Tag Archives: Mitterrand

35 ans de promesses d’Europe sociale en bref

Dans une tribune récente de François Hollande publiée dans Le Monde, intitulée « L’Europe que je veux », on retrouve absolument tous les poncifs traditionnellement servis par le PS pour nous vendre le projet européen : (1) L’Europe c’est la paix, la plus grande puissance économique du monde, une promesse de prospérité et d’emploi – (2) Renoncer à l’UE ou à l’euro c’est se replier sur soi, s’enfermer derrière des barrières, arrêter d’échanger avec nos voisins, entrer en guerre avec eux, s’isoler dans la mondialisation, s’effondrer bandeau_voter-europe-sociale-1024x382économiquement, s’appauvrir, décliner – et bien sûr (3) Il faut améliorer cette Europe trop libérale, avec moins de dumping fiscal et social, plus de démocratie, plus de solidarité, moins de spéculation,  et bien entendu plus de progrès social. Sur ce dernier point, cette tribune tombe bien, j’étais justement en train de finir de rassembler des extraits vidéo des plus grands ténors du PS nous promettant l’Europe sociale pour demain. Et ces extraits commencent avec Mitterrand lors des premières élections européennes de 1979, en l’occurrence mon année de naissance. Bref, depuis que je suis né, il y a 35 ans, le PS me promet l’Europe sociale ! Sans jamais vraiment définir en quoi elle consisterait d’ailleurs…

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Aile gauche du PS, le changement c’est «Maintenant» ?

Dans mon article précédent, je revenais sur la décennie 80, celle du grand tournant libéral dont le PS a été l’un des artisans…tout le PS ? Pas tout à fait, car dès 82-83 des voix contestataires se faisaient entendre au sein du parti, notamment celle de Jean Pierre Chevènement, dont les analyses avphoto_1320676801302-7-0aient d’ailleurs un caractère assez visionnaire. D’autres ont suivi comme le trio Mélenchon-Dray-Lienemann de la « Gauche socialiste », durant les années 90, Hamon et son « Monde d’avance » plus récemment, ou encore Montebourg lors des primaires. En tant qu’ancien électeur du PS, j’ai longtemps partagé les positions de son aile gauche, tout en constatant son impuissance à freiner la dérive du parti vers le centre-droit. Plus tard,  je me suis dit que Mélenchon avait eu raison de partir et que son combat serait plus efficace hors du parti qu’en son sein. Plus efficace cela reste à démontrer, et l’histoire des gauches plurielles ou le parcours de Chevènement montrent qu’il est difficile pour des partis minoritaires d’exister à gauche du PS. Quoi qu’il en soit, dans cette période de crise, où le PS est de nouveau au pouvoirLogo-MaintenantLaGauche-coul-moyen et semble prêt à aller encore plus loin dans le libéralisme, j’ai eu envie de m’intéresser à l’aile gauche actuelle, à ses critiques comme à ses propositions. Je dois reconnaître que je me suis intéressé seulement au courant « Maintenant la gauche», qui a obtenu 1Maurel-Lienemann-Guedj_pics_1803% des voix au congrès de Toulouse d’octobre, et au trio qui l’incarne médiatiquement, composé de Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann, trois personnes que j’apprécie à titre personnel. Je sais qu’il existe d’autres courants à gauche du PS, comme Roosevelt 2012 autour de Larrouturou, sur lequel je reviendrai bientôt, mais « Maintenant la gauche » me semblait plus dans la lignée de la « Gauche socialiste », comme en atteste par exemple la présence de Lienemann. En fait, je me suis demandé à quel destin ce trio serait promis si la crise continuait à s’approfondir : un poste ministériel à la Hamon-Montebourg ? Une rupture à la Mélenchon ? Ou plus inédit, l’obtention d’une majorité au sein du PS permettant de le réorienter à gauche ?  A vrai dire, je n’ai pas d’avis tranché sur la question, et de même qu’on ne peut pas prédire le niveau de Benoit-Hamon-Arnaud-Montebourg_pics_390chômage qu’un peuple est prêt à accepter avant de se révolter (Pompidou parlait de 500 000 !), on ne peut pas estimer le niveau de crise ou de social-libéralisme qu’il faudrait atteindre pour qu’il se passe quelque chose de radicalement nouveau au sein du PS. Ca n’empêche pas d’y réfléchir en tout cas, surtout en cette semaine de forte mobilisation contre l’accord MEDEF-CFDT sur la flexibilité, que dénonce, parmi d’autres, « Maintenant la gauche »… Continue reading

La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 2/2 sur la dépolitisation

Comme promis, voici la deuxième partie de l’analyse de la décennie 80 et de son impact sur le monde qui est le nôtre aujourd’hui, autour de l’excellent bouquin de François Cusset, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80», et de la passionnante série d’émissions de « Là-Bas Si J’y Suis », au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset, Lordon et Halimi  pour 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4en discuter. La première partie s’était focalisée sur le tournant libéral et financier de politique économique intervenu en France à partir de 83, et de façon plus générale dans le monde au cours de cette décennie. Dans cette deuxième partie, j’ai regroupé certains sujets évoqués par ces trois intervenants autour d’une thématique générale qui est celle de la dépolitisation, constitutive elle aussi des années 80. Le contournement du politique par le caritatif, l’humanitaire, la morale d’un côté, et la technocratie européenne de l’autre, vise en effet, et sous des formes en apparence très diverses, à limiter autant que possible le rôle et l’envergure de l’Etat, sous couvert bien entendu de le moderniser et de le réformer, pour laisser libre cours au marché.images
Couronnées par la chute du mur et du contre-modèle communiste, ces années 80 donnent donc naissance à cette petite musique de la pensée unique, qui proclame la fin des alternatives voire même de l’Histoire,  et rêve d’une République gouvernée au centre, dans laquelle les polarités politiques ou sociales n’ont plus lieu d’être puisque le capitalisme est devenu l’horizon indépassable de l’humanité…petite musique qui nous est encore bien familière aujourd’hui malheureusement.

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La décennie 80, le grand cauchemar ? Partie 1/2 sur le tournant libéral

Pour commencer l’année, je propose de prendre un peu de recul sur l’actualité et de se replonger 09-ALIRE-LaDecenie-3adc4 dans les années 80, avec François Cusset, historien des idées et auteur d’un livre passionnant, « La décennie, le grand cauchemar des Années 80». Ce livre avait donné lieu en 2007 à une série d’émissions de Là Bas Si J’y Suis, sur France Inter, au cours desquelles Daniel Mermet avait invité Cusset mais aussi Frédéric Lordon (économiste) et Serge Halimi (directeur du Monde Diplomatique) pour commenter les évènements marquants de cette décennie. Cette série d’émissions m’avait passionné parce que je suis né avec l’arrivée de Thatcher et Reagan, j’ai grandi Mermetgif-ededf2-c0c3e-1c95fsous Mitterrand (et dans une ambiance pro-Mitterrand d’ailleurs), et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce qui s’était joué dans cette période, et en quoi cela avait une influence importante sur l’époque actuelle. Lor3a963ddd43e1978b4874249fbec7f397__14_Cussetsque l’on écoute cette émission, on a parfois l’impression que rien n’a changé en 25-30 ans, que les mêmes sujets, les mêmes controverses, les mêmes acteurs occupent toujours le devant de la scène. On y entend parler de rigueur, de restaurer la compétitivité des entreprises, de montée du chômage, de Front National, de vote SONY DSCutile, de Traités européens, de virage social-libéral assumé ou pas, de réconcilier les français et l’entreprise, de marchés financiers qui imposent leur politique, de crise financière, de Minc, BHL et Attali, de pensée unique et de fin des alternatives, etc…C’est presque vertigineux !

Je recommande vraiment l’écoute de l’ensemble de ces 7 émissions, mais je me suis permis d’en extraire un certain nombre de passages, et d’en faire un montage en deux grandes parties : la première chronologique sur le tournant économique, et la deuxième sur le thème de la fin de la politiSergeHalimiarton568que et des alternatives. Je commence dans cet article par le tournant libéral intervenu au cours de ces années 80, réalisé avec brutalité par Thatcher et Reagan, et de façon pédagogique par le PS en France, qui va expliquer à partir de 83 que l’on n’a pas le choix. Je résume ci-dessous les commentaires des trois intervenants mais je recommande plutôt d’écouter le montage audio qui est plus complet (1h10) et agrémenté de documents sonores de l’époque. Le fichier Mp3 est téléchargeable ici : Continue reading

L’euro, stop ou encore ? Article 2/5 sur le SME, ancêtre de la monnaie unique

Avant de faire un bilan de l’euro, puis un tour d’horizon des différentes voies de sortie de la crise qu’il traverse, je souhaitais revenir sur l’époque de sa création, au début des années 90, en commençant par évoquer ce à quoi il succédait. Les débats d’aujourd’hui, en pleine crise (terminale ?) de la zone euro, résonnent différemment quand on prend le temps de se rappeler de la fin du Système Monétaire Européen par exemple. L’intransigeance allemande, l’alignement des pays du « sud » sur une monnaie trop forte pour leurs besoins, l’impossibilité de dévaluer, les divergences structurelles entre pays de la zone, la spéculation sur les taux, tous ces sujets étaient déjà présents dans les années 80 et 90.  J’ai donc voulu faire ce petit rappel, trop succinct bien sûr pour refléter la complexité des sujets, l’ambiance de l’époque, la diversité des points de vue, mais qui permettra quand même j’espère de prendre un peu de recul sur le débat actuel. Continue reading

Les marchés et l’Europe ou une politique de gauche ? ( article 1/2)

Le premier tour approche, les bons scores de Mélenchon au premier tour et de Hollande au second se confirment, même si rien n’est fait je pense, il peut encore y avoir des surprises dans les deux cas. Je voulais quand même reparler d’Europe avant ce vote de dimanche, pas pour faire un comparatif serré de tous les programmes comme certains lecteurs le souhaitaient (désolé !), mais pour reparler de la difficulté qu’aurait un éventuel président de gauche à mener une politique de gauche, voir même à juste préserver le modèle social actuel, sous la pression conjointe de l’Europe et des marchés. Continue reading