Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro

Pour ce premier article sous la présidence Hollande, je voulais rapidement évoquer la Grèce, très proche de la sortie de l’euro suite aux élections législatives du week-end dernier, sujet sur lequel je reviendrai plus longuement prochainement.

Les résultats de ces élections font aussi écho à la discussion sur le vote Front National en France, puisqu’on constate de visu que l’application de réformes libérales brutales pour le peuple grec et inefficaces au nivau économique, se traduisant par un approfondissement de la crise et du chômage, peut faire émerger aussi bien l’équivalent du Front de gauche, le parti Syriza, que la droite la plus extrême qui soit, en l’occurrence les néo nazis de l’Aube dorée.

Cette élection signe bien entendu l’échec annoncé des «plans de sauvetage», prévu depuis 2009 par Sapir, Todd, Lordon et bien d’autres, comme Krugman par exemple. La Grèce va très probablement sortir de l’euro et faire défaut sur sa dette (ce qu’elle a déjà fait une première fois en début d’année), alors qu’elle ne le souhaite pas, et ceci dans les pires conditions puisque l’option de sortie+défaut+dévaluation avait été complètement écartée en début de crise, à un moment où les dégâts auraient pu être limités.

Sur le sujet, et les conséquences éventuelles pour la France, je signale notamment cet article récent de Jacques Sapir, Hollande ne pourra réorienter l’Europe sans provoquer une crise. Sapir est l’un des premiers à avoir précisément décrit en 2009 l’inanité de ces plans de sauvetage assortis de mesures d’austérité, et l’issue très probable de sortie de l’euro de la Grèce dans de mauvaises conditions, suivie d’une possible explosion de la zone euro (voir ici notamment).

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Je remarque aussi que depuis dimanche, les grands médias, qui s’étaient enthousiasmés (à l’exception notable de Marianne) après chaque plan de sauvetage, avaient défendu la rigueur puis reconnu du bout des lèvres que sans croissance ça ne marcherait pas, sont en train de retourner peu à peu leur veste et d’admettre l’inconcevable pour eux, le premier vrai coup d’arrêt à la construction européenne avec un pays sortant de l’euro.

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Bon évidemment, il va falloir encore beaucoup de temps avant qu’ils ne remettent en question, ne serait-ce que pour en débattre, le fonctionnement de la zone euro en elle-même et ses incohérences structurelles. Ils vont d’abord commencer par mettre tout ça sur le dos de la Grèce et de son peuple égoïste qui n’a pas accepté de se sacrifier gentiment pour le bien de l’Europe…bon, quand d’autres pays suivront le chemin de la Grèce, peut-être qu’une réflexion de fond pourra enfin avoir lieu…mais il sera sans doute trop tard pour changer quoi que ce soit.

Evidemment, on attend les premières réactions de Hollande sur le sujet, qui donneront le ton de son mandat, et j’aimerais, on peut rêver, qu’il impulse une vraie réflexion de fond sur l’euro, un bilan après 13 ans de mise en vigueur sur ce que ça a apporté de positif à la France par exemple, et sur les difficultés rencontrées et pas forcément anticipées au départ. Personnellement, et sans avoir particulièrement creusé la question à l’époque, j’étais vraiment pour l’euro au départ, je trouvais que c’était une étape importante vers une Europe plus intégrée, l’argument sur l’impossibilité de dévaluations entre pays européens me semblait pertinent, tout comme la nécessité d’avoir une monnaie forte à la hauteur du dollar. De la même façon, j’ai cru à l’époque que l’Europe était réellement une nécessité pour à la fois tirer profit et se protéger d’une mondialisation inéluctable. Bref, je croyais à ce que disaient Hollande et le PS dans les années 90, et j’y ai cru jusqu’en 2004-2005 grosso modo.

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Après, je suis plutôt pragmatique, je ne m’attache pas indéfiniment à une idée, même très belle sur le principe, lorsque la réalité montre année après année qu’il se produit le contraire de ce qui était annoncé. Si l’euro échoue parce qu’il ne peut marcher que dans le cadre d’une Europe fédérale dont les peuples ne veulent pas forcément, ou pas encore, il faut en prendre acte, n’en déplaise à Attali et tous ceux qui ont conçu cette Union monétaire en sachant très bien qu’elle ne pourrait pas fonctionner sans fédéralisme et qui espéraient l’imposer de force aux européens, par étapes irréversibles successives. Bayrou ou Cohn Bendit avaient eu au moins l’honnêteté de l’annoncer clairement dès le début, contrairement au PS.

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De la même façon, si les pays de la zone euro sont trop nombreux et trop différents structurellement, si au lieu de tendre vers une harmonisation, il se produit finalement une vraie divergence des économies de ces différents pays, si l’Allemagne refuse définitivement de réduire ses excédents et d’arrêter de faire cavalier seul, là encore il faudra bien en tenir compte et en tirer des leçons.

Solde cumulé des balances des comptes courants, avant et après l’euro (source La lettre volée)

Evolution comparée de l’inflation dans 5 pays de la zone euro (source La lettre volée)

Evolution du taux d’intérêt de l’emprunt d’Etat à 10 ans dans la zone euro (source Olivier Berruyer)

Graphique de l’agence Bloomberg montrant l’éclatement en cours de la zone euro. Sous la ligne horizontale, on voit les sommes qui quittent de mois en mois différents pays tandis qu’au-dessus de la ligne horizontale, on retrouve les mêmes sommes ventilées par pays où ces sommes aboutissent. Les gagnants :  1. Allemagne, 2. Pays-Bas, 3. Luxembourg Les perdants  : 1. Italie, 2. Espagne, 3. Irlande, 4. Grèce, 5. Portugal, 6. Belgique

Personnellement, je ne pleurerai pas longtemps sur les billets bleus si ça peut conduire à une amélioration des conditions de vie de la majorité des européens. Peut être que ça ne serait pas le cas, que ce serait pire sans l’euro, je n’ai évidemment pas la réponse, mais je suis juste exaspéré de voir que le débat reste complètement tabou, et qu’au lieu de réfléchir à des sorties concertées, à la constitution de sous-groupes de pays plus homogènes, à la mise en place d’une monnaie commune plutôt qu’unique, on refuse d’étudier ces options, et on poursuit la fuite en avant qui peut très bien déboucher sur l’explosion de l’euro dans les pires conditions, et la montée de partis nationalistes xénophobes dans tous les pays. Avec un tel chômage, notamment des jeunes, on voit mal comment l’on pourra éviter une telle issue dramatique.

Bref, tout ça pour dire que j’ai hâte de voir ce que Hollande va faire face à cette crise d’un euro qu’il a toujours soutenu et défendu, on va sentir très vite je pense si l’on s’oriente vers le Hollande révolutionnaire espéré par Todd, ou vers un remake du tournant de la rigueur de 83, et du pacte de croissance de 97, avec une trahison rapide des attentes de ses électeurs de gauche, dont parlait Doisy (ici). Pour finir, une vidéo de Todd justement, en 2011, qui fait le lien entre sauvetage de l’euro et protectionnisme européen, sujet du prochain article.

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4 Responses to Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro

  1. Pingback: Très bon article Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro dans le blog de nico | Pour un débat sur le libre-échange et sur l'euro…

  2. Pingback: Très bon article Un petit mot sur la Grèce et sa probable sortie de l’euro dans le blog de nico | Forum Démocratique

  3. Je voudrais juste réagir à chaud sur ce nouvel article de nico toujours aussi riche en analyses très fines et documents d’archive. J’incite vraiment tous les lecteurs à prendre un peu le temps de regarder les vidéos de grande qualité que nous propose régulièrement nico car elles sont vraiment bluffantes et on en devient très vite accro ! Par exemple, dans la vidéo de Todd à propos de la sortie de l’euro, on l’entend dire « tout le monde sait que l’euro est foutu, mais de quelle façon ? consciente, inconsciente, subconsciente ? – dans une europe protégée, on peut bénéficier de ce qui fait la magie du continent européen, LA DIVERSITE, on en a fait un CAUCHEMAR ! – la responsabilité de la France est grande, les élites françaises agissent comme un CATALYSEUR de la rigidité allemande, les classes dirigeantes de ma génération se sont enferrées dans une erreur, …etc « .
    Tout ça, et le reste, ça pousse à réfléchir non ?
    Juste un dernier mot sur l’article très évocateur de ce qui nous attend avec un Pascal Lamy dans le gouvernement de François Hollande… C’est très inquiétant, voire décourageant, ou peut-être tout simplement mobilisateur en vue des élections législatives. Il faudrait éviter me semble-t-il que la représentativité du PS se trouve en position d’hégémonie au sein de la gauche parlementaire. J’imagine que nico nous parlera aussi de cela prochainement…
    Alors tous à vos vidéos et aussi bonne lecture !

  4. Il n’y aura pas de « tournant » de Hollande par rapport à ses promesses de campagne, parce qu’il n’a fait aucune promesse.
    Notre régime politique favorise tellement le bipartisme que le candidat de l’opposition n’a plus besoin d’avoir un programme pour être élu.
    Et ce qui est fort avec Hollande c’est qu’il n’a même pas fait semblant de promettre quoi que ce soit de précis, à part que ce ne serait pas pareil que Sarkozy…