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De Mitterrand à Hollande, ou comment tourner dans le même sens depuis 30 ans

« Il faut considérer que la France a baissé la courbe de progression de son chômage, qui connaissait dans les années précédentes une allure très inquiétante. » Non, getimagece n’est pas Hollande qui essaie une fois de plus de nous vendre sa soi-disant inversion de la courbe, ces mots sont de François Mitterrand, le 15 septembre 1983, au cours d’une émission de télévision avec le journaliste François de Closets, « L’enjeu ». Je suis tombé sur la retranscription de cette émission (voir ici), au cours de laquelle Mitterrand justifie le tournant de la rigueur de mars 83 (dont j’avais parlé ici), et c’est à la fois passionnant et hallucinant. Passionnant dans la période actuelle où, suite aux vœux d’un Hollande qui annonce toujours plus de rigueur et de baisse de charges, les commentateurs nous ont refait le coup du tournant à droite enfin assumé par le PS et s’en sont réjouis comme chaque fois. On y avait déjà eu droit après le TSCG non renégocié, la réforme bancaire enterrée, le crédit d’impôts de 20 Mds, etc…Or Mitterrand, lui, effectue en marFRANOI~1s 83 un vrai tournant libéral pour le coup, après deux ans de politique de gauche, sous l’influence des Delors, Attali and co, Et ce qui est hallucinant quand on lit la retranscription de cette émission, c’est qu’on a l’impression d’entendre Hollande interrogé cette semaine par un mix d’Apathie (pour les questions orientées) et de Lenglet (pour les graphes et stats qui démontrent scientifiquement qu’il faut plus de libéralisme). Mitterrand défend ses choix économiques, dans un contexte de crise, de croissance nulle avec risque de récession, de chômage qui s’installe, de désindustrialisation qui commence. Et il déroule le même type de mesures libérales que Hollande et le même type d’arguments pour les justifier : la rigueur et le respect des 3% comme boussole, le freinage indispensable d2432677-la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financierees dépenses publiques, la baisse des charges et des impôts nécessaire pour permettre aux entreprises d’investir, la nécessité de ne pas faire fuir les riches. On a droit aussi aux efforts demandés aux français, à l’impopularité assumée, à la croissance qui est nulle mais qui reviendra promis. Il assume enfin l’absence de différence avec la politique menée par la droite sous Raymond Barre, et conclue sur le fait qu’il s’agit de toute façon de la seule politique posCapturefnsible et qu’il est temps de mettre fin à la lutte des classes. On pourrait ajouter deux sujets peu évoqués dans cette émission en particulier, l’Europe et la décision de rester dans le SME (voir ici sur le sujet), et l’émergence inquiétante du FN à Dreux en septembre 83 qui sera confirmée aux européennes de 84, et l’on aurait un parallélisme parfait avec 2014. Le tournant à droite du PS a eu lieu, oui, mais pas la semaine dernière lors des vœux, il y a 30 ans ! Et depuis, chaque passage des socialistes au gouvernement n’a été qu’une confirmation de ce choix initial et son approfondissement, malgré l’échec économique et social avéré de ces politiques libérales. Cette émission est intéressante parce que Mitterrand y assume encore avec une certaine franchise ce virage à droite, alors que très vite, à partir de 84, Libe_LePen-b0c24le PS va essayer de faire comme si il n’avait pas eu lieu. Eric Orsenna, qui écrivait les discours de Mitterrand, le résume ainsi : La consigne était d’entretenir la fiction de la continuité. Mitterrand ne pouvait pas avouer : « moi aussi, je me suis fracassé sur le mur de l’argent ». Impossible de se mettre dans une telle position. Mon boulot au service du grand roman national était de marteler de toutes les façons : on continue ! Dans un premier temps, Mitterrand recourt à une sorte de dramatisation pour justifier un changement de cap. Mais à peine le changement opéré, dans un second temps, il faut faire comme s’il n’avait pas eu lieu. »

J’ai sélectionné quelques passages clés de l’émission avec Mitterrand, regroupés par thèmes. Continue reading