Tag Archives: Hollande

35 ans de promesses d’Europe sociale en bref

Dans une tribune récente de François Hollande publiée dans Le Monde, intitulée « L’Europe que je veux », on retrouve absolument tous les poncifs traditionnellement servis par le PS pour nous vendre le projet européen : (1) L’Europe c’est la paix, la plus grande puissance économique du monde, une promesse de prospérité et d’emploi – (2) Renoncer à l’UE ou à l’euro c’est se replier sur soi, s’enfermer derrière des barrières, arrêter d’échanger avec nos voisins, entrer en guerre avec eux, s’isoler dans la mondialisation, s’effondrer bandeau_voter-europe-sociale-1024x382économiquement, s’appauvrir, décliner – et bien sûr (3) Il faut améliorer cette Europe trop libérale, avec moins de dumping fiscal et social, plus de démocratie, plus de solidarité, moins de spéculation,  et bien entendu plus de progrès social. Sur ce dernier point, cette tribune tombe bien, j’étais justement en train de finir de rassembler des extraits vidéo des plus grands ténors du PS nous promettant l’Europe sociale pour demain. Et ces extraits commencent avec Mitterrand lors des premières élections européennes de 1979, en l’occurrence mon année de naissance. Bref, depuis que je suis né, il y a 35 ans, le PS me promet l’Europe sociale ! Sans jamais vraiment définir en quoi elle consisterait d’ailleurs…

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De Mitterrand à Hollande, ou comment tourner dans le même sens depuis 30 ans

« Il faut considérer que la France a baissé la courbe de progression de son chômage, qui connaissait dans les années précédentes une allure très inquiétante. » Non, getimagece n’est pas Hollande qui essaie une fois de plus de nous vendre sa soi-disant inversion de la courbe, ces mots sont de François Mitterrand, le 15 septembre 1983, au cours d’une émission de télévision avec le journaliste François de Closets, « L’enjeu ». Je suis tombé sur la retranscription de cette émission (voir ici), au cours de laquelle Mitterrand justifie le tournant de la rigueur de mars 83 (dont j’avais parlé ici), et c’est à la fois passionnant et hallucinant. Passionnant dans la période actuelle où, suite aux vœux d’un Hollande qui annonce toujours plus de rigueur et de baisse de charges, les commentateurs nous ont refait le coup du tournant à droite enfin assumé par le PS et s’en sont réjouis comme chaque fois. On y avait déjà eu droit après le TSCG non renégocié, la réforme bancaire enterrée, le crédit d’impôts de 20 Mds, etc…Or Mitterrand, lui, effectue en marFRANOI~1s 83 un vrai tournant libéral pour le coup, après deux ans de politique de gauche, sous l’influence des Delors, Attali and co, Et ce qui est hallucinant quand on lit la retranscription de cette émission, c’est qu’on a l’impression d’entendre Hollande interrogé cette semaine par un mix d’Apathie (pour les questions orientées) et de Lenglet (pour les graphes et stats qui démontrent scientifiquement qu’il faut plus de libéralisme). Mitterrand défend ses choix économiques, dans un contexte de crise, de croissance nulle avec risque de récession, de chômage qui s’installe, de désindustrialisation qui commence. Et il déroule le même type de mesures libérales que Hollande et le même type d’arguments pour les justifier : la rigueur et le respect des 3% comme boussole, le freinage indispensable d2432677-la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financierees dépenses publiques, la baisse des charges et des impôts nécessaire pour permettre aux entreprises d’investir, la nécessité de ne pas faire fuir les riches. On a droit aussi aux efforts demandés aux français, à l’impopularité assumée, à la croissance qui est nulle mais qui reviendra promis. Il assume enfin l’absence de différence avec la politique menée par la droite sous Raymond Barre, et conclue sur le fait qu’il s’agit de toute façon de la seule politique posCapturefnsible et qu’il est temps de mettre fin à la lutte des classes. On pourrait ajouter deux sujets peu évoqués dans cette émission en particulier, l’Europe et la décision de rester dans le SME (voir ici sur le sujet), et l’émergence inquiétante du FN à Dreux en septembre 83 qui sera confirmée aux européennes de 84, et l’on aurait un parallélisme parfait avec 2014. Le tournant à droite du PS a eu lieu, oui, mais pas la semaine dernière lors des vœux, il y a 30 ans ! Et depuis, chaque passage des socialistes au gouvernement n’a été qu’une confirmation de ce choix initial et son approfondissement, malgré l’échec économique et social avéré de ces politiques libérales. Cette émission est intéressante parce que Mitterrand y assume encore avec une certaine franchise ce virage à droite, alors que très vite, à partir de 84, Libe_LePen-b0c24le PS va essayer de faire comme si il n’avait pas eu lieu. Eric Orsenna, qui écrivait les discours de Mitterrand, le résume ainsi : La consigne était d’entretenir la fiction de la continuité. Mitterrand ne pouvait pas avouer : « moi aussi, je me suis fracassé sur le mur de l’argent ». Impossible de se mettre dans une telle position. Mon boulot au service du grand roman national était de marteler de toutes les façons : on continue ! Dans un premier temps, Mitterrand recourt à une sorte de dramatisation pour justifier un changement de cap. Mais à peine le changement opéré, dans un second temps, il faut faire comme s’il n’avait pas eu lieu. »

J’ai sélectionné quelques passages clés de l’émission avec Mitterrand, regroupés par thèmes. Continue reading

Remise à plat fiscale, et si on commençait par là ?

Après une parenthèse de quelques mois (pour cause principalement de paternité…), et après avoir hésité durant l’été, j’ai finalement décidé de relancer ce blog. La lecture d’un article de François Ruffin dans le dernier Fakir a joué un rôle dans cette décision en me convainquant de ne pas céder à « l’àquoibonisme »  ambiant, et cela même si ce blog n’est qu’une petite goutte d’eau dans l’immense bataille des idées à mener fakir62-une_72pour faire entendre un autre son de cloche que le libéralisme ambiant. Pourtant, en observant le gouvernement dérouler comme prévu depuis un an et demi les mesures libérales réclamées par l’Europe et les marchés, sans fausse note, en allant souvent  plus loin que la droite comme sur la flexibilité et le crédit d’impôt entreprise de 20 Mds, j’avoue avoir été tenté par la résignation, me disant que de toute façon rien ne pourrait changer sans un effondrement du système ou une révolution brutale des peuples. Résignation et colère aussi, en voyant que 5 ans après cette crise financière monumentale qui a provoqué une immense récession, les grands dirigeants de banques sont toujours aux commandes, les poches pleines des liquidités déversées par les Banques centrales qui sont en train de recréer des bulles gigantesques. Colère aussi en voyant à quel point l’absence de débat autorisé sur certains sujets de fond comme l’euro ou la mondialisation ouvre un boulevard au FN pour les prochaines élections. Bref, j’observais ça avec un peu de distance depuis la rentrée, jusqu’à ce qu’il y a 2 semaines  je tombe quasiment à la renverse en entendant deux nouvelles coup sur coup : Ayrault se décide à lancer une grande remise à plat fiscale, et veut reprendre en main Bercy pour la mettre en œuvre. Et voilà comment, après avoir terminé en mai par une interview d’Anne-Sophie Jacques sur l’évasion fiscale, je me suis décidé à relancer le blog à propos du revolution-fiscale-livremême thème, la fiscalité. Ce n’est pas par passion personnelle pour les impôts et taxes, mais parce que je pense qu’il s’agit clairement d’un des lieux où le gouvernement d’un pays a encore des marges d’action propres, même en s’étant volontairement dépossédé d’une grande partie de son pouvoir à travers les traités européens, les accords de libre échange ou la libéralisation des marchés financiers. Mais aussi parce que la fiscalité a été dans le passé et peut toujours être un outil efficace pour réduire les inégalités et que cela devrait constituer me semble-t-il l’un des principaux objectifs de tout gouvernement de gauche. Continue reading

Doisy, Hollande et le retour des alternatives

Il y a exactement un an, j’avais commenté sur ce blog la passionnante interview du financier Nicolas Doisy, Chief economist chez Chevreux, par François Ruffin, journaliste à France Inter et Fakir. Un mois avant l’élection, avec un cynisme et une franchise inhabituels, Doisy expliquait à quel point il n’était pas angoissdoisy06-300x187é par la probable élection de Hollande. Selon lui, sous la pression des marchés et de l’Europe, Hollande n’hésiterait pas une seconde une fois élu à trahir ses électeurs de gauche et à revenir sur ses maigres promesses, pour appliquer la seule politique possible : baisser les dépenses publiques et flexibiliser le marché du travail. J’avais donc envie de réaliser un rapide bilan un an après, mais comme je l’ai déjà en partie fait (notamment dans cette vidéo) et que c’est vraiment déprimant, je ne souhaitais pas non plus en rester là et, à l’inverse, tenter de voir dans certains évènements récents, notamment à Chypre, les premières fissures dans ce TINA (There Is No Alternative) popularisé par Margareth Thatcher. Symboliquement d’ailleurs, peut-être que sa disparition récente coïncidera au final avec un début de remise en question de cette doxa libérale, qui espérons-le s’amplifiera dans les prochains mois pour aboutir à renversement complet du cadre actuel des politiques économiques. Evidemment, quand on entend Harlem Désir expliquer récemment que la politique du gouvernement n’est pas la seule Les-Unes-des-journaux-britanniques-consacrees-au-deces-de-Margaret-Thatcher-le-9-avril-2013-a-Londres_univers-grandepossible, mais tout simplement la meilleure possible, on se dit qu’on en est encore loin et que le PS est en train de nous inventer le TIBA : This Is the Best Alternative… Mais les grands retournements de l’histoire sont très largement imprévisibles, et qui sait si l’affaire Cahuzac ne jouera pas au bout du compte le rôle de l’étincelle conduisant à l’explosion d’un mécontentement populaire retenu depuis trop longtemps. A suivre dans les prochains mois… Continue reading

La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 1/2 sur le tournant libéral

Pour commencer l’année, je propose de prendre un peu de recul sur l’actualité et de se replonger 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4 dans les années 80, avec François Cusset, historien des idées et auteur d’un livre passionnant, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80». Ce livre avait donné lieu en 2007 à une série d’émissions de Là Bas Si J’y Suis, sur France Inter, au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset mais aussi Frédéric Lordon (économiste) et Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) pour commenter les évènements marquants de cette décennie. Cette série d’émissions m’avait passionné parce que je suis né avec l’arrivée de Thatcher et Reagan, j’ai grandi Mermetgif-ededf2-c0c3e-1c95fsous Mitterrand (et dans une ambiance pro-Mitterrand d’ailleurs), et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce qui s’était joué dans cette période, et en quoi cela avait une influence importante sur l’époque actuelle. Lor3a963ddd43e1978b4874249fbec7f397__14_Cussetsque l’on écoute cette émission, on a parfois l’impression que rien n’a changé en 25-30 ans, que les mêmes sujets, les mêmes controverses, les mêmes acteurs occupent toujours le devant de la scène. On y entend parler de rigueur, de restaurer la compétitivité des entreprises, de montée du chômage, de Front National, de vote SONY DSCutile, de Traités européens, de virage social-libéral assumé ou pas, de réconcilier les français et l’entreprise, de marchés financiers qui imposent leur politique, de crise financière, de Minc, BHL et Attali, de pensée unique et de fin des alternatives, etc…C’est presque vertigineux !

Je recommande vraiment l’écoute de l’ensemble de ces 7 émissions, mais je me suis permis d’en extraire un certain nombre de passages, et d’en faire un montage en deux grandes parties : la première chronologique sur le tournant économique, et la deuxième sur le thème de la fin de la politiSergeHalimiarton568que et des alternatives. Je commence dans cet article par le tournant libéral intervenu au cours de ces années 80, réalisé avec brutalité par Thatcher et Reagan, et de façon pédagogique par le PS en France, qui va expliquer à partir de 83 que l’on n’a pas le choix. Je résume ci-dessous les commentaires des trois intervenants mais je recommande plutôt d’écouter le montage audio qui est plus complet (1h10) et agrémenté de documents sonores de l’époque. Le fichier Mp3 est téléchargeable ici : Continue reading

Le Hollandisme, ou la valse des renoncements

Et voilà, une dernière vidéo pour finir l’année, histoire de faire un premier bilan de l’ère Hollande après grosso modo six mois de gouvernement…petit résumé en 6 minutes :

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Je récapitule rapidement les principaux éléments de ce bilan que je trouve assez impressionnant :

1) TSCG ratifié sans renégociation, qui grave la rigueur dans le marbre (cf une vidéo306076_francois-hollande-en-meeting-a-lille-le-17-avril-2012 précédente) et soumet la France au contrôle de la Commission européenne,                                                2) Baisse des dépenses publiques de 50 Md dans la foulée, et audit des politiques publiques qui en annonce d’autres,                                                       3) Baisse du coût du travail avec un cadeau fiscal de 20 Md spectaculaire et inédit à toutes les entreprises, de toutes tailles et dans tous les secteurs, sans conditions ni contreparties ! A côté le bouclier fiscal de Sarkozy fait presque pâle figure, et on s’en rendra mieux compte quand le gouvernement remettra des chèques de 40 millions d’euros à Mittal ou Sanofi, Continue reading

Le TSCG, la crise et les socialistes

La semaine prochaine, l’Assemblée va, sauf énorme surprise, voter très majoritairement la ratification du TSCG, le fameux Pacte budgétaire. Ce nouveau Traité durcit les critères de Maastricht et grave dans le marbre les politiques actuelles qui mènent  l’Europe au chaos. Malgré l’importance de l’enjeu, malgré les voix qui s’y opposent (Front de gauche, Verts, certains socialistes, Debout la République, associations, syndicats), et malgré l’importante manifestation de dimanche dernier, le sujet n’occupe qu’une place limitée dans le débat public et médiatique. Le gouvernement y est pour beaucoup puisqu’il a refusé tout débat de fond, et appelé les députés PS à voter massivement pour soutenir le Président. Une fois de plus (de trop ?), le PS vote donc avec la droite un traité qui renforce les politiques libérales, tout en disant qu’il ne l’aime pas vraiment, mais que l’important ce sera de réorienter ensuite l’Europe dans une autre direction. Personnellement, je négocie un contrat qui m’est défavorable avant de le signer, mais peut être que la stratégie du PS est plus subtile et qu’elle m’échappe.

Bref, je voulais écrire un long article pour dire à quel point tout cela me met en colère, mais j’ai préféré le faire sous forme de vidéo, pour changer !

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L’euro, stop ou encore ? (5/5) Entretien avec Philippe Murer

Pour clore cette série sur l’euro, qui en appellera certainement d’autres, je vais m’appuyer sur un entretien exclusif réalisé avec Philippe Murer, le 30 août dernier. Cette discussion a été l’occasion d‘approfondir certains sujets évoqués dans le précédent article : divergence de compétitivité due à l’euro, désindustrialisation du sud de l’Europe, compétition sur les salaires comme seule option envisageable. Philippe Murer revient aussi sur la politique allemande, assez longuement, en critiquant d’une part le fameux «modèle allemand» mis en œuvre depuis Schröder en 2000, et d’autre part la position intransigeante de Merkel depuis 2010 en faveur de la rigueur budgétaire et des plans d’austérité, qui conduit la zone euro dans la récession. Cela permet de faire le lien avec l’actualité du moment : l’acceptation par Hollande du TSCG qui va graver l’austérité dans le marbre, et le revirement récent de la BCE prête à racheter des dettes publiques en échange de l’application stricte de ces plans de rigueur. Pour conclure, Murer explique pourquoi la voie du fédéralisme et des transferts budgétaires ne lui paraît ni réaliste ni souhaitable, et préconise une sortie coordonnée de l’euro, avec mise en place d’une monnaie commune, politique de relance industrielle et protectionnisme européen. Il reste malgré tout pessimiste sur la faisabilité d’une telle sortie concertée, vu la situation dramatique actuelle et les tensions de plus en plus fortes entre pays.

J’ai découpé l’interview en 3 parties pour en faciliter la lecture, et je vais résumer les thèmes qui sont évoqués dans chacune d’elle en y apportant de légers compléments. Pour ceux qui préfèrent l’option audio, le fichier MP3 de l’interview complète est à télécharger ici :

Partie 1 : Les déséquilibres créés par l’introduction de l’euro, le modèle allemand et le fédéralisme

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L’euro, stop ou encore ? Article 1/5 sur l’impasse actuelle

L’euro a fêté ses 10 ans il y a peu, mais difficile de dire qu’il résistera une décennie de plus, vu l’ampleur de la crise économique, bancaire et politique que la zone euro traverse aujourd’hui. L’alternative est-elle seulement entre un transfert de souveraineté budgétaire et un saut fédéraliste ou bien d’autres options sont-elles envisageables ? Faut-il sauver cette monnaie unique en perdition ou la laisser disparaître pour construire ensuite autre chose, sur des bases différentes ? Comment en est-on arriver là alors que tant de promesses ont accompagné la naissance de l’euro ? Quelques  éléments de réponse dans cette série d’articles à venir, dont celui-ci qui fait le point sur l’état de la situation et du débat sur la question en France. Continue reading

Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 3/3)

Dernier volet de ce tour d’horizon de la pensée unique concernant la réduction des déficits et les réformes structurelles. Après les journalistes et leurs fidèles économistes, il nous reste encore le monde de la finance, les technocrates européens ou internationaux et les dirigeants européens, ce qui commence à faire beaucoup. Et encore, je n’évoque même pas le MEDEF ou les grands patrons, qui préconisent bien entendu ces mêmes remèdes depuis toujours, ce qui paraît pour le coup plutôt logique donc moins intéressant à relever. Continue reading

Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 2/3)

Pour renforcer le message véhiculé par leurs éditorialistes et chroniqueurs, les médias font bien entendu appel à des experts neutres et objectifs, notamment des professeurs d’économie en blouse blanche, capables de nous expliquer brillamment depuis 2 ans pourquoi la rigueur et les réformes structurelles restent nécessaires, alors même que l’on constate que ça ne fonctionne pas, bien au contraire puisqu’une récession généralisée se met peu à peu en place.

2) Les experts et économistes

Acrimed que j’ai déjà cité, Serge Halimi dans « Les nouveaux chiens de garde » et le documentaire récent associé, l’économiste Jean Gadrey ou plus récemment le livre de Laurent Mauduit, ont à tour de rôle dénoncé cette vingtaine d’experts ou économistes ultramédiatiques, qui squattent tribunes et plateaux, pensent tous la même chose, se trompent quasiment tout le temps dans leurs analyses ou prévisions, et que les journalistes présentent toujours comme des intellectuels, des chercheurs ou des professeurs d’économie, en masquant le fait que la plupart d’entre eux travaillent dans des banques, fonds d’investissements, conseils d’administration, ou boîtes de conseil aux grands groupes. Voir notamment l’article « Les liaisons dangereuses » de Jean Gadrey pour connaître le CV des plus connus d’entre eux. Concernant l’omniprésence télévisuelle ou radiophonique de ces économistes de garde, Acrimed a fourni beaucoup d’analyses statistiques très précises (voir ici ou ici par exemple).

Pour m’amuser, j’ai mené moi-même une investigation très pointue (quelques clics sur internet en fait…) pour comparer, dans le journal Le Monde, le nombre de citations ou mentions d’économistes hétérodoxes ou intellectuels critiques que j’apprécie d’une part, et d’experts ou économistes médiatiques d’autre part. Le graphe ci-dessous présente le bilan depuis 1987, soit 25 ans de recul quand même.

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Rigueur et réformes structurelles : Hollande face à la pensée unique (article 1/3)

Après 3 semaines de Hollandisme, je dois avouer que je n’ai pas encore vu, lors des premiers grands rendez vous européens et internationaux, en quoi la donne avait changé par rapport à la position de Sarkozy. Comme prévu, il n’est plus question de renégocier le pacte budgétaire européen, la règle d’or et l’austérité qui l’accompagne seront donc de mise, et comme prévu Hollande s’est démené comme un beau diable pour que tout le monde reconnaisse qu’il faut aussi de la croissance…un beau combat, salué comme il se doit par le président de la Bundesbank, pour qui «être favorable à la croissance, c’est comme être partisan de la paix dans le monde». Concernant les moyens de faire de la croissance évidemment c’est plus flou, une dose d’investissements et des eurobonds semblent être les remèdes envisagés par Hollande, remèdes bien légers ou utopiques face à la détérioration rapide de la situation espagnole et à une sortie grecque de l’euro de plus en plus proche. Continue reading

Montebourg ou Lamy, Hollande doit choisir !

Je disais dans l’article précédent que le positionnement de Hollande dans la gestion de la crise grecque, permettrait de sentir très vite l’orientation qui sera donnée à ce quinquennat, entre un social-libéralisme à l’ancienne, ou un Hollande se transformant en Roosevelt devant la crise historique qu’il va devoir affronter. Avant cela, je pense aussi que la composition du gouvernement pourra donner une première indication non négligeable, et j’avoue que j’étais plutôt satisfait de voir que Montebourg, que j’ai soutenu pendant les primaires parce qu’il abordait les questions de fond de l’Europe et de la mondialisation, pourrait obtenir un grand Ministère de la Production. Ceci étant dit, sa discrétion pendant la campagne, y compris sur des sujets clés comme le MES, m’avait déçu, et je me méfie donc d’un éventuel renoncement à ses idées au profit d’un beau portefeuille ministériel, mais bon, j’ai envie d’y croire (au moins dans un premier temps). Continue reading

Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro

Pour ce premier article sous la présidence Hollande, je voulais rapidement évoquer la Grèce, très proche de la sortie de l’euro suite aux élections législatives du week-end dernier, sujet sur lequel je reviendrai plus longuement prochainement.

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L’après-débat Hollande-Sarkozy, et derniers commentaires sur le premier tour

Je ne pensais pas écrire après le débat et certainement pas le commenter, mais finalement la lecture d’un éditorial du Monde m’a donné envie d’en dire un mot quand même. Sur la forme, je trouve que Hollande s’en est plutôt bien sorti, bien mieux que prévu par certains, face à un Sarkozy accablé par son bilan.

Sur le fond, je trouve que c’était un débat sympathique entre un centre modéré et une droite dure, mais personnellement, je me suis demandé tout le long si la gauche était vraiment qualifiée pour le deuxième tour. J’ai trouvé du coup complètement logique que, dans la foulée, Bayrou se prononce pour le PS au second tour, parce que franchement, il aurait pu remplacer Hollande sans qu’on n’y voit la moindre différence. Bon en même temps, je ne m’attendais pas à être bouleversé par les propos de Hollande, mais plus largement, j’ai surtout trouvé que les discussions étaient complètement en décalage avec le monde dans lequel on vit, les grandes crises qu’il traverse et les conséquences que cela a déjà ou aura dans les prochaines années pour notre société, pour les gens, des classes populaires aux classes moyennes : Continue reading