Tag Archives: souveraineté

Doisy, Hollande et le retour des alternatives

Il y a exactement un an, j’avais commenté sur ce blog la passionnante interview du financier Nicolas Doisy, Chief economist chez Chevreux, par François Ruffin, journaliste à France Inter et Fakir. Un mois avant l’élection, avec un cynisme et une franchise inhabituels, Doisy expliquait à quel point il n’était pas angoissdoisy06-300x187é par la probable élection de Hollande. Selon lui, sous la pression des marchés et de l’Europe, Hollande n’hésiterait pas une seconde une fois élu à trahir ses électeurs de gauche et à revenir sur ses maigres promesses, pour appliquer la seule politique possible : baisser les dépenses publiques et flexibiliser le marché du travail. J’avais donc envie de réaliser un rapide bilan un an après, mais comme je l’ai déjà en partie fait (notamment dans cette vidéo) et que c’est vraiment déprimant, je ne souhaitais pas non plus en rester là et, à l’inverse, tenter de voir dans certains évènements récents, notamment à Chypre, les premières fissures dans ce TINA (There Is No Alternative) popularisé par Margareth Thatcher. Symboliquement d’ailleurs, peut-être que sa disparition récente coïncidera au final avec un début de remise en question de cette doxa libérale, qui espérons-le s’amplifiera dans les prochains mois pour aboutir à renversement complet du cadre actuel des politiques économiques. Evidemment, quand on entend Harlem Désir expliquer récemment que la politique du gouvernement n’est pas la seule Les-Unes-des-journaux-britanniques-consacrees-au-deces-de-Margaret-Thatcher-le-9-avril-2013-a-Londres_univers-grandepossible, mais tout simplement la meilleure possible, on se dit qu’on en est encore loin et que le PS est en train de nous inventer le TIBA : This Is the Best Alternative… Mais les grands retournements de l’histoire sont très largement imprévisibles, et qui sait si l’affaire Cahuzac ne jouera pas au bout du compte le rôle de l’étincelle conduisant à l’explosion d’un mécontentement populaire retenu depuis trop longtemps. A suivre dans les prochains mois… Continue reading

L’euro, stop ou encore ? (5/5) Entretien avec Philippe Murer

Pour clore cette série sur l’euro, qui en appellera certainement d’autres, je vais m’appuyer sur un entretien exclusif réalisé avec Philippe Murer, le 30 août dernier. Cette discussion a été l’occasion d‘approfondir certains sujets évoqués dans le précédent article : divergence de compétitivité due à l’euro, désindustrialisation du sud de l’Europe, compétition sur les salaires comme seule option envisageable. Philippe Murer revient aussi sur la politique allemande, assez longuement, en critiquant d’une part le fameux «modèle allemand» mis en œuvre depuis Schröder en 2000, et d’autre part la position intransigeante de Merkel depuis 2010 en faveur de la rigueur budgétaire et des plans d’austérité, qui conduit la zone euro dans la récession. Cela permet de faire le lien avec l’actualité du moment : l’acceptation par Hollande du TSCG qui va graver l’austérité dans le marbre, et le revirement récent de la BCE prête à racheter des dettes publiques en échange de l’application stricte de ces plans de rigueur. Pour conclure, Murer explique pourquoi la voie du fédéralisme et des transferts budgétaires ne lui paraît ni réaliste ni souhaitable, et préconise une sortie coordonnée de l’euro, avec mise en place d’une monnaie commune, politique de relance industrielle et protectionnisme européen. Il reste malgré tout pessimiste sur la faisabilité d’une telle sortie concertée, vu la situation dramatique actuelle et les tensions de plus en plus fortes entre pays.

J’ai découpé l’interview en 3 parties pour en faciliter la lecture, et je vais résumer les thèmes qui sont évoqués dans chacune d’elle en y apportant de légers compléments. Pour ceux qui préfèrent l’option audio, le fichier MP3 de l’interview complète est à télécharger ici :

Partie 1 : Les déséquilibres créés par l’introduction de l’euro, le modèle allemand et le fédéralisme

embedded by Embedded Video

Continue reading

Intermède 2 : Discours de Pierre Mendès France à l’Assemblée en 1957

Dernier intermède de l’été avant de finir dans quelques temps la série sur l’euro avec le bilan après 10 ans et les perspectives à court et long terme. Avant cela, et dans la lignée de l’article précédent sur le discours de Séguin en 92, je voulais revenir aussi sur celui prononcé en 1957 à l’Assemblée nationale par Pierre Mendès France, à l’occasion du vote sur le Traité de Rome. Bien qu’il n’ait dirigé le gouvernement de la France que pendant un peu plus de sept mois, Mendès France constitue une référence importante pour une partie de la gauche en France, et au-delà, il demeure une référence pour la classe politique française. Dans ce discours, il s’oppose à la mise en place d’un Marché commun entre 6 pays qui comporte selon lui trop de risques pour la France. Une partie de ce discours, qui porte sur la démocratie et le risque de la voir remise en cause par le transfert de souveraineté à une autorité supranationale, est régulièrement citée ces derniers temps dans des articles ou blogs, car elle s’applique parfaitement à la situation traversée depuis deux ans en Europe et aux projets de Pacte budgétaire, MES et autres règles d’or. Mais d’autres élément de ce discours me paraissent tout aussi passionnants et visionnaires : sur les risques d’harmonisation sociale et fiscale vers le bas, sur les conséquences pour l’emploi et l’industrie de la liberté de circulation des biens et des capitaux au sein du Marché commun, sur les risques liés au démantèlement progressif des barrières douanières vis  vis de l’extérieur, sur le caractère irréversible de certaines décisions une fois gravées dans un Traité. Continue reading

Intermède : discours de Séguin en 92 sur l’Europe, l’euro, la souveraineté

Petite parenthèse dans cette série sur l’euro, qui fait suite à l’article sur le référendum de Maastricht, dans lequel j’évoquais le discours tenu le 5 mai 1992 à l’Assemblée Nationale par Philippe Séguin. Ce discours dure deux heures et mérite vraiment d’être lu en entier (ici), mais pour le rendre plus accessible, j’en cite ci-dessous de larges extraits, que je me suis permis d’organiser en grandes parties sur la souveraineté, la démocratie, la monnaie unique et enfin l’Europe alternative envisagée par Séguin. Il me semble en effet qu’au moment où, après avoir renoncé à notre souveraineté monétaire en 1999, le transfert de souveraineté budgétaire à des technocrates européens ultralibéraux s’organise en catimini (voir ici) sous prétexte de solidarité et de sauvetage de la zone euro, il est absolument nécessaire de réfléchir à la question de la souveraineté des peuples et du niveau auquel elle doit (ou peut) s’exercer. Quand je vois le ministre du Budget Jérôme Cahuzac nous expliquer que «Ce qui est en perspective, dans les discussions que François Hollande a avec Madame Merkel, c’est une solidarité budgétaire en Europe qui suppose que le budget de la France soit d’une certaine manière soumis pour une appréciation à l’ensemble de nos partenaires. Ce n’est pas un abandon de souveraineté. C’est un partage de souveraineté » ça m’inquiète vraiment, et ça fait écho à certaines mises en garde de ce discours qui a pourtant 20 ans. Continue reading

L’euro, stop ou encore ? Article 3/5 sur Maastricht et le lancement de l’euro

 

 Après avoir évoqué le Système Monétaire Européen, je poursuis le retour en arrière avec cette fois le passage à  la monnaie unique, et les  promesses qui l’ont accompagné.  Alors qu’au sein du SME, l’Allemagne imposait sa politique monétaire aux autres pays, le passage à une politique monétaire unique librement choisie par les Etats membres a été perçu à l’époque comme une grande avancée. Mais cela a suscité également des interrogations, notamment sur la façon de définir une politique unique pour des pays si différents structurellement, ou sur le fait qu’à terme, un fédéralisme budgétaire serait nécessaire pour faire fonctionner une telle zone monétaire. Quand on relit ce qui se disait en 1992 pour le référendum de Maastricht, ou lors du lancement de l’euro en 1999 et 2002, on se rend vite compte que les doutes avaient été balayés ou rendus inaudibles par des médias enthousiastes, les avantages de l’euro exagérés, et l’hétérogénéité des économies nationales largement sous estimée. Il aura fallu attendre 20 ans et la crise sans précédent que traverse la zone euro pour que ces thèmes soient de nouveau évoqués, sans pour autant faire l’objet d’un grand débat public. Après avoir été occulté dans les débats en 92, le passage au fédéralisme (sous sa forme technocratique et disciplinaire) est désormais présenté sous l’angle de l’évidence et de la nécessité, sous peine d’explosion de la zone et de chaos. A quand un vrai débat, intéressant sur le fond d’ailleurs, dans 20 ans ? Continue reading

Circus Politicus, quelques entretiens avec les auteurs

Pour en savoir plus sur certains thèmes du bouquin que j’ai évoqués, je vous conseille ci-dessous quelques interviews ou interventions des 2 auteurs.

1) Deloire chez Mediapart, un bon tour d’horizon des sujets du bouquin (15 mn)

C’est l’interview la plus complète, durant laquelle Deloire a le temps de revenir sur la plupart des sujets du livre.

Il explique notamment que si l’on connaît peu le fonctionnement des institutions européennes, c’est entre autre parce que les journalistes français en poste à Bruxelles, étonnamment de moins en moins nombreux au fur et à mesure que l’Europe prend de l’importance, sont à 99% des pro-européens et vivent en osmose avec les responsables européens, les experts, les lobbys basés à Bruxelles, etc.. Certains d’entre eux sont d’ailleurs devenus chargés de communication ou des relations avec la presse au sein de l’UE. Difficile dans ces conditions de garder une distance critique. Continue reading

MES : le mot de la fin (provisoire) par Mario Draghi

Je cherchais une façon de conclure cette série sur  le Mécanisme Européen de Stabilité et le Traité budgétaire associé, quand je suis tombé sur cette interview édifiante de Mario Draghi dans le Wall Street Journal (voir ici en anglais).

Je rappelle juste que Mario Draghi est devenu président de la Banque Centrale Européenne en novembre, succédant ainsi à notre cher et bien-aimé Jean Claude Trichet. Je ne reviens pas sur son parcours personnel, qui avait été très commenté lors de sa prise de poste, notamment parce qu’il sortait de Goldman Sachs chez qui, apparemment, il avait été associé au maquillage des comptes de la Grèce…voir cet article notamment. Continue reading

MES : vous avez tout suivi ?

Est-ce que vous êtes au courant du fait que, mardi dernier à l’Assemblée et hier au Sénat, en toute discrétion, les parlementaires français ont voté pour l’instauration d’un Mécanisme Européen de Stabilité ? Et qu’il s’agit d’une décision très importante pour notre avenir, qui nous emmène tout droit vers plus de rigueur et moins de souveraineté, sans même qu’on ait le temps d’en discuter, d’y réfléchir, d’en débattre ? Continue reading

Revue de presse du vendredi : le plan « d’aide » à la Grèce et les mesures ultralibérales qui vont avec

Et oui, nouvelle rubrique avec cette revue de presse du vendredi, qui devrait avoir lieu aussi souvent que possible le vendredi…mais je préfère quand même pas trop m’engager là-dessus…

Pour cette première, j’évoque quelques articles et vidéos sur un sujet dont j’ai déjà pas mal parlé, la crise grecque et plus généralement européenne.    Je continue à en parler, d’une part parce qu’en France la campagne électorale est dans une sorte de vide absolu, et donc commenter le dernier sondage, les meetings de Hollande ou Sarko ou le clash Mélenchon-Le Pen ne m’intéresse absolument pas. D’autre part, parce que je pense que ce qui se passe en ce moment en Europe est beaucoup plus important pour notre avenir. La perte progressive de souveraineté des pays « aidés » rend le choix entre la gauche et la droite quasiment anecdotique, la rigueur sympa et juste de gauche n’étant que peu différente de la bonne vraie rigueur de droite…donc personnellement c’est sur leur position européenne que je jugerai les candidats plus que sur le reste. Continue reading