Tag Archives: Mélenchon

Doisy, Hollande et le retour des alternatives

Il y a exactement un an, j’avais commenté sur ce blog la passionnante interview du financier Nicolas Doisy, Chief economist chez Chevreux, par François Ruffin, journaliste à France Inter et Fakir. Un mois avant l’élection, avec un cynisme et une franchise inhabituels, Doisy expliquait à quel point il n’était pas angoissdoisy06-300x187é par la probable élection de Hollande. Selon lui, sous la pression des marchés et de l’Europe, Hollande n’hésiterait pas une seconde une fois élu à trahir ses électeurs de gauche et à revenir sur ses maigres promesses, pour appliquer la seule politique possible : baisser les dépenses publiques et flexibiliser le marché du travail. J’avais donc envie de réaliser un rapide bilan un an après, mais comme je l’ai déjà en partie fait (notamment dans cette vidéo) et que c’est vraiment déprimant, je ne souhaitais pas non plus en rester là et, à l’inverse, tenter de voir dans certains évènements récents, notamment à Chypre, les premières fissures dans ce TINA (There Is No Alternative) popularisé par Margareth Thatcher. Symboliquement d’ailleurs, peut-être que sa disparition récente coïncidera au final avec un début de remise en question de cette doxa libérale, qui espérons-le s’amplifiera dans les prochains mois pour aboutir à renversement complet du cadre actuel des politiques économiques. Evidemment, quand on entend Harlem Désir expliquer récemment que la politique du gouvernement n’est pas la seule Les-Unes-des-journaux-britanniques-consacrees-au-deces-de-Margaret-Thatcher-le-9-avril-2013-a-Londres_univers-grandepossible, mais tout simplement la meilleure possible, on se dit qu’on en est encore loin et que le PS est en train de nous inventer le TIBA : This Is the Best Alternative… Mais les grands retournements de l’histoire sont très largement imprévisibles, et qui sait si l’affaire Cahuzac ne jouera pas au bout du compte le rôle de l’étincelle conduisant à l’explosion d’un mécontentement populaire retenu depuis trop longtemps. A suivre dans les prochains mois… Continue reading

Aile gauche du PS, le changement c’est «Maintenant» ?

Dans mon article précédent, je revenais sur la décennie 80, celle du grand tournant libéral dont le PS a été l’un des artisans…tout le PS ? Pas tout à fait, car dès 82-83 des voix contestataires se faisaient entendre au sein du parti, notamment celle de Jean Pierre Chevènement, dont les analyses avphoto_1320676801302-7-0aient d’ailleurs un caractère assez visionnaire. D’autres ont suivi comme le trio Mélenchon-Dray-Lienemann de la « Gauche socialiste », durant les années 90, Hamon et son « Monde d’avance » plus récemment, ou encore Montebourg lors des primaires. En tant qu’ancien électeur du PS, j’ai longtemps partagé les positions de son aile gauche, tout en constatant son impuissance à freiner la dérive du parti vers le centre-droit. Plus tard,  je me suis dit que Mélenchon avait eu raison de partir et que son combat serait plus efficace hors du parti qu’en son sein. Plus efficace cela reste à démontrer, et l’histoire des gauches plurielles ou le parcours de Chevènement montrent qu’il est difficile pour des partis minoritaires d’exister à gauche du PS. Quoi qu’il en soit, dans cette période de crise, où le PS est de nouveau au pouvoirLogo-MaintenantLaGauche-coul-moyen et semble prêt à aller encore plus loin dans le libéralisme, j’ai eu envie de m’intéresser à l’aile gauche actuelle, à ses critiques comme à ses propositions. Je dois reconnaître que je me suis intéressé seulement au courant « Maintenant la gauche», qui a obtenu 1Maurel-Lienemann-Guedj_pics_1803% des voix au congrès de Toulouse d’octobre, et au trio qui l’incarne médiatiquement, composé de Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann, trois personnes que j’apprécie à titre personnel. Je sais qu’il existe d’autres courants à gauche du PS, comme Roosevelt 2012 autour de Larrouturou, sur lequel je reviendrai bientôt, mais « Maintenant la gauche » me semblait plus dans la lignée de la « Gauche socialiste », comme en atteste par exemple la présence de Lienemann. En fait, je me suis demandé à quel destin ce trio serait promis si la crise continuait à s’approfondir : un poste ministériel à la Hamon-Montebourg ? Une rupture à la Mélenchon ? Ou plus inédit, l’obtention d’une majorité au sein du PS permettant de le réorienter à gauche ?  A vrai dire, je n’ai pas d’avis tranché sur la question, et de même qu’on ne peut pas prédire le niveau de Benoit-Hamon-Arnaud-Montebourg_pics_390chômage qu’un peuple est prêt à accepter avant de se révolter (Pompidou parlait de 500 000 !), on ne peut pas estimer le niveau de crise ou de social-libéralisme qu’il faudrait atteindre pour qu’il se passe quelque chose de radicalement nouveau au sein du PS. Ca n’empêche pas d’y réfléchir en tout cas, surtout en cette semaine de forte mobilisation contre l’accord MEDEF-CFDT sur la flexibilité, que dénonce, parmi d’autres, « Maintenant la gauche »… Continue reading

L’euro, stop ou encore ? Article 3/5 sur Maastricht et le lancement de l’euro

 

 Après avoir évoqué le Système Monétaire Européen, je poursuis le retour en arrière avec cette fois le passage à  la monnaie unique, et les  promesses qui l’ont accompagné.  Alors qu’au sein du SME, l’Allemagne imposait sa politique monétaire aux autres pays, le passage à une politique monétaire unique librement choisie par les Etats membres a été perçu à l’époque comme une grande avancée. Mais cela a suscité également des interrogations, notamment sur la façon de définir une politique unique pour des pays si différents structurellement, ou sur le fait qu’à terme, un fédéralisme budgétaire serait nécessaire pour faire fonctionner une telle zone monétaire. Quand on relit ce qui se disait en 1992 pour le référendum de Maastricht, ou lors du lancement de l’euro en 1999 et 2002, on se rend vite compte que les doutes avaient été balayés ou rendus inaudibles par des médias enthousiastes, les avantages de l’euro exagérés, et l’hétérogénéité des économies nationales largement sous estimée. Il aura fallu attendre 20 ans et la crise sans précédent que traverse la zone euro pour que ces thèmes soient de nouveau évoqués, sans pour autant faire l’objet d’un grand débat public. Après avoir été occulté dans les débats en 92, le passage au fédéralisme (sous sa forme technocratique et disciplinaire) est désormais présenté sous l’angle de l’évidence et de la nécessité, sous peine d’explosion de la zone et de chaos. A quand un vrai débat, intéressant sur le fond d’ailleurs, dans 20 ans ? Continue reading

L’après-débat Hollande-Sarkozy, et derniers commentaires sur le premier tour

Je ne pensais pas écrire après le débat et certainement pas le commenter, mais finalement la lecture d’un éditorial du Monde m’a donné envie d’en dire un mot quand même. Sur la forme, je trouve que Hollande s’en est plutôt bien sorti, bien mieux que prévu par certains, face à un Sarkozy accablé par son bilan.

Sur le fond, je trouve que c’était un débat sympathique entre un centre modéré et une droite dure, mais personnellement, je me suis demandé tout le long si la gauche était vraiment qualifiée pour le deuxième tour. J’ai trouvé du coup complètement logique que, dans la foulée, Bayrou se prononce pour le PS au second tour, parce que franchement, il aurait pu remplacer Hollande sans qu’on n’y voit la moindre différence. Bon en même temps, je ne m’attendais pas à être bouleversé par les propos de Hollande, mais plus largement, j’ai surtout trouvé que les discussions étaient complètement en décalage avec le monde dans lequel on vit, les grandes crises qu’il traverse et les conséquences que cela a déjà ou aura dans les prochaines années pour notre société, pour les gens, des classes populaires aux classes moyennes : Continue reading

Quelques réflexions d’entre-deux-tours sur le débat Hollande – Sarkozy, et le score du FN

Pas facile de rebondir après ce premier tour un peu décevant en ce qui me concerne, parce que j’espérais quand même mieux pour le Front de gauche, afin qu’en cas de victoire de Hollande il puisse peser plus sur les orientations qui seront prises. Décevant aussi, bien sûr, de voir qu’énormément de gens dans les classes populaires ont encore voté Front National ou Sarkozy plutôt qu’à gauche, mais j’y reviendrai plus loin. Pas facile enfin de se motiver pendant ces deux semaines d’entre-deux-tours, surtout quand, en plein redémarrage espagnol de la crise européenne, les débats de fonds nécessaires sur cette question centrale pour notre avenir sont quasi inexistants, ou se résument à des odes à la croissance, et qu’à la place Sarkozy se lance dans une course lamentable à la récupération des voix de Marine Le Pen. Continue reading

La vidéo de la semaine : Sarkozy au Front de Gauche ?

Pour se détendre un peu après ces deux articles un peu denses, une petite vidéo « faite maison », en forme de clin d’oeil aux soutiens de Mélenchon qui sont assez nombreux sur ce blog je pense…et à ceux de Sarkozy aussi d’ailleurs (moins nombreux sur ce blog peut-être ?). Voilà, n’oubliez pas d’aller voter en tout cas !

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Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche (article 2/2)

Suite et fin de mes commentaires à propos de l’interview de Nicolas Doisy (Chief economist chez Chevreux) par François Ruffin, sur les élections, Hollande, la pression des marchés. Dans ce deuxième article, il sera surtout question du choix que devrait faire Hollande, d’après Doisy et dans le cas où il serait élu, entre l’Europe libérale et l’austérité ou la mise en œuvre d’un programme de gauche.
A la fin du précédent article, j’en étais resté au fait que pour Doisy c’était évident, comme Mitterrand en 83, Hollande choisirait l’Europe et devrait trouver une formule pour vendre ce renoncement à ses électeurs de gauche. Continue reading

75% de Hollande, quelques éléments complémentaires

Suite et fin aujourd’hui de l’article sur la mesure annoncée par Hollande de créer une tranche marginale de l’IR à 75%. Après avoir passé le premier article à montrer que cette mesure ne concernerait qu’un cercle très étroit de grandes fortunes, et qu’elle aurait pour ces dernières des conséquences bien plus faibles qu’annoncé dans les médias, je dois maintenant avouer que tous ces calculs théoriques sont en fait très loin de la réalité…car si aujourd’hui la tranche marginale de l’impôt sur le revenu est de 41%, les très hauts revenus paient en fait beaucoup moins que ça…ils paient même beaucoup moins que vous et moi…

Aux Etats-Unis, cette problématique a été mise en avant par le milliardaire américain Warren Buffett, qui avait constaté qu’en 2010, son taux d’imposition représentait 17,4% de ses revenus imposables, alors que celui des 20 personnes travaillant dans son bureau était compris entre 33% et 41%. Considérant que cette situation était économiquement aberrante, il demandait une vraie réforme fiscale, avec la création de tranches d’imposition nouvelles pour les revenus supérieurs à un million de dollars. Etonnamment, Maurice Levy n’évoquait pas cette question lors de son appel héroïque à être exceptionnellement un peu plus taxé…pourtant le même phénomène a lieu en France avec une dégressivité de l’imposition au delà d’un certain niveau de revenus. Continue reading

MES la suite : les réactions politiques

Comme promis, après avoir présenté le Mécanisme Européen de Stabilité et expliqué pourquoi un enjeu aussi important devrait faire l’objet de grands débats voire de référendum, je fais un petit récap dans ce deuxième article des positions des différents partis sur ce MES. A 2 mois de l’élection, cela me semble important de savoir à quoi s’en tenir sur ce sujet. Continue reading