation d’énergies fossiles vers une économie de moins en moins énergétivore et polluante. Pour Gaël Giraud, il s’agit d’une nouvelle révolution industrielle à mettre en œuvre, pourvoyeuse d’énormément d’emplois en France mais aussi en Europe. Car Gaël Giraud voit dans cette transition écologique une possibilité de redonner du sens à un projet collectif européen complètement dévoyé  par le libéralisme et la financiarisation, et plus largement des perspectives à une jeune génération à qui l’on promet seulement l’austérité et le déclin. Bien sûr, pas de transition sans financement, et si Gaël Giraud n’abandonne pas l’idée d’une grande réforme fiscale, il propose dans ce livre de se réapproprier la création monétaire, aujourd’hui confisquée par les banques commerciales et les banques centrales indépendantes, pour la mettre au service de cette transition. Au passage, il s’interroge sur ce que devrait devenir l’Europe pour mener à bien un tel projet, et faisant le deuil d’une Europe fédérale (et donc notamment d’une monnaie unique) impossible à mettre en place et rejetée par les peuples, il propose plutôt d’avancer vers des institutions européennes hybrides, permettant de gérer collectivement et démocratiquement certains biens communs, dont la monnaie.

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Comme pour les parties précédentes, un résumé succinct de l’entretien  ci-dessous : Continue reading

Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 3/3)

Dernier volet de ce tour d’horizon de la pensée unique concernant la réduction des déficits et les réformes structurelles. Après les journalistes et leurs fidèles économistes, il nous reste encore le monde de la finance, les technocrates européens ou internationaux et les dirigeants européens, ce qui commence à faire beaucoup. Et encore, je n’évoque même pas le MEDEF ou les grands patrons, qui préconisent bien entendu ces mêmes remèdes depuis toujours, ce qui paraît pour le coup plutôt logique donc moins intéressant à relever. Continue reading

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche (article 2/2)

Suite et fin de mes commentaires à propos de l’interview de Nicolas Doisy (Chief economist chez Chevreux) par François Ruffin, sur les élections, Hollande, la pression des marchés. Dans ce deuxième article, il sera surtout question du choix que devrait faire Hollande, d’après Doisy et dans le cas où il serait élu, entre l’Europe libérale et l’austérité ou la mise en œuvre d’un programme de gauche.
A la fin du précédent article, j’en étais resté au fait que pour Doisy c’était évident, comme Mitterrand en 83, Hollande choisirait l’Europe et devrait trouver une formule pour vendre ce renoncement à ses électeurs de gauche. Continue reading

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche ? ( article 1/2)

Le premier tour approche, les bons scores de Mélenchon au premier tour et de Hollande au second se confirment, même si rien n’est fait je pense, il peut encore y avoir des surprises dans les deux cas. Je voulais quand même reparler d’Europe avant ce vote de dimanche, pas pour faire un comparatif serré de tous les programmes comme certains lecteurs le souhaitaient (désolé !), mais pour reparler de la difficulté qu’aurait un éventuel président de gauche à mener une politique de gauche, voir même à juste préserver le modèle social actuel, sous la pression conjointe de l’Europe et des marchés. Continue reading

Nouveau départ, nouvelle vidéo de Lordon

Voilà, après une petite semaine de galère pour passer de l’ancien site à celui-ci, le blog est de nouveau opérationnel, ce qui va ravir ses milliers (dizaines..) de fans désemparés par cet arrêt soudain…

Du coup, comme c’est en quelque sorte le 2ème lancement officiel de ce jeune blog, je me sens obligé de réattaquer par du Lordon…parce que quand même, si je me suis lancé dans ce blog, c’est en grande partie grâce à cet économiste de la gauche critique, à ses analyses des structures du capitalisme financiarisé qui m’ont passionné, à la limpidité de son propos, à la façon dont il allie critique radicale et propositions concrètes de changement.

Parce qu’avant de le découvrir en 2005-2006, après 15 ans de  Nouvel Obs ou de Libé, je pensais grosso modo que les socialistes avaient toujours fait leur possible pour tenter de « réguler » la mondialisation (mais qu’il fallait de toute façon s’y adapter), qu’ils se battaient pour que l’on ait une Europe « sociale » (même s’il fallait d’abord en passer par une Europe libérale), qu’être contre l’Europe c’était être contre la paix et les étrangers…bon, bien sûr, j’étais déjà exaspéré par les renoncements de Jospin, l’enthousiasme libéral de Strauss Kahn, roi de la privatisation et des stock-options dans les années 2000, par leur admiration du social-libéralisme à la Tony Blair…mais je me disais que la droite c’était pire, et je ne me reconnaissais pas dans les discours indignés mais imprécis voire caricaturaux de l’extrême gauche..donc je continuais à suivre de façon disciplinée, mais sans grande conviction, le troupeau socialiste …

Et puis j’ai entendu Lordon dans une émission, par hasard, et en 30 minutes j’en ai appris plus qu’en 15 ans d’explications d’Elie Cohen ou d’éditos de Laurent Joffrin. J’ai découvert notamment que l’une des lois les plus importantes de ces 20 dernières années en France avait été la loi de déréglementation financière de 1986, et que c’était la gauche qui l’avait votée…et beaucoup d’autres choses qui ont peu à peu fait évoluer mon regard sur les socialistes, mais aussi qui m’ont permis de mieux comprendre tout simplement le système dans lequel on vit aujourd’hui et la façon dont il s’est construit.

Voilà j’y reviendrai sûrement, mais je (re)commence donc ce blog par une vidéo inédite de Lordon, extraite d’un documentaire passionnant de 2005 qui n’a pas pris une ride, intitulé « Ma mondialisation » de Gilles Perret.

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YouTube Direkt

Ce documentaire décrit les ravages de la mondialisation pour une multitude de PME familiales en Savoie, qui Continue reading

Delamarche, un gestionnaire de fonds plutôt atypique…

Et oui, je sens déjà poindre les premières remarques concernant la mise en avant un peu trop récurrente des mêmes économistes alternatifs du type Lordon sur ce blog…bon, cela dit, je reparlerai certainement très souvent de Lordon que je trouve particulièrement pertinent dans ses analyses critiques du monde financier (et les mesures qu’il propose pour le changer aussi)…

Mais il est bon de varier les points de vue ici aussi, donc vous trouverez dans cette vidéo un gars assez intéressant, un certain Olivier Delamarche, président d’une société de gestion de fonds…un mec de la finance donc, qui livre ses analyses non pas dans le Monde diplomatique mais tout simplement sur BFM Business.

Ce qui détonne c’est qu’il ne fait pas du tout dans l’idéologie libérale,  ou la défense du marché coûte que coûte. Il observe juste froidement la dégradation de la situation, l’inefficacité des plans de rigueur, la zone euro en voie d’explosion et la récession qui s’installe, l’incapacité des dirigeants à envisager des défauts partiels sur les dettes, etc..et il le dit sans détour, ce qui est souvent drôle parce que ça a la vertu d’effaroucher à chaque fois les gentils journalistes économiques de BFM qui s’affolent devant ses analyses toujours très critiques et pessimistes…dans cette vidéo, il revient notamment sur la perte du Triple A par la France en fin de semaine dernière…

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Ca change de Jean-Marc Sylvestre non ? Au final, il livre des analyses ou des prévisions très pertinentes, qui bien souvent rejoignent celles d’économistes de gauche comme Lordon ou Sapir, sauf que lui il ne le fait pas dans l’optique de changer le monde, mais à priori juste pour bien conseiller ceux qui placent de l’argent dans sa société…

Dans cette deuxième vidéo, Continue reading