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La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 2/2 sur la dépolitisation

Comme promis, voici la deuxième partie de l’analyse de la décennie 80 et de son impact sur le monde qui est le nôtre aujourd’hui, autour de l’excellent bouquin de François Cusset, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80», et de la passionnante série d’émissions de « Là-Bas Si J’y Suis », au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset, Lordon et Halimi  pour 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4en discuter. La première partie s’était focalisée sur le tournant libéral et financier de politique économique intervenu en France à partir de 83, et de façon plus générale dans le monde au cours de cette décennie. Dans cette deuxième partie, j’ai regroupé certains sujets évoqués par ces trois intervenants autour d’une thématique générale qui est celle de la dépolitisation, constitutive elle aussi des années 80. Le contournement du politique par le caritatif, l’humanitaire, la morale d’un côté, et la technocratie européenne de l’autre, vise en effet, et sous des formes en apparence très diverses, à limiter autant que possible le rôle et l’envergure de l’Etat, sous couvert bien entendu de le moderniser et de le réformer, pour laisser libre cours au marché.images
Couronnées par la chute du mur et du contre-modèle communiste, ces années 80 donnent donc naissance à cette petite musique de la pensée unique, qui proclame la fin des alternatives voire même de l’Histoire,  et rêve d’une République gouvernée au centre, dans laquelle les polarités politiques ou sociales n’ont plus lieu d’être puisque le capitalisme est devenu l’horizon indépassable de l’humanité…petite musique qui nous est encore bien familière aujourd’hui malheureusement.

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La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 1/2 sur le tournant libéral

Pour commencer l’année, je propose de prendre un peu de recul sur l’actualité et de se replonger 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4 dans les années 80, avec François Cusset, historien des idées et auteur d’un livre passionnant, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80». Ce livre avait donné lieu en 2007 à une série d’émissions de Là Bas Si J’y Suis, sur France Inter, au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset mais aussi Frédéric Lordon (économiste) et Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) pour commenter les évènements marquants de cette décennie. Cette série d’émissions m’avait passionné parce que je suis né avec l’arrivée de Thatcher et Reagan, j’ai grandi Mermetgif-ededf2-c0c3e-1c95fsous Mitterrand (et dans une ambiance pro-Mitterrand d’ailleurs), et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce qui s’était joué dans cette période, et en quoi cela avait une influence importante sur l’époque actuelle. Lor3a963ddd43e1978b4874249fbec7f397__14_Cussetsque l’on écoute cette émission, on a parfois l’impression que rien n’a changé en 25-30 ans, que les mêmes sujets, les mêmes controverses, les mêmes acteurs occupent toujours le devant de la scène. On y entend parler de rigueur, de restaurer la compétitivité des entreprises, de montée du chômage, de Front National, de vote SONY DSCutile, de Traités européens, de virage social-libéral assumé ou pas, de réconcilier les français et l’entreprise, de marchés financiers qui imposent leur politique, de crise financière, de Minc, BHL et Attali, de pensée unique et de fin des alternatives, etc…C’est presque vertigineux !

Je recommande vraiment l’écoute de l’ensemble de ces 7 émissions, mais je me suis permis d’en extraire un certain nombre de passages, et d’en faire un montage en deux grandes parties : la première chronologique sur le tournant économique, et la deuxième sur le thème de la fin de la politiSergeHalimiarton568que et des alternatives. Je commence dans cet article par le tournant libéral intervenu au cours de ces années 80, réalisé avec brutalité par Thatcher et Reagan, et de façon pédagogique par le PS en France, qui va expliquer à partir de 83 que l’on n’a pas le choix. Je résume ci-dessous les commentaires des trois intervenants mais je recommande plutôt d’écouter le montage audio qui est plus complet (1h10) et agrémenté de documents sonores de l’époque. Le fichier Mp3 est téléchargeable ici : Continue reading

L’euro, stop ou encore ? Article 3/5 sur Maastricht et le lancement de l’euro

 

 Après avoir évoqué le Système Monétaire Européen, je poursuis le retour en arrière avec cette fois le passage à  la monnaie unique, et les  promesses qui l’ont accompagné.  Alors qu’au sein du SME, l’Allemagne imposait sa politique monétaire aux autres pays, le passage à une politique monétaire unique librement choisie par les Etats membres a été perçu à l’époque comme une grande avancée. Mais cela a suscité également des interrogations, notamment sur la façon de définir une politique unique pour des pays si différents structurellement, ou sur le fait qu’à terme, un fédéralisme budgétaire serait nécessaire pour faire fonctionner une telle zone monétaire. Quand on relit ce qui se disait en 1992 pour le référendum de Maastricht, ou lors du lancement de l’euro en 1999 et 2002, on se rend vite compte que les doutes avaient été balayés ou rendus inaudibles par des médias enthousiastes, les avantages de l’euro exagérés, et l’hétérogénéité des économies nationales largement sous estimée. Il aura fallu attendre 20 ans et la crise sans précédent que traverse la zone euro pour que ces thèmes soient de nouveau évoqués, sans pour autant faire l’objet d’un grand débat public. Après avoir été occulté dans les débats en 92, le passage au fédéralisme (sous sa forme technocratique et disciplinaire) est désormais présenté sous l’angle de l’évidence et de la nécessité, sous peine d’explosion de la zone et de chaos. A quand un vrai débat, intéressant sur le fond d’ailleurs, dans 20 ans ? Continue reading

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche (article 2/2)

Suite et fin de mes commentaires à propos de l’interview de Nicolas Doisy (Chief economist chez Chevreux) par François Ruffin, sur les élections, Hollande, la pression des marchés. Dans ce deuxième article, il sera surtout question du choix que devrait faire Hollande, d’après Doisy et dans le cas où il serait élu, entre l’Europe libérale et l’austérité ou la mise en œuvre d’un programme de gauche.
A la fin du précédent article, j’en étais resté au fait que pour Doisy c’était évident, comme Mitterrand en 83, Hollande choisirait l’Europe et devrait trouver une formule pour vendre ce renoncement à ses électeurs de gauche. Continue reading

MES : le mot de la fin (provisoire) par Mario Draghi

Je cherchais une façon de conclure cette série sur  le Mécanisme Européen de Stabilité et le Traité budgétaire associé, quand je suis tombé sur cette interview édifiante de Mario Draghi dans le Wall Street Journal (voir ici en anglais).

Je rappelle juste que Mario Draghi est devenu président de la Banque Centrale Européenne en novembre, succédant ainsi à notre cher et bien-aimé Jean Claude Trichet. Je ne reviens pas sur son parcours personnel, qui avait été très commenté lors de sa prise de poste, notamment parce qu’il sortait de Goldman Sachs chez qui, apparemment, il avait été associé au maquillage des comptes de la Grèce…voir cet article notamment. Continue reading

Jean-Claude Trichet, 10 ans au service des plus démunis ?

François Ruffin est journaliste sur France Inter, notamment pour l’émission « Là-bas si j’y suis » de Daniel Mermet.  Pour le présenter, je dirais que c’est un peu un Mickaël Moore à la française, sans la casquette Nike et le verre de Coca XL. Mais lui aussi manie l’humour et l’ironie, et il se donne un style faussement naïf qui permet de poser les questions qui fâchent.

Bref, j’aime beaucoup ce qu’il fait et là, en fin d’année dernière, il avait réalisé une série de reportages passionnants à Francfort, sur la Banque Centrale Européenne.   Une BCE que l’on connaissait assez mal je trouve, malgré son importance et les pouvoirs dont elle dispose, jusqu’à la crise financière puis européenne de 2008. Elle s’est retrouvée depuis sur le devant de la scène, d’abord lors du sauvetage des banques, puis pour préconiser (et imposer) des plans de rigueur aux populations européennes.

J’ai extrait de ce reportage de Ruffin l’un des moments forts, son interview de Jean Claude Trichet, quelques jours avant la fin de son mandat de président de la BCE. Ruffin récapitule d’abord le parcours de Trichet depuis 30 ans, du cabinet de Giscard à Francfort, en passant par Bérégovoy et Balladur :

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L’entretien en lui-même est ici :

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C’est vraiment un entretien passionnant, d’abord parce que l’on n’entend pas si souvent Trichet, encore moins se faire secouer par un journaliste, mais surtout parce qu’il est le technocrate européen par excellence, encensé aussi bien par la gauche que par la droite depuis le début de son mandat. Soi-disant  apolitique, il prétend se contenter de remplir une mission de maintien de la stabilité des prix au bénéfice de tous, dans le seul but de retrouver la croissance, diminuer le chômage, etc…Or Ruffin veut justement montrer le contraire : que sous couvert d’indépendance et de neutralité, de mesures techniques sur les taux d’intérêts que pas grand monde ne comprend,  en fait pendant 10 ans, crise ou pas crise, il a mené lui-même ou préconisé aux gouvernements des réformes structurelles d’inspiration clairement néolibérale : privatisations, stagnation des salaires (mais pas des profits financiers…) pour éviter l’inflation, dérèglementation financière, baisse des charges sociales pour les entreprises, flexibilisation du marché du travail, etc… D’ailleurs, Trichet ne s’en défend même pas dans l’interview, Continue reading

le documentaire à aller voir d’urgence !

Il s’agit du documentaire « Les Nouveaux Chiens de garde », qui est en fait une adaptation actualisée du bouquin du même nom de Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, qui était sorti en 97 puis avait été réactualisé en 2005.

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Le bouquin faisait déjà à l’époque une critique assez féroce des médias, notamment des médias les plus conventionnels et populaires de la presse écrite, radio et télé, en mettant en évidence le manque d’indépendance et d’objectivité, la connivence entre grands journalistes, milieux politiques et milieux d’affaires,  la concentration de la presse entre les mains d’une poignée de groupes industriels, la pensée unique libérale diffusée en boucle, etc…
bref des thèmes qui ont été repris depuis bien sûr, mais le constat n’a pas pris une ride au contraire, et le format documentaire donne une force particulière au propos. Résultat, un documentaire vraiment bien fait, avec pas mal d’humour et d’ironie, ce qui le rend agréable à regarder, et en même temps ça secoue, ça énerve, ça fait réagir, on a envie d’en parler en sortant, d’approfondir, de débattre autour de ce thème de l’accès à une information de qualité, qui pour moi est absolument fondamental pour le bon fonctionnement d’une démocratie.
Alors allez-y, trouvez une salle où il passe (MK2 et UGC ayant boycotté…) et dépêchez vous surtout, ça ne restera peut être pas longtemps à l’affiche malheureusement…ne vous fiez pas trop aux critiques des journaux avant d’y aller non plus, étonnamment l’accueil est plutôt froid…pour info, malgré un boycott complet et des critiques violentes contre lui, le bouquin d’Halimi a été un carton en librairie en 2005, avec plus de 200 000 exemplaires vendus.

Ca me tient à coeur d’en parler, parce que c’est suite à la lecture de ce bouquin en 2005 et de quelques autres, que j’ai pris du recul sur la presse (surtout de « gauche ») que je dévorais pourtant depuis toujours, que j’ai découvert d’autres sons de cloche, d’autres « experts » qu’on ne trouvait jamais dans les médias classiques, et qu’au final j’ai eu envie de faire partager cela en créant ce petit blog tout à fait modeste…

Allez, en parlant d’expert, je finis en passant un petit extrait du film, Continue reading

Les technocrates après les militaires en Grèce ?

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Une interview de 10 minutes de Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, au cours de la toujours excellente émission de Daniel Mermet sur France Inter, Là bas si j’y suis. Il commente son éditorial du mois de décembre, dans lequel il compare l’arrivée de banquiers technocrates à la tête de la Grèce à une junte civile, qui met la démocratie en coupe réglée, pour réussir à imposer la potion amère de l’austérité.